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29 décembre 2022

Le temps d'un Grand Débat sur les services publics en Valais

Ces derniers temps, plusieurs articles de journaux ont mis en évidence les problèmes de personnel dans plusieurs services publics cantonaux. Le Valais fait face à des pénuries dans plusieurs secteurs cruciaux. Petite revue de presse, non exhaustive.


La santé sous forte pression

14 décembre: les urgences de l'hôpital de Martigny pourraient être contraintes de fermer la nuit (Nouvelliste). En cause un plan de réduction des coûts? Non, plus prosaïquement, il manque de médecins urgentistes pour assurer ce service. Conséquence: les patients devraient être redirigés vers l'hôpital de Sion, ce qui n'est pas sans poser d'importants problèmes (voir juste ci-dessous).

23 décembre: la RTS réalise un reportage aux urgences de Sion qui appréhendent les fêtes de fin d'année en raison d'un afflux important de touristes à prévoir. Or, les services hospitaliers sont déjà débordés par la grippe, la bronchiolite et les pathologies "ordinaires".

14 juillet: la pénurie de personnel ne date pas de décembre puisque l'été dernier déjà, le journal 20 Minutes annonçait que des opérations devaient être repoussées en raison d'un manque de techniciens en salle d'opération. Le même journal publiait le 14 octobre un second article sur la même problématique.

Et cela ne concerne pas que les soins hospitaliers, car on a appris le 23 décembre toujours, dans le Nouvelliste, que le personnel manquait également dans les EMS du canton, forcés de recruter des employés sur la plateforme en ligne JobUp.


Une justice valaisanne dysfonctionnelle?

Les dysfonctionnements du Ministère public valaisan sont connus depuis longtemps, c'est le Conseil de la Magistrature qui l'affirme dans un rapport paru fin novembre 2022. La RTS se fait alors l'écho d'un manque de personnel dans les tribunaux valaisans ce qui ne permet pas de suivre correctement les dossiers.

En avril 2022, le Nouvelliste rapportait déjà l'augmentation des affaires à traiter, le manque de personnel, et la nécessité d'une réforme de la justice valaisanne. Autre problème soulevé: le manque de place "pour l'exécution des mesures thérapeutiques institutionnelles".

Et cette situation a des conséquences très concrètes: le Nouvelliste révélait le 28 décembre qu'un prévenu (le chef de la sécurité de la commune de Bagnes) ne serait finalement pas jugé en raison d'une justice trop lente. En effet, dans le cadre d'un accident ayant tué un cycliste, la justice valaisanne a laissé traîner l'affaire au point que le délai de prescription a été dépassé. L'accident mortel remonte à... 2013.


Pénurie d'enseignants en vue?

13 mai 2022: Rhône FM se fait l'écho d'une pénurie d'enseignants dans le Canton. Des retraités pourraient être appelés à la rescousse. Cette situation ne touche pas que le Canton du Valais et concerne même l'ensemble des Cantons suisses, comme le révélait dernièrement le Blick.

La FMEP (Fédération des Magistrats, des Enseignants et du Personnel de l'Etat du Valais) s'alarme également du manque d'enseignants et craint une pénurie pour les prochaines années.

En août 2019, la RTS expliquait déjà que des étudiants de la HEP étaient appelés en renfort dans des classes du Haut-Valais pour pallier la pénurie d'enseignants.


Une police en sous-effectif? Ou pas...

Juin 2019le Nouvelliste affirme que le Valais manque de policiers. Pire, il ne respecte pas le ratio légal d'un policier pour 650 habitants. Pour autant, Stève Léger, porte-parole de la police cantonale, affirme le 5 novembre 2022 sur Rhône FM que le Valais ne connaît pas de problème de relève.


Un problème de main d'oeuvre large

Le taux de chômage particulièrement bas (2,3% dans le Valais romand à l'été 2022 et 0,5% dans le Haut-Valais) entraînent une véritable chasse au personnel qualifié dans de nombreux secteurs (construction, restauration et domaine pharmaceutique).


Un nécessaire réveil du Grand Conseil

Face à ces problèmes généralisés, il faut une action politique forte. La santé, l'éducation, la sécurité et la justice représentent le coeur de l'action de l'Etat dans nos sociétés démocratiques. Voir que l'ensemble de ces domaines sont sous pression en raison d'un manque de personnel doit alerter les politiques. En particulier le Grand Conseil, notamment ses ailes PLR et UDC qui, arcboutées sur le principe du respect des finances cantonales ont imposé un "personal stop" incompréhensible (même si celui-ci épargne l'enseignement).

Aujourd'hui, le Grand Conseil valaisan doit lancer des états généraux sur les services publics. La thématique est complexe et ne dépend pas uniquement du Canton. Pour autant, elle est le coeur du mandat qu'ont reçu les députés valaisans, représentants du peuple pour lequel ces services sont absolument vitaux.

J. Lovey



22 juillet 2022

Ce que la guerre en Ukraine pourrait changer dans le programme d'Entremont Autrement

Cet article ne représente que les opinions de son auteur et pas forcément l'avis d'Entremont Autrement.

C'est peu dire que la guerre en Ukraine déclarée par Vladimir Poutine le 24 février dernier a rebattu les cartes sur le continent européen. Ce qui semblait impossible, c'est-à-dire l'invasion d'un pays européen par un autre état, s'est produit. Une première depuis la Deuxième Guerre! Depuis lors, c'est le grand branle-bas de combat dans les différents états du continent: livraisons d'armes à l'Ukraine, crise énergétique probable, inflation généralisée. Même les si pacifiques Suède et Finlande ont demandé leur adhésion à l'OTAN.

Dans quelle mesure, le mouvement Entremont Autrement a-t-il pris conscience des changements structurels majeurs que nous sommes en train de vivre? S'il ne s'agit pas de remettre en question notre programme politique pour le moment, quels pourraient être quelques inflexions (ou changements de braquet) à effectuer pour faire face aux multiples crises qui se profilent?



ARMEE ET SECURITE
Durant des années, nous avons soutenu une politique de désarmement et de désinvestissement dans l'armée, notamment en refusant des crédits pour l'achat d'avions de combat. L'invasion russe remet en question toute notre doctrine de sécurité:
  • aujourd'hui, il faut imaginer une augmentation des budgets d'armement fédéraux. En ce sens, l'initiative du PS, des Verts et du GSsA contre l'achat de F-35 a du plomb dans l'aile (si vous me passez l'expression).
  • l'interdiction pour nos industries d'exporter des armes dans un pays en guerre doit être interrogée également. Le Conseil fédéral va d'ailleurs étudier un amendement à cette loi.
  • la Suisse collabore déjà avec l'OTAN dans le cadre du Partenariat pour la Paix. Le Conseil fédéral a annoncé un rapprochement avec l'organisation depuis le début de la guerre. Faut-il aller plus loin et participer à la Force de réaction de l'OTAN? Cela ne remettrait d'ailleurs pas forcément en question notre neutralité.
  • La neutralité justement, ne doit-elle pas être redéfinie et adaptée à la situation actuelle? Un rapport particulièrement attendu du Conseil fédéral sur le sujet devrait arriver dans le courant de l'été 2022.
  • Il semble aujourd'hui très clair que la Suisse doit intensifier ses investissements dans la cybersécurité: plusieurs attaques contre des collectivités publiques ou institutions ces derniers mois montrent le caractère vulnérable de nos infrastructures. 

RELATIONS AVEC L'UNION EUROPEENNE
Depuis la résiliation des négociations autour d'un accord-cadre en mai 2021, le Conseil fédéral navigue à vue sur ce dossier et n'a proposé aucune réelle stratégie pour améliorer nos relations avec notre principal voisin et partenaire. Cette situation ne peut pas durer.
Pendant ce temps, les 27 membres de l'UE font front commun contre la Russie en prenant des sanctions fortes et se montrent unis face à la menace de crise énergétique. L'époque où l'UE semblait une coquille vide de technocrates bruxellois est révolue: mutualisation des dettes durant la pandémie, mise en place d'un plan de relance à 750 milliards (oui milliards!) d'euros dont une bonne partie sera investie dans la transition écologique, architecture pour une défense européenne commune, sanctions communes contre la Russie, négociation européenne de l'approvisionnement en gaz et en pétrole pour les 27 au lieu de négociations nationales, etc
  • la Suisse compte-elle rester éternellement à l'écart de cette Europe qui bouge et qui se réforme particulièrement vite? Elle a toujours cru que sa force était son autonomie, elle va se rendre compte cet hiver avec la crise énergétique à venir qu'elle a peut-être eu tort. Un vaste débat doit être relancé en Suisse sur une adhésion à l'UE ou au moins sur une signature de l'accord-cadre, à condition que Bruxelles ne se lasse pas de nos atermoiements.

ENERGIE
La menace d'une interruption des livraisons de gaz et de pétrole russe en Europe dès cet automne plane sur les différentes économies du continent. Cela pourrait avoir des conséquences bien concrètes pour nous tous.
  • La fermeture des centrales nucléaires dans le cadre de la stratégie énergétique 2050 doit-elle remise en question? Faut-il retarder l'interruption des moteurs et prolonger de quelques années la vie de ces centrales? Si cette idée répugne à une partie de la gauche, elle ne peut cependant pas être totalement écartée. Il faut par contre renoncer, comme l'on proposé certains partis, à en construire de nouvelles.
  • La privatisation (totale ou partielle) des sociétés énergétiques suisses était une grossière erreur. On se rend compte en situation de guerre à quel point ces structures sont indispensables: elles constituent un patrimoine commun. On a trop souvent dans ce pays étatisé les investissements et privatisé les bénéfices via des dividendes aux actionnaires: cela doit cesser.
  • La transition vers les énergies renouvelables doit être accélérée et devenir même un objectif de sécurité nationale. On voit à quel point, dans le contexte actuel, l'approvisionnement énergétique est crucial. La Suisse doit devenir la plus autonome possible à ce niveau. Cela implique que les collectivités publiques en fassent un objectif prioritaire, notamment en équipant l'ensemble des bâtiments communaux où cela se justifie de panneaux solaires.
  • La sobriété énergétique doit également devenir un enjeu prioritaire, autant en raison de la crise énergétique que de la crise climatique (la canicule de ces derniers jours est venu nous le rappeler). Toutes les communes doivent se doter rapidement de plans d'économies énergétiques en analysant dans le détail tous les secteurs où l'on gaspille actuellement de l'énergie: éclairage public, éclairage commercial, chauffage excessif, etc
  • L'Etat doit davantage aider les particuliers à effectuer cette transition énergétique en débloquant massivement des fonds, notamment sous formes de subventions pour les installations solaires, pompes à chaleur, etc.

Voici quelques questions et quelques propositions pour amender à l'avenir notre programme politique. Les plus grands changements interviennent souvent à l'occasion des crises. Nous pouvons faire en sorte que de cette invasion brutale et injustifiée de l'Ukraine, nous en ressortions avec une Suisse nettement plus forte, plus connectée, plus solidaire et nettement plus écologique. Derrière les crises, il faut parfois savoir repérer les opportunités de réforme.

J. Lovey

15 juillet 2022

En direct du "Sommerloch 2022"

Il n'y a pas que les vacanciers qui se mettent au vert en été, les journalistes passent également en mode "vacances" durant les mois de juillet et d'août. On voit alors fleurir de multiples séries ou "dossiers" au ton plus détendu:
  • sur les buvettes où tester un apéro estival (Femina)
  • sur les recettes exotiques pour passer un bel été (Nouvelliste)
  • ou sur 15 balades à faire autour d'une auberge (L'Illustré)


La plupart des médias dépêchent d'ailleurs leurs journalistes en claquettes-chaussettes comme envoyés spéciaux dans les nombreux festivals qui rythment la saison. Il faut bien le dire, en été, dans les médias, on s'emmerde un peu. En particulier chez les analystes politiques; il faut dire que le Parlement est en pause et que même les conseillers fédéraux lèvent le pied (l'occasion pour la RTS de faire un article également). Traditionnellement, cette période est appelée "Sommerloch" (trou de l'été) dans les médias suisses: en gros, une période où l'on n'a pas grand chose à dire, mais où il faut bien produire un journal quand même...

Alors dès qu'un semblant d'affaire semble pointer son nez, on en fait des tonnes. C'est le cas avec le conseiller fédéral Alain Berset, intercepté par la police de l'air française lors d'un vol en privé. Cette affaire est essentiellement rigolote: un ministre suisse se fait arrêter dans un pays voisin pour avoir survoler un terrain interdit. Cela n'aura aucun impact sur les relations franco-suisses, mais aura permis de faire les choux gras de la presse:
De manière plus surprenante, une partie de la presse alémanique parle d'une "lassitude" vis-à-vis d'Alain Berset et laisse entendre qu'il ferait peut-être mieux de démissionner. Cela est quand même assez étonnant. La presse a multiplié ces dernières semaines les articles sur des collaborateurs d'Alain Berset ayant eu des soucis avec la police, sans parvenir à montrer une quelconque implication du conseiller fédéral. Est-ce que  sous prétexte de torpeur estivale, on peut vraiment parler de lassitude? Lassitude de qui par ailleurs? De députés d'autres partis? Des journalistes eux-mêmes? A-t-on évoqué la même lassitude d'Ueli Maurer, conseiller fédéral depuis 13 ans? 



Je suggère que la presse range les tubes de crème solaire, les gobelets recyclables du Paléo, les fonds de tiroir fédéraux et s'intéresse davantage à l'automne très chargé qui nous attend. Une coupure complète des importations de gaz russe va très probablement entraîner à la fois une hausse massive des coûts de l'énergie et un véritable risque de pénurie qui pourrait toucher la population et les industries d'une manière inédite. La guerre inique menée par Poutine en Ukraine n'a pas fini de bouleverser en profondeur notre continent, même si une partie de la population commence à se désintéresser de ce conflit.
L'enlisement du dossier européen, dû à l'indécision du Conseil fédéral, va rendre nos relations avec nos partenaires directs plus compliquées encore. Les universités et la recherche voient déjà les effets de l'interruption des négocations sur l'accord-cadre; d'autres domaines pourraient être concernés bientôt. Cela sans compter une éventuelle reprise épidémique du Covid dans les prochaines semaines. Le Sommerloch pourrait bien céder la place à une Herbstfieber. On se rendra alors compte que le vol intercepté de Berset n'avait strictement aucun intérêt.

J. Lovey

4 mai 2021

Encourager des initiatives au nom de l’environnement mais au profit de l’importation, vraiment ?

Le 13 juin 2021, une nouvelle journée de votation secouera fortement l’avenir de l’agriculture en Entremont avec deux initiatives, proposées et défendues par les Verts, sur l’eau potable et l’utilisation des pesticides. Assurer une meilleure production de la biodiversité, garantir une eau potable et des eaux souterrains plus propres ainsi que réduire les résidus de pesticides dans nos assiettes, les arguments sont convainquant et je serais la première à les défendre.

Malheureusement, une fois encore, l’écart se creuse et le dialogue se rompt entre le monde paysan qui nourrit et les autres qui consomment. Malheureusement, une fois encore, l’idée est louable et fait partie de mes valeurs mais l’application proposée est bien trop extrême et ses enjeux importants pour les éleveuses et éleveurs de ma région.


Je voterais donc 2x NON le 13 juin prochain. Je soutiens tous les efforts, les progrès et les encouragements qui pourront être exploités pour rendre la production suisse la plus saine et le propre possible, mais jamais lorsque ceux-ci manqueront autant cruellement de bon sens ou iront à l’encontre des réalités des premiers concernés.

En clair et concret, l’initiative sur les eaux propres demande de couper les paiements directs (reçus selon plusieurs critères et participant au revenu de l’exploitation) si celle-ci utilise des produits phytosanitaires de synthèse ou naturels (ce qui est le cas même pour les exploitants bio par exemple), ou qu’elles achètent du fourrage à l’extérieur pour leurs animaux.

Pour éclaircir le tableau, voici deux questions auxquelles il est important de connaitre les réponses. 

Pourquoi utilise-t-on des produits phytosanitaires ?
Bien que les familles paysannes n’aient pas attendu ces nouvelles initiatives pour évoluer et innover, les conditions météorologiques, entre autres choses, nécessitent certaines fois l’utilisation de certains produits afin d’assurer la récolte. Ceux-ci sont déjà particulièrement suivi et systématiquement homologués par les autorités. D’ailleurs, le recours à des produits biologiques est de plus en plus fréquent. Malgré un nom barbare, il ne s’agit plus, depuis longtemps, d’utilisation de produits extrêmement dangereux pour la santé et l’environnement, en tous les cas dans notre pays.

Pourquoi doit-on acheter du fourrage à l’extérieur ?
En région de montagne tout particulièrement, tous les exploitants ne possèdent pas suffisamment de terrain pour nourrir leur bétail. Même bio, certains d’entre eux se fournissent auprès de plus grosses exploitations. De plus, pour les poulets et les porcs par exemple, les régions de montagne ne disposent pas de toutes les terres arables suffisantes pour produire eux-mêmes leurs céréales. De ce fait, la plupart des paysannes et paysans de l’Entremont se fournissent, en tous les cas pour une partie, à l’extérieur.

Quelles sont les conséquences directes pour les agricultrices et agriculteurs du district ?
Si l’initiative passe et donc que les paiements directs leur sont retirés, il est évident que quasiment la majorité d’entre eux se verraient devoir au minimum diminuer leur cheptel (et perdre donc une partie de leur revenu ainsi qu’une partie de l’entretien des alpages) allant jusqu’à devoir abandonner l’exploitation. Je vois donc deux conséquences directement liées :

  • La diminution de la production locale et l’augmentation de l’importation, ne souhaitons-nous pas justement favoriser le circuit court ainsi que savoir et contrôler ce que l’on met dans nos assiettes ?
  • L’augmentation des prix, n’est-ce pas déjà suffisamment compliqué pour la plupart des ménages suisses de transiter vers le bio ? Voulons-nous en plus augmenter les prix des produits locaux ?

Quant à l’initiative sur les pesticides, elle vise surtout à interdire en général l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse. Il est important de savoir que selon sa définition officielle, les pesticides regroupent tous les produits phytosanitaires utilisés en agriculture. Il n’existe cependant pas de définition officielle pour les « pesticides de synthèse » mais les initiants considère ici « l’ensemble des produits comprenant des substances n’existant pas à l’état naturel ». La Suisse pourrait donc importer uniquement des denrées alimentaires répondant à ces exigences et le coût de l’alimentation connaitrait évidemment, et une fois encore, une forte hausse.

Je trouve louable la volonté de revoir notre agriculture et nos habitudes alimentaires, le monde ne nous en laissera de toute manière pas le choix. Mais à ce jour, ces deux textes ne répondent pas selon moi à des questions de bases qui paraissent pourtant si essentielles :

• Comment pouvons-nous sincèrement penser que de telles initiatives pourraient avoir un impact positif sur notre environnement si ce dernier n’est pas penser de manière globale ? Le peuple suisse acceptait en 2018 une initiative ayant pour but d’assurer la souveraineté alimentaire du pays et voici qu’aujourd’hui on la met à mal au nom de l’environnement.

• Qui pollue les eaux valaisannes à ce jour, l’agriculture ou le mercure ? J’ai bien conscience que des efforts peuvent encore être explorés dans le monde de l’agriculture, mais la propagande populaire désirant pointer du doigt « l’agriculteur pollueur » démontre à mon sens une grande méconnaissance du domaine.

• Comment peut-on vouloir soutenir et encourager l’agriculture locale et les circuits courts tout en empêchant les acteurs eux-mêmes d’assurer leur rendement actuel ?

Je ne comprends profondément pas ce double discours, d’un côté la crise sanitaire actuelle a permis une certaine prise de conscience sur la qualité des produits locaux et la chance de pouvoir en profiter mais d’un autre on critique exactement les producteurs chez lesquels on se rend pour faire notre marché.

Les propositions manquent clairement de bon sens. Et après avoir pris mon téléphone pour questionner directement les concernés, je ne peux pas soutenir des initiatives, aussi louables soient-elles, qui empêchent les jeunes motivés de ma région qui s’organisent, innovent et se lèvent tous les matins pour que je puisse manger tous les jours des produits locaux de qualité, et même bio !

Pour conclure, la question est simple à mes yeux : désire-t-on vraiment décourager les agricultrices et agriculteurs qui évoluent et innovent chaque jour l’agriculture suisse seulement quelques mois après avoir promis en campagne de les soutenir ? Pour ma part, ma réponse est clairement non.

Roxanne Giroud  

Députée suppléante au Grand Conseil valaisan

8 septembre 2020

La droite encombrée

Au soir du 4 mars 2018, à une écrasante majorité, le peuple valaisan manifesta son désir d’une révision complète de la Constitution et en confia le soin à une assemblée constituante. Le PDC et l’UDC devaient avoir les oreilles bouchées en ce dimanche soir-là. Ou peut-être étaient-ils occupés à se pousser du coude pour être plus à droite encore que leur voisin…

Le soin qu’affichent certains leaders de ces deux partis à ne pas se mettre en question relève à la fois de leur fort ancrage conservateur et de la suffisance de leurs raisonnements qui font du « y en a point comme nous » une signature d’originalité. A la seule évocation du lancement d’une initiative visant à un rajeunissement d’un texte fondateur vieux de plus d’un siècle, il se sont réveillés sur leurs pattes arrière, ergots dressés, dénonçant la vanité d’une démarche pareillement populaire.

Le PDC et l’UDC n’ont pas voulu cette réforme et ont fait connaître, en amont de la votation y-relative, leur double opposition à la révision et, pis encore, au fait de la confier à une constituante. Peut-être ont-ils pensé qu’il y avait plus à perdre qu’à gagner dans un tel processus démocratique et ils ont revêtu leur refus des vêtements de l’inutilité.

Qui pouvait penser alors que le PLR se ferait l’allié d’une telle retenue ? Qu’il mettrait, lui aussi, l’essentiel de ses forces à déséquilibrer les balances.

Il a fallu les deux journées de sessions plénières à Brigue pour revoir à l’oeuvre la lourde machine à ne point oser.

Tous les thèmes susceptibles de brûler les doigts furent traités avec des gants d’abord, des extincteurs ensuite. Les rapports Etat-Eglises, la revue de détail des droits fondamentaux, la transparence financière des partis, le vote des étrangers, l’abaissement à 16 ans du droit de vote, les règles menant à une véritable équivalence des genres… autant de thèmes pour les alliés de circonstance où clamer sa volonté de ne rien changer et où préparer les utiles fratries pour le printemps prochain.

Frustrant ?

Certes. Mais enfin on sait depuis longtemps que sous les propos vertueux se cachent parfois des intentions moins nobles.

Les jeunes générations et celles à venir jugeront de l’attention que l’on porte à leurs élans comme à leurs désarrois. Puissent-elles ne pas retenir l’abstention pour remède à leur étonnement !

Jean-François Lovey
Constituant du district d'Entremont

26 août 2020

Uber ou l'ubérisation de la société

« Il vaut mieux être chauffeur pour Uber qu'au chômage ou à l'assistance publique ».

Cette phrase a été entendue et réentendue. Présentée comme cela qui ne serait pas d'accord ? Sauf que les conséquences sociales sont les suivantes :

Uber est une multinationale qui met à disposition une application internet pour ses chauffeurs, elle prélève au passage 20% du prix de la course. Donc plus il y a de chauffeurs plus elle gagne d'argent. Elle ne paie pas de TVA ni d'impôts dans les pays où elle est implantée. Les chauffeurs sont considérés par Uber comme des indépendants ; sauf qu'un indépendant :

  • peut choisir ses clients
  • peut fixer ses prix
  • subit un risque financier
  • perçoit directement l'argent de ses clients
  • en cas de mécontentement d'un client discute avec lui sans intermédiaire.


Or Uber :

  • impose les clients aux chauffeurs et, en cas de refus de course, Uber peut couper l'application.
  • Uber impose les prix aux chauffeurs
  • Uber paie les chauffeurs, puisque le client paie sur le compte d'Uber en avance.
  • Uber en cas de plainte peut couper l'application au chauffeur

Si ces conditions sont celles d'un indépendant il faut m'expliquer ce qu'est un salarié.

J'ai discuté avec un chauffeur d'Uber à Genève afin de savoir quel était son chiffre d'affaire et son bénéfice en fin de mois. Une fois déduits la location de la voiture, l'essence, etc, il lui reste entre 2000.- et 2500.- par mois pour le loyer, l'assurance-maladie et les charges sociales. Comment vivre avec cela en Suisse et comment se constituer une retraite convenable ?

Les mêmes politiques de la droite dure vont dire : on ne va pas payer des prestations complémentaires à des personnes qui n'ont pas été fichues de prévoir leur retraite. Alors que c'est leurs partis qui les ont obligés à accepter n'importe quel travail à n'importe quelles conditions, en rendant les prestations du chômage toujours plus difficiles d'accès. Au final ce sont bien les contribuables qui devront payer la note, et les premiers à râler seront les utilisateurs d'Uber qui trouvent génial de payer moins cher leur course, mais qui ne veulent pas voir les conséquences sociales.


Frédéric Deslarzes
Candidat au Conseil communal de Val de Bagnes

7 août 2020

« Fucking bitch »

Il y a quelques jours de cela, le député républicain Ted Yoho insultait la députée socialiste démocrate Alexandria Occasio-Cortez sur les marches du Capitole des Etats-Unis, bâtiment qui sert de siège au Congrès. « Fucking bitch » ou « putain de salope », étaient les mots qu’il a utilisés, devant des témoins et la presse, en toute impunité. L’homme s’est excusé depuis en expliquant « étant marié depuis 45 ans et père de deux filles, je suis conscient de mes mots ». La plus jeune jamais élue au Congrès américain lui répondait ce 23 juillet par un discours engagé et militant.



Cette situation n’est malheureusement pas un incident isolé, il est bien culturel. Le fait qu’un homme, puissant ou non, puisse en tout impunité traiter une femme de la sorte, aux yeux de tous, permet une certaine forme d’acceptation de cette violence verbale dans notre société. Cette attitude déshumanisante envers les femmes est totalement irrespectueuse et inacceptable. Pas besoin de traverser l’Atlantique pour entendre de tels propos, chez nous le sexisme est tout autant ancré. Dans la première partie de son discours, Alexandra Occasio-Cortez condamne non seulement l’attitude condescendante de son attaquant mais également le fait d’utiliser les femmes de son entourage comme argument prouvant son respect. « Avoir une fille ne rend pas un homme convenable. Avoir une femme ne rend pas un homme convenable. Traiter les gens avec dignité et respect est ce qui rend un homme convenable » a-t-elle répondu.

La jeune femme accuse le coup et porte son expérience pour une cause plus grande, celle du vivre-ensemble. De manière générale, discriminer une autre personne pour son genre ne devrait tout simplement plus être admis dans notre société actuelle. Ne rien en dire c’est donner la permission que cela continue. Vouloir répondre par le même schéma vulgaire et puéril c’est tout autant la perpétuer. Le meilleur moyen pour que la discrimination ne se répète plus, c’est de l’arrêter quand elle nous arrive. Par la simple affirmation « je ne suis pas d’accord », c’est déjà remettre à sa place l’acte discriminant et donner de la valeur à celui ou celle qui en a été la victime. En affirmant cela, nous ne lui laissons plus sa place dans l’espace public et nous permettons que la vie reprenne, sereinement et cordialement. En démontrant par nos actes, que le genre féminin et celui masculin ne sont pas si éloignés et définis que certains le disent, c’est redonner toutes les couleurs à notre société.

Maman de deux petits garçons, je me sentais tout d’abord chanceuse les pensant plus en sécurité de cette problématique. Mais bien que je n’aie pas de petite fille à qui apprendre à se défendre, j’ai deux petits individus à qui apprendre le respect et le consentement. Une fois que j’ai compris cela, j’ai compris la responsabilité que j’avais d’éduquer mes fils à faire en sorte que demain, plus aucun homme n’ose traiter une femme de la sorte.

Roxanne Di Blasi Giroud

2 août 2020

Tirons ces loups

Le 27 septembre 2020 le peuple suisse est appelé à voter sur la révision partielle de la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages. Une fois encore ce débat enflammé me touche et m’amène à écrire quelques mots.

Premier constat, la loi actuelle légiférant la chasse date de 1985, période durant laquelle plus aucun loup ne vivait en Suisse. Avec le retour de l’animal dès 1995 puis des premières meutes dès 2012, notre pays compte aujourd’hui près de 80 loups, principalement dans notre canton. En plus de parcourir nos forêts, le loup tue. Il tue pour se nourrir, mais pas seulement, et laisse malheureusement derrière les traces de son funeste passage, des paysannes et paysans en colère, découragés et fatigués. Ces mêmes femmes et hommes qui travaillent tous les jours, dimanches compris, dans des conditions difficiles pour entretenir nos paysages.

Dès lors, l’animal alimente les débats politiques ou de bistrots, contribuant également à nous monter les uns contre les autres. D’un côté les éleveurs ou chasseurs sans cœurs et sans scrupules, prêts à tuer par soif de victoire et de virilité ; de l’autre les défenseurs bourgeois, écolo-bobo-romantico, d’une nature dans laquelle ils ne vivent pas. Des discussions sourdes, des éleveurs et éleveuses en à bout de nerfs, des citadins ravis de leurs balades alpines du week-end, rien ne semblait pouvoir un jour rallier les deux camps. Jusqu’à cette proposition de révision partielle de la loi fédérale qui définit les animaux sauvages protégés, les espaces animales pouvant être chassées et les périodes de protection. « Enfin ! », ai-je pensé, enfin un équilibre entre préservation et protection.



Concrètement, cette nouvelle loi apporte les ajustements suivants :
  • Les cantons seront obligés de tenir compte des principes du développement durable et des exigences de la protection des animaux lorsqu’ils réglementent et organisent la chasse.
  • Douze espèces de canards sauvages seront désormais protégées de la chasse. De plus, la période de protection de la bécasse des bois est plus longue.
  • Sur le plan national, environ 300 voies de liaison naturelle des animaux sauvages seront protégés pour ainsi restés connectés. Des ponts et des passages souterrains seront construits pour les animaux aux abords des voies de chemin de fer et des routes.
  • La Confédération participera financièrement davantage à la surveillance cantonale de la faune.
  • Les agriculteurs devront ériger des clôtures respectueuses de la faune sauvage.

Globalement, nous pouvons donc à mon sens considérer que ces propositions sont bien des améliorations d’une vieille loi complètement obsolète.

Seulement voilà, reste le débat éternel du loup. En ce sens, voici les modifications proposées :
  • Ce sont les cantons qui pourront désormais décider de faire abattre les membres d’une meute avant que des dégâts ne soient causés. Cet abattage est évidemment soumis à plusieurs conditions : le canton devra agir de manière proportionnée et ne pourront pas intervenir dans une meute qui reste éloignée des troupeaux et des villages. De plus, il devra justifier au préalable la nécessité de ces tirs auprès de la Confédération.
  • Le loup demeure une espèce protégée et les meutes seront conservées. La Confédération et les associations de protection de la nature pourront toujours recourir contre une décision cantonale d’abattage.  
  • En ce qui concerne les loups solitaires et comme c’est déjà le cas aujourd’hui, le canton peut autoriser le tir d’un loup solitaire lorsque des dégâts sont occasionnés en dépit de mesures de protection des troupeaux de moutons et de chèvres. Dorénavant, il pourra également autoriser l’abattage d’un loup solitaire lorsque ceux-ci présentent un comportement attirant l’attention (intrusion dans une bergerie ou vagabondage sans crainte dans un village par exemple).
  • Enfin, la loi révisée renforce les obligations des agriculteurs et agricultrices en matière de protection des troupeaux. Pour qu’une indemnisation soit versée pour les chèvres et les moutons tués, il faudra que les animaux soient protégés par un chien ou une clôture.

Si l’on sort du strict débat émotionnel, on peut se rendre compte que cette loi se lit comme un dialogue entre deux mondes opposés. D’un côté il s’agira de protéger les éleveurs et éleveuses dans leur travail et d’un autre de les responsabiliser et de tout mettre en œuvre pour assurer la protection de leurs animaux. Pourrait-on trouver meilleure alternative ?

Reste le dernier argument des opposants : « nous ne devons pas vouloir maitriser et dominer la nature ». Mais la maitriser et la dominer ont deux significations complètement opposées. Les hommes et les femmes qui y vivent et y travaillent tous les jours sont les premiers conscients qu’on ne la domine pas, bien plus que de nombreux citadins laissant trainer leurs ordures après leur pique-nique. En revanche il est important pour eux de pouvoir continuer à travailler dans des conditions dignes. Leur labeur demande plus de passion et de respect pour la nature qu’on ne peut imaginer, à nous de respecter leur travail.

Je voterai donc OUI à cette nouvelle loi sur la chasse car elle répond concrètement à cette guerre d’usure qui dure depuis bien trop longtemps dans notre canton. Elle est juste et appropriée à la situation actuelle, elle est adaptée à la nature et non aux égos. Elle définit un juste milieu, un équilibre précieux entre l’environnement ainsi que les hommes et les femmes qui font un travail de fou pour en prendre soin, et c’est bien tout ce qui compte.

Roxanne Di Blasi Giroud

23 juillet 2020

L'Europe à un tournant historique


On se tromperait à sous-estimer l’importance de l’accord européen signé mardi dernier par le Conseil européen. Le 21 juillet 2020 marquera l’histoire de notre continent. Et cela pour plusieurs raisons.


Un accord financier sans précédent
Tout d’abord parce que les 27 états membres de l’UE ont approuvé un plan de relance de 750 milliards d’euros. Le montant est vertigineux, mais il faut le remettre en perspective. Il représente un peu plus de 1% du PIB de l'UE (puisqu'il sera étalé sur trois ans). Le Congrès américain a voté, quant à lui, un plan de relance de plus de 2000 milliards de dollars et ce montant pourrait encore être augmenté.
Sur ces 750 milliards, 360 milliards seront mis à disposition des états en faisant la demande, à un taux favorable, sous forme de prêt.
La partie vraiment innovante concerne les 390 milliards additionnels: ceux-ci serviront directement de subventions aux états en ayant le plus besoin, dont l'Italie, l'Espagne et la France, des pays particulièrement touchés par la pandémie. Ce qui est intéressant, c’est que ces 390 milliards sont conditionnés à des projets concrets et ne pourront pas être utilisés n’importe comment: un tiers devra être directement consacré à la transition énergétique, soit 130 milliards. En ajoutant ces 130 milliards aux différents programmes environnementaux nationaux prévus par les états, on constate aujourd’hui que l’UE se dote du plus grand fonds mondial de financement de la transition écologique. Pas mal pour des états que l’on disait si désintéressés par la vague verte. On jugera bien évidemment sur les résultats, mais le moment est clairement historique.

Fédéralisme européen
L’événement est également historique parce que c’est l’une des premières fois que l’UE accepte de mutualiser une dette, du moins de cette ampleur. Cela signifie que les 27 états deviennent collectivement responsable de son remboursement; quelques dirigeants ont déjà avancé quelques pistes, mais cela n’est pas l’objet de cet article.
On assiste aujourd’hui à un pas important vers un véritable fédéralisme européen. J’en veux pour preuve, et c’est un peu technique désolé, que cette mutualisation ne touche pas uniquement les membres de la zone euro, mais bien l’ensemble des membres de l’Union. Le premier effet collatéral de cette décision est qu’elle empêche quasiment à coup sûr le départ d’un autre des membres de l’UE. Après le traumatisme du Brexit, les différents membres ont fait le choix - ils n’en étaient pas obligés - de se lier plus fortement encore.

Victoire des valeurs
On entend souvent dire que l’UE n’est qu’une affaire de gros sous; le présent accord semble vouloir donner raison à ses contempteurs. En fait, c’est l’exact inverse. C’est l’Europe des valeurs, des idées et de la volonté de travailler ensemble qui a triomphé, pas celle du chacun pour soi, pas celle de la petite comptabilité mesquine. C’est du coup la fin de la règle des 3% de déficit autorisés par les critères de Maastricht. C’est la fin de cette Europe que la gauche a tellement fustigé, à commencer, en France, par Mélenchon qui pour l’occasion, au-delà de son emportement feint, aurait mieux fait de reconnaître que c’est exactement ce qu’il demande depuis des années; son collègue espagnol du mouvement Podemos Pablo Iglesias a, par sa part, vivement salué l'accord.
Dans ces circonstances, il faut bien rendre à César ce qui lui appartient: cet accord est notamment le fruit d’une politique européenne ambitieuse voulue et menée par le président Macron. Il est de bon ton chez nos voisins français de le vouer aux gémonies; il faut bien reconnaître qu’il a su modeler, avec la coopération des 26 autres états membres, une UE plus solide, plus solidaire et plus fédéraliste. Qui s'en plaindra?

Et le Royaume-Uni dans tout ça?
Si le Royaume-Uni était encore membre de l’UE, on peut imaginer qu’il aurait fermement refusé cet accord, comme il l’a fait à plusieurs reprises pour des sujets similaires par le passé. Ayant décidé et lancé les opérations de son fameux Brexit, il ne touchera aucun montant de la part de ses 27 anciens coreligionnaires; il devra assumer seul son plan de relance interne.
Alors que le délai pour un accord sur le Brexit est fixé officiellement au 31 décembre 2020 (réellement au plus tard au début octobre pour laisser aux parlements nationaux des 27 le temps de l'approuver ou non). Le royaume de Sa Majesté a énormément souffert de la crise sanitaire et peine encore à relever la tête. Une éventuelle seconde vague de COVID-19 à l’automne et la perspective d’un no deal avec l’UE pourrait rendre sa situation catastrophique.

Et la Suisse?
Dans un premier temps, la Suisse va bénéficier indirectement de ce plan de relance colossal. L’UE étant son premier partenaire économique extérieur, elle a tout intérêt à ce que celui-ci ne s’effondre pas, en particulier au regard de son industrie d’exportation et de son tourisme. Une économie qui redémarre chez nos voisins (à condition que ce soit véritablement le cas) ne pourra que soutenir l'économie intérieure de la Suisse.
Politiquement, la Confédération négocie péniblement depuis plusieurs années un accord-cadre avec l’UE. On a souvent présenté notre partenaire européen comme faible, à bout de souffle, écartelé par ses guerres intestines et incapable de se donner un cap. Après l’épisode du Brexit où l’UE a fait preuve d’une remarquable unité, sans discordance apparente, après le plan de relance du 21 juillet, l’îlot suisse voit ses voisins s'organiser autour de lui et prendre des décisions qui concerneront plus de 500 millions d'habitants sans avoir voix au chapitre. Il serait particulièrement mal venu aujourd’hui de la part des citoyens helvétiques de couper les ponts avec cette union renforcée en suivant les dérives populistes de l’UDC en septembre.

J. Lovey

9 juillet 2019

Netflix veut bannir le tabac de ses productions. Mais foutez-nous la paix!

Le géant américain du streaming a annoncé qu'il allait bannir la cigarette de ses futures séries à moins que cela ne soit requis par les faits historiques ou par l'adéquation avec l'intrigue:
Netflix said that going forward, all new shows it commissions will exclude smoking and e-cigarette use, except for “reasons of historical or factual accuracy.” (Source)
 Cette annonce qui semble totalement anecdotique est en fait révélatrice du climat social ambiant. 


Aujourd'hui les méfaits du tabac sur la santé ne font plus aucun doute; de multiples études internationales démontrent le lien fort de cause à effet entre sa consommation et le développement de cancers. Prévenir les consommateurs et limiter l'accessibilité du produit, notamment auprès des plus jeunes, semblent de bonnes mesures de santé publique.

Pour autant, le réseau américain voit tout faux. Le magazine Variety accuse "les représentations de la fumée" d'être responsables d'un attrait puissant auprès du jeune public. Cette idée qui consiste à penser que le simple fait de voir une cigarette à l'écran renforce le degré de "coolitude" de la substance est aujourd'hui pourtant largement contesté. On sait - et cela risque d'en surprendre plus d'un - que les adolescents sont capables de faire la différence entre la fiction et la réalité; ils n'imitent ainsi pas bêtement et béatement tous les comportements à risque qu'ils voient sur internet et dans les séries télévisées. Ce n'est pas parce que l'on a suivi avec fébrilité La Casa de Papel que l'on projette pour autant de braquer une banque.

Au nom d'un certain hygiénisme moral, nous souhaiterions désormais corriger les vices de la société en les éradiquant des oeuvres artistiques. A l'image du Pape Pie, au XIXe siècle, qui, suivant sa volonté de restreindre la luxure de ses ouailles, fit émasculer les statues vaticanes et les orna de grotesques feuilles de vigne. La production artistique n'a pas besoin de ces élans de puritanisme, de ces tartufferies de la bien-pensance:
"Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées." Molière, Le Tartuffe, III, 2 (v. 860-862)
Si Netflix s'attaque maintenant à la cigarette, il y a fort à parier que ce mouvement ne connaîtra pas de limites: toutes les causes méritant un traitement égal.
L'art s'est toujours approprié les vices et les turpitudes de l'âme. On ne peut peindre la condition humaine en en représentant seulement les grandeurs et en omettant les bassesses. Pas d'héroïsme, sans la possibilité de la décadence.

Imagine-t-on enfin les plus grands chefs-d'oeuvres passés au crible de cette pudibonderie? Paris est une fête d'Hemingway sans alcool, Le Colonel Chabert de Balzac sans effusions de sang,  Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos en langage épicène, Les Misérables de Victor Hugo sans vol, Belle du Seigneur de Cohen sans adultère, les Demoiselles d'Avignon de Picasso rhabillées pour éviter le stupre, la série Breaking Bad sans métamphétamine, Le Parrain de Francis Ford Coppola sans chantage?

Le quotidien Le Temps a publié ce printemps la liste des 50 "meilleurs livres de langue française" depuis 1900 (il y en a plus de 60 dans les faits). Faites-le calcul, lesquels auraient survécu à cette nouvelle norme?

Je crois profondément à la force de l'éducation, à la nécessité d'accompagner les jeunes à la découverte des oeuvres. On ne prépare par les adolescents à la vie en leur masquant une partie de la réalité, mais en leur donnant les outils pour l'affronter.

J. Lovey
(Ces propos n'engagent que leur auteur)




2 mai 2019

Un Oui à la RFFA pour renforcer l’AVS

Le 19 mai nous voterons sur la loi fédérale relative à la réforme fiscale et au financement de l’AVS (RFFA). Ce projet fait suite au double refus par le peuple de la RE III pour l’aspect de la fiscalité des entreprises à statuts spéciaux et à PV2020 pour l’aspect prévoyance vieillesse.

Le volet concernant le financement de l’AVS nous a convaincu de soutenir cet objet. Sans diminution de prestations en contrepartie (âge de la retraite des femmes, indice mixte, etc.), l’AVS recevra un financement supplémentaire de 2 milliards de francs par an si la RFFA est acceptée. Par ailleurs le mode de financement supplémentaire choisi renforce la principe de solidarité qui est au cœur de l’AVS.

Cet apport de 2 milliards par an réduit le déficit de financement de l’AVS. Il sécurise les rentes, permet le maintien des prestations actuelles. Il bénéficie donc tant aux rentiers actuels que futurs. Ce renforcement substantiel nous permettra par ailleurs de mieux combattre les projets d’augmentation de l’âge de la retraite et de réduction des rentes qui arriveront immanquablement dans l’agenda politique.

Pour le volet de la fiscalité des entreprises, nous saluons la disparition des statuts spéciaux pour les entreprises actives sur le plan international et constatons que notre opposition victorieuse à la précédente réforme de la fiscalité des entreprises (REI III) était fondée car les instruments d’optimisation fiscale contenus dans cette réforme-ci, sont moins nombreux et tout en étant pour la plupart discutables, leur sont cependant moins favorables. Par ailleurs les cantons recevront 1 milliard supplémentaire en retour de la part de la Confédération et les communes et les villes ne seront pas oubliées.

Tout en soutenant la loi au niveau fédéral qui permettra de renforcer l’AVS, l’assurance sociale la plus aboutie et emblématique du système social helvétique, notre engagement en faveur de la RFFA ne doit pas cependant être compris comme un blanc-seing implicite au projet final de la réforme cantonale de l’imposition des entreprises qui sortira du processus parlementaire. Si, in fine, la réforme cantonale, en étant trop généreuse envers les entreprises, devait par trop diminuer les rentrées fiscales et si les compensations sociales à cette réforme ne devaient pas être suffisantes et profitables à l’ensemble de la population du canton, la question du référendum devra se poser avec la plus grande acuité.

Blaise Carron
Candidat PS au Conseil national
Monthey

7 avril 2019

2019, une année charnière pour les femmes?

Entre Viola Amherd, qui espère que l’année 2019 soit une année féministe, et la superbe photo politique du Chablais où l’on peut voir une jolie brochette de messieurs n’entourer qu’une seule femme, on ne sait pas trop finalement si les femmes pourront effectivement s’imposer en 2019. La préparation de la grève des femmes de juin 2019 bat son plein, les femmes se mobilisent en masse pour réclamer l’égalité des droits, pour espérer un salaire égal à ceux de leurs collègues masculins. Le Valais semble également pris dans cet élan avec la création d’un collectif de femmes valaisannes partisanes de la grève. On voit proliférer les soutiens en vue de cette grève qui a même été autorisée par le gouvernement valaisan.



Pourtant, si un vent de renouveau souffle sur le Valais en matière d’égalité des sexes, on peut toujours remercier la droite et les partisans d’un libéralisme s’autorégulant pour nous rappeler qu’au fond la mobilisation politique des femmes n’est pas le problème de ces hommes. Plus précisément, il s’agit de pointer du doigt le PLR de la région de Monthey qui organise son souper annuel de soutien. Jusqu’ici rien de très alarmant, sauf que, lorsqu’il lit l’annonce de cet événement, le lecteur est frappé par un mot qui figure distinctement sur l’affiche promotionnelle : « danseuses ». En effet, les femmes qui étaient présentes à ce souper étaient, pour certaines d’entre elles, des danseuses embauchées sur le thème du Moulin rouge et de tout son univers érotisant tournant autour de l’objectification du corps de la femme. Le thème du moulin rouge choisi par le PLR de la région de Monthey pour son souper de soutien n’interroge pas la place de la femme au sein de la politique valaisanne. Loin d'être promue pour ses compétences en matière de politique, elle n'est sollicitée que pour son corps et le désir qu’il peut provoquer. Cette année, le PLR de la région de Monthey a ainsi récolté des fonds notamment grâce à la marchandisation du corps de la femme.

Alors, 2019 sera-t-elle vraiment l’année de la femme, une année féministe, une année de grande mobilisation ? Je veux bien le croire et je participerai même à ce mouvement dans l’espoir de vivre un jour dans un monde plus juste. Mais je crois aussi que ce combat ne peut pas être mené sans considération de la part de la classe bourgeoisede la politique. Le PLR par son souper de soutien se place à contre-courant parfait vis-à-vis des revendications des femmes de ce canton et de ce pays. À quand la fin de l’utilisation du corps des femmes pour attirer l’argent de certains messieurs ? A quand la juste considération des femmes dans notre société actuelle ? A quand la légitimité pour ces dernières ?

Tiffany Premand et Jasmine Lovey

21 février 2019

L’apathie vient en mangeant, vraiment ?

Si vous êtes Valaisans et que vous n’avez pas passé cette semaine à l’étranger ou coupés du monde alors vous aurez certainement entendu - peut-être même que vous aurez pris parti - le débat au sujet du traitement des animaux aux abattoirs de Martigny. Loin de moi l’envie avec cet article de raviver le sujet déjà suffisamment enflammé ou de porter un quelconque jugement sur l’une ou l’autre des positions. Une enquête est ouverte et la lumière sera faite sur les actes qui le nécessitent.

J’ai pris le risque de m’hasarder dans les commentaires et avis que ce soit auprès de mes connaissances ou sur internet. Force est de constater, comme dans tous les débats, qu’il y a des points de vue intéressants chez chacun tout comme chaque force possède son lot de crétins. Mais encore une fois, là n’est pas mon sujet. Cependant, cette polémique m’est restée en tête jusqu’à en arriver à deux réflexions.

La première, a été ma surprise de cette prise de position pratiquement viscérale de la population face au sujet. J’ai l’impression que de manière générale, l’avenir et les enjeux de l’agriculture valaisanne ne semblent pas vraiment concerner une masse aussi importante. Mais dès lors qu’elle devient « nourriture », au même titre que la religion, la politique, le sexe, l’argent ou les plaques étrangères sur nos routes de montagnes, c’est un sujet qui touche. Je sens que, dans les deux camps, l’interlocuteur a un tel souci de convaincre la partie adverse, qu'on pourrait croire que sa vie en dépend. Ce qui rend le combat d’autant plus musclé: ni l’un ni l’autre ne lâchera puisque sa réalité lui est si précieuse. La marge de consensus se rétrécit à mesure que le sujet nous prend aux tripes.

Ma deuxième réflexion concerne le dégoût général face à la réalité de l’abattage. Pour les personnes végétariennes ou végans pour qui cette pensée est insupportable, je peux entendre et je peux tout à fait envisager que ces images soient terribles à leurs yeux. Ce qui m’a surprise c’est plutôt les personnes qui sont omnivores mais qui se sont senties profondément peinées ou choquées face aux images. A croire qu’une majorité découvrait pour la première fois la réalité de ce qui arrivent dans leurs assiettes depuis toujours. Entendons-nous, il est évident que certains gestes sont vraisemblablement déplacés et encore une fois, merci à la justice de faire son travail. Mais au-delà de ces gestes précis, il reste le sang, les actes et la mort quand même. Je me pose alors cette question ; à quel moment nous sommes-nous détachés à ce point de ce que l’on mange ? Les aliments sont achetés, pour l’immense majorité en grande surface déjà partiellement, voire totalement, transformés. Dès lors, comment imaginer le chemin qu’ils ont fait pour arriver ainsi si je vis loin de cette réalité ?

J’ai eu la chance de grandir auprès de parents agriculteurs. En voyant mon père agir, mais aussi des amis ou des connaissances, il me parait tellement évident que l’on puisse profondément aimer son bétail tout en finissant par le manger. Evidement que le paysan adore ses vaches, sinon comment serait-il possible pour lui d’accepter les sacrifices que demande son métier ? Valais, pays de terroir. Mais combien d’enfants qui y habitent sont déjà entrés dans une écurie ou une ferme (et voir les vaches au comptoir ne compte pas) ? Je ne peux qu’inviter les gens qui ont des questions à aller à la rencontre des agricultrices et agriculteurs pour se rendre compte à la fois de la beauté, de la sincérité mais aussi de la complexité de leur métier. Tout comme les sorties de ski, une journée à la ferme ne devrait-elle pas être inscrite dans les programmes scolaires ? Punissons bien sûr les mauvaises actions mais soyons conscients de nos actes et de tout ce qu’ils impliquent. Soyons plus près de cette nature qui fait pourtant tellement partie de notre identité. N’ayons pas peur d’elle. Apprenons à la connaitre aussi brute soit-elle pour mieux la respecter et la préserver. Et surtout, soyons capables d’un peu plus d’indulgence envers ceux qui n’ont pas les mêmes principes que nous, même si on n’a pas le même contenu dans nos assiettes.

Roxanne Di Blasi

13 novembre 2018

Jean-François Lovey s'exprime dans le Nouvelliste



Le NF du 12 novembre 2018 publie l'injonction de Jean-François Lovey, candidat Appel Citoyen à la Constituante dans le district d'Entremont.

Il s'agit du message qu'on peut également pour plus de confort lire ici et qui a fait un buzz sur notre site, caracolant en tête des messages les plus lus le mois dernier.

12 novembre 2018

Les travaux de la Constituante se résument-ils à 10 questions?

Appel Citoyen a reçu par le Nouvelliste en même temps que les partis politiques ayant aussi présenté des listes pour les élections de la Constituante valaisanne 10 questions sur des sujets qui pourraient faire l’objet des débats sur la future Constitution, questions auxquelles il a fallu répondre en 48 h. Je rejoins la position exprimée par Antoine Conforti dans son courrier des lecteurs adressé au Nouvelliste suite à cette demande, et je souhaite exprimer mon avis personnel sur le fond (les 10 questions) et sur la forme (délai de 48h).

Sur la forme:
Je trouve que la requête du Nouvelliste pourrait être comparée à un genre nouveau de sondage pré-électoral qui - en termes de marketing social – au motif d’informer ses lecteurs-trices sur les objectifs des candidat-e-s à la Constituante, relève de l’influence d’opinion publique, et fait davantage de la publicité médiatique. Je trouve que sous cette forme, la requête de répondre en 48 h à 10 questions, certes en lien avec les discussions sur une future Constitution cantonale, n’est pas digne du mandat de la Constituante, des futurs travaux des constituant-e-s, ni de leurs motivations et ambitions de réforme de notre Constitution ! En effet, les candidat-e-s de toutes les listes seront forcément amené-e-s à reprendre ou à répéter des positions ou des messages préfabriqués sans que ce type de sondage leur donne la réelle opportunité de s’exprimer individuellement. Quel intérêt de ces réponses : pour les comparer ? pour juger de leur justesse ou pas ? dans un esprit de compétition entre candidat-e-s ? Être d’accord ou pas sur un sujet ou dire oui ou non à une question : est-ce ainsi que les citoyen-ne-s du canton sauront si leurs élu-e-s seront en mesure de faire valoir et de défendre les intérêts du peuple ?

J’estime pour ma part qu’une telle approche minimise l’importance, la valeur et la portée de la future Constitution qui, elle, sera le fruit d’un travail collectif des 130 constituant-e-s, à l’issue de débats et de négociations au terme de 4 ans de travaux intenses durant lesquels les avis, convictions, positions seront confrontés, examinés, décortiquées, des dispositions légales - adoptées. Cette approche de questions-réponses est réductrice des efforts de consensus et du dialogue politique qui feront partie intégrante des travaux des constituant-e-s. L’objectif d’une future Constitution est de garantir la sécurité juridique et de régir les cadres fondamentaux de toute activité dans le canton. Le projet de Constitution, une fois élaboré, sera ainsi soumis au vote populaire pour approbation.

Sur le fond:
Si je regarde les 10 questions posées, je constate qu’elles ne portent pas sur tous les sujets qui sont normalement abordés lors de l’élaboration d’une loi fondamentale qu’est la Constitution d’un canton. Les questions posées ne visent que le nombre de conseillers d’état et de districts, le mode d’élection, le vote et éligibilité des étrangers, le conseil général obligatoire, la représentation minimale du Haut-Valais, le maintien d’ «Au nom de Dieu tout-puissant» dans le préambule, l’impôt ecclésiastique, l’inscription de la protection de l’environnement et de l’égalité homme/femme. Ce sont les 130 constituant-e-s qui vont proposer, après discussions et débats approfondis, le nombre et le mode d’élection les plus adaptés au vu des réalités valaisannes et des besoins en représentation au Conseil d’état. Idem quant à l’organisation administrative et territoriale en districts qui devra correspondre en termes de découpage aux spécificités des entités qu’elle régit. Plus de districts ou moins qu’aujourd’hui est à décider ensemble par les 130 constituant-e-s sur la base des besoins des populations concernées et l’étude de la jurisprudence dans ce domaine. Le même raisonnement s’applique à la question de savoir s’il faudra un conseil général obligatoire à partir de 5'000 habitant-e-s : les 130 constituant-e-s présenteront leur proposition à la base d’une attribution des pouvoirs et des compétences administratives et politiques la plus appropriée aux entités territoriales et leur population, de manière à garantir un partage du pouvoir et l’allocation des ressources respectives dans le sens d’une véritable démocratie. Ainsi, concernant le Haut-Valais qui est partie intégrante du canton, il est normal qu’il doive bénéficier de la représentation au législatif et à l’exécutif de manière à ce que ses intérêts soient défendus et appliqués.

Concernant le droit de vote et d’éligibilité des étrangers, ce débat fait sens dans la mesure où il porte sur la possibilité à donner à tout-e habitant-e d’une commune de participer ou pas, d’exprimer ou pas sa voix sur des objets cantonaux qui touchent aussi bien la commune que ses habitant-e-s. Une participation à la vie publique est également un facteur d’intégration et profite aux intérêts communaux. L’exercice de ce droit de vote et d’éligibilité passe par la définition d’un certain nombre de conditions à définir et à satisfaire pour sa mise en œuvre. Il convient en ce sens d’examiner la pratique d’autres cantons – ceux qui ont adopté dans leur Constitution ce droit ainsi que ceux qui ne l’ont pas adopté. Il est toujours utile de connaître les expériences d’autres cantons qui ont déjà réalisé ce travail de réforme de leur loi fondamentale.

Connaître des exemples d’autres cantons s’applique aussi dans la reformulation du futur préambule de la Constitution valaisanne, pour proposer si celui-ci, ayant généralement une portée symbolique, pourrait évoquer des principes fondamentaux ou avoir une tournure plus élaborée. Les réflexions permettront de trouver d’autres sources d’inspiration pour ancrer les valeurs du peuple valaisan dans le préambule de sa Constitution.

D’autre part, l’étendue de la contribution aux finances publiques des églises pourra être évaluée et proposée selon la place à occuper par elles dans la société. La Constituante pourra également se pencher sur le rôle de la société civile en Valais. Ce débat relève de l’ancrage dans la Constitution des libertés individuelles, de la liberté d’expression, de pensée, de conscience, d’association. Il convient de poser la question comment l’état sera-t-il en mesure de garantir ces libertés, et dans quelle mesure les acteurs de la société civile contribueront à veiller au respect de ces garanties.

Les questions liées à l’égalité homme/femme comme celles liées à la protection de l’environnement sont essentielles. Au regard de l’égalité de traitement et de l’égalité devant la loi, il est à mon sens fondamental de promouvoir l’inscription dans la Constitution valaisanne du principe de non-discrimination, non seulement en termes de genre, mais aussi en termes d’identité et de diversité. Ce débat inclut aussi celui sur la reconnaissance d’autres formes d’union entre personnes et d’autres formes de cellules familiales pour constituer aussi l’environnement direct le plus favorable pour les enfants et leur éducation et formation. Les enfants sont les générations futures dont l’avenir devra être assuré dans les meilleures conditions de vie, d’affection, d’apprentissage !

La protection de l’environnement est liée à la préservation du patrimoine naturel, mais aussi culturel, linguistique et des ressources humaines en Valais et qui en font sa richesse intrinsèque. Protéger l’environnement signifie préserver la pérennité de ses ressources pour et par une activité économique durable et saine. Le bilinguisme est aussi un patrimoine du canton que les constituant-e-s devront défendre au niveau constitutionnel pour que sa préservation soit garantie. Par quels moyens – il revient aux lois cantonales d’encadrer par la suite les modes de mise en œuvre.

En tant que candidate d’Appel Citoyen, mon engagement consiste à contribuer à l’élaboration d’une Constitution moderne et forte qui édicte les droits civils, les droits politiques, les droits sociaux, les libertés fondamentales de la personne. Pour permettre au législateur par la suite d’adopter les lois garantissant l’exercice de ces droits - justiciables – afin d’assurer la fourniture des prestations respectives. La répartition des tâches publiques devra à mon sens être repensée de manière à garantir le bon fonctionnement des institutions et des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Dans l’objectif d’assurer la cohésion sociale, le bien-être économique des régions de montagne et en plaine, l’épanouissement des individus de toute génération.

V alentina D arbellay

15 octobre 2018

Entendez l'Appel Citoyen!

NDLR: Durant la campagne de la Constituante, le blog d'Entremont Autrement ouvre ses colonnes aux candidats d'Appel Citoyen (et aux autres qui le souhaiteraient).

Si l’on compare la société à un arbre, il est permis de considérer sa charte fondamentale, - sa Constitution -, comme le tronc. Ce qui ne ploie pas. Qui crée un lien entre terre et ciel. Qui plonge ses racines dans le sol et l’histoire pour se nourrir et qui lance ses branches vers l’espace et la lumière pour éclore.

Repenser une constitution nouvelle pour un Valais moderne, c’est à la fois vivifier la démocratie qui se calcifie à ne pas se remettre en cause et dessiner le cadre dans lequel l’Etat et les citoyens s’engagent ensemble à oeuvrer pour le bien commun.

Ce défi me semble suffisamment porteur de sens, suffisamment mobilisateur, suffisamment orchestral pour avoir envie envie d’y apporter sa petite note. Et surtout il paraît souhaitable d’y entrer sans préjugés, sans tabous, sans mots d’ordre, sans attaches partisanes, avec des convictions certes mais pas de dogmes, porteur de valeurs qui gagnent à être frottées à d’autres dans le respect mutuel.

Ce qui a été rédigé en 1907 répondait aux besoins de l’époque. Gratitude à ceux qui s’y sont employés. Mais le contenu est daté et le mode d’élaboration ne relevait guère alors de la large participation. Les temps ont changé.

Aujourd’hui on ne reçoit pas une constitution comme un cadeau. On se la donne comme une oeuvre à construire dans la patience et la lucidité avec tous ceux et toutes celles qui se soucient de l’avenir du Valais.

Ce souffle qui libère, cet élan qui rend créatif, cette générosité qui stimule la pensée, cette invitation à vouloir que le débat soit le plus large possible pour ouvrir l’horizon, je l’ai reconnu en Appel Citoyen.

Son existence sera brève, - quatre ans -, mais son pouls est vif et son coeur bat pour le canton.

Jean-François Lovey
Candidat Appel Citoyen

5 juin 2018

« Je voulais vous dire »… « Halte aux Jeux !!!! »

« Je voulais vous dire »… « Halte aux jeux !!!! » Ce raccourci amusant de deux ouvrages, en préambule, pour vous inviter à une ultime réflexion.

Dans le débat médiatique actuel qui commence à agacer tous les citoyens en Valais, j’ai eu envie de prendre de la distance et essayer de poser un regard mi-amusé, mi-réflexif sur ce cirque organisé par des personnes intéressées à promouvoir un divertissement-business personnel dans notre canton.

D’abord, les affiches : « Des jeux qui nous rassemblent » ! Slogan incroyable ! Alors que c’est le contraire qui se passe en Valais : je n’ai jamais assisté à des échanges aussi clivants avec la perspective que les opposants à ces Jeux veulent la mort du Vieux Pays, la destruction du tourisme, l’enterrement des remontées mécaniques. Ce sont des « ringards », opposés à tout projet, et ils devraient se taire pour ne pas exprimer une voix discordante !

Mais je vais quand même essayer de vous faire partager une réflexion, parce que je ne supporte plus l’arrogance et le mépris des promoteurs de ces Jeux pensant avoir le monopole d’un « rêve » pour le Valais.

Et, pourtant, moi, je rêve d’un Valais où l’on ne réduirait pas les prestations sociales, les subventions aux caisses maladies, le salaire de base des jeunes enseignants, l’aide aux enfants en difficulté, les crédits pour l’enseignement, dans le but de faire des économies et retrouver les chiffres noirs dans le budget cantonal…

Je rêve d’un coin de ce pays où il n’y aurait plus 1/10 de la population vivant sous le seuil de pauvreté dans un pays riche…

Je rêve d’une nature qui ne serait pas bétonnée de la plaine au sommet des plus belles montagnes des Alpes…

Je rêve d’une eau potable qui ne serait plus utilisée pour fabriquer de la neige artificielle afin de permettre à des touristes de glisser, avec sous leurs spatules, la richesse de nos enfants et petits-enfants.

Je rêve que cette eau précieuse soit préservée, économisée, valorisée, car elle vaudra en 2040 plus chère que le pétrole !

Je rêve d’un tourisme quatre saisons imaginatif, rassembleur, durable et partagé par les Valaisans avec leurs hôtes. Que celui-ci soit développé avec réflexion, détermination, mais sans course aux profits immédiats et indécents, afin que nos enfants et petits-enfants puissent encore construire et habiter dans nos vallées.

Je voulais vous dire … que l’homo sapiens, même assis, permettra à l’Humanité d’aller plus loin que l’homo olibrius se revendiquant Valaisan, à la suite d’un acte de réaction violente et ridicule.

Enfin, je n’accepte plus cette suffisance, ce mépris des promoteurs des Jeux qui, faute de réflexion et d’arguments, escamotent le débat démocratique et se gargarisent de formules publicitaires vides de sens. La seule chose de « durable » dans leur projet, ce sont leurs slogans exprimés et ressassés à longueur de discussions.

Je n’ai pas apprécié que l’on m’importune jusque dans ma boîte aux lettres avec un livre d’un mégalomane capricieux.
Je ne le renverrai pas, comme tant d’autres, parce qu’il ne vaut même pas les frais d’un courrier.
Je ne le brûlerai pas non plus, car ce papier glacé encrasserait la cheminée.

Non, à l’occasion d’un déplacement occasionnel à Martigny, je le déposerai dans les containers (il y en a 3) du parking des Portes d’Octodure.

Je vous invite à faire de même, que vous l’ayez lu ou pas. Et ce, sans sac blanc de tri ! S’il devait y avoir des amendes, il serait très facile de trouver le nom de l’auteur, selon le principe du pollueur-payeur. Je n’ai rien à trier, car je n’ai rien demandé ! D’autant plus que Christophe D, le conseiller d’Etat dira à Florence D, la présidente, de ne lui infliger qu’une amende symbolique et que cela compensera l’empreinte carbone laissée par l’hélicoptère qui l’a, lui aussi, déposé sur une arête du Cervin.

Et puis, il n’est pas trop tard : pour tous ceux qui sont allergiques aux slogans martelés à longueur d’entretiens, aux chiffres indécents pour la majorité des Valaisans, je vous encourage à voter NON en vous livrant ceci :
« Derrière la belle vitrine des Jeux Olympiques, qu’y a-t-il en vérité ? On nous montre de superbes et fringants athlètes, mais on nous dissimule l’envers du décor : la souffrance de tous, l’échec de la plupart, l’inévitable dérive du dopage.
Il faut mettre fin à l’hypocrisie et dire ce qu’est le sport de haut niveau aujourd’hui : une entreprise d’exploitation de l’homme par l’homme, où la seule règle du jeu est le profit, quel qu’en soit le coût humain.
Courir plus vite, sauter plus haut, être le plus fort : il est temps de remiser cet idéal enfantin et de proposer un modèle d’olympisme enfin humaniste. »

Non, ce n’est pas une réflexion personnelle, ni celle d’un exalté valaisan réfractaire, mais celle d’Albert Jacquard, dans un ouvrage de 100 pages lues en 1 heure et d’où l’on émerge avec une conscience plus aiguisée de l’humanité.

Albert Jacquard est biologiste, spécialiste en génétique des populations. Dans une série d’ouvrages qui sont autant de best-sellers, il a dénoncé l’idéal de compétition qui anime nos sociétés. Il s’attaque ici à l’idole la plus spectaculaire de notre temps : les Jeux Olympiques.

« Un c… qui marche ira toujours plus loin qu’un intellectuel qui reste assis. » CC dixit.
Ainsi pour paraphraser l’auteur de la Porte d’Octodure, un intellectuel humaniste écrivant des réflexions aussi profondes, nous emmènera toujours plus loin qu’un c… assis dans une voiture au cheval cabré, aussi rapide soit-elle !

Le petit ouvrage d’Albert Jaccard s’intitule « Halte aux Jeux » et pour une dizaine de francs vous permettra de poser une réflexion éloignée des débats primaires, de prendre de la hauteur,… ce qui n’est déjà pas mal pour des Jeux d’hiver !

Extrait:
Albert Jacquard
« Officiellement, il s’agit de rencontres loyales où chacun manifeste au mieux ses talents. Le mot d’ordre est partout répété : « L’important, c’est de participer, non de gagner. »Mais il est difficile de ne pas déceler dans cette formule une bonne dose d’hypocrisie, tant l’accent est mis à toute occasion sur la nécessité de gagner. Cela est vrai, bien sûr, pour les athlètes sur la piste, mais ce l’est aussi pour les villes qui concourent en vue d’obtenir la mission d’organiser les prochains Jeux ou pour les nations qui consacrent des crédits à préparer une délégation. A chaque échelon, tous n’ont qu’un but, la victoire. »
 A. J. Halte aux Jeux page 82

Ce petit objet vous aidera peut-être à prendre la décision de bon sens en disant NON le 10 juin.

Pierre-André Pélissier

27 mai 2018

Les Valaisans n'ont pas "peur d'oser".

J’ai lu et entendu souvent ces derniers temps, qu’un canton sans projet est un canton condamné à mourir à petit feu. Je suis totalement d’accord avec cette idée. Le jour où les Valaisannes et les Valaisans cesseront de se projeter et d’imaginer un futur meilleur, ils se seront alors résignés à vivre dans une réserve tribale aux bien faibles perspectives.

Heureusement, le canton du Valais ne manque pas de projets. Certains à une échelle très locale: réhabilitation d’une épicerie de village, spectacle de théâtre amateur, aménagement d’un espace vert, ouverture d’un agro-tourisme, aides à la rénovation, vente directe des paysans aux consommateurs, création d’espaces de rencontre entre cyclistes et piétons, etc.

D’autres embrassent un niveau plus régional: une entreprise qui investit dans de nouvelles machines, création d’un plan de développement agricole pour un district, mise en commun des ressources énergétiques, fusion de communes, renouvellement des remontées mécaniques, engagement d’un délégué à la culture ou à la jeunesse pour une région, espace de co-working pour des start-up, augmentation des cadences pour les transports publics, ouverture d’une Maison de la Santé, nouvelle offre touristique à prix cassé via un pass régional, mutualisation des efforts au niveau de l’accueil des enfants en bas âge...

D’autres projets enfin visent clairement un niveau encore plus large: Rhône 3, Constituante valaisanne, plan directeur cantonal d’aménagement du territoire, divers festivals de musique...

On pourrait dresser une liste impressionnante de projets en cours ou à venir dans notre Canton. Et nombreux sont ceux qui sont véritablement enthousiasmants. En fait, où que l'on regarde, ça fourmille d'idées, de projets, de comités, de personnes engagées, d'entrepreneurs, parfois même d'un peu de folie.

Le Valais est une terre de projets et je m’en réjouis vraiment. Plus réjouissant encore, ces projets bourgeonnent dans tous les domaines de la vie des Valaisannes et Valaisans: économie, tourisme, culture, éducation, agriculture, mobilité, énergie, institutions, commerce, social, intégration et d’autres encore.

Je lis ou entends trop souvent qu’il y aurait deux catégories de personnes en Valais, celles qui entreprennent, qui osent, et qui sont favorables aux JO et les autres qui sont timorées, des pisse-froids, qui n’osent pas voir les choses en grand. Je n’en crois pas un mot. Les habitants de ce canton montrent tous les jours qu’ils croient en l’avenir, qu’ils ont des projets audacieux pour eux et pour les générations futures, qu’ils osent prendre des risques, dans les entreprises, dans la fonction publique. Parmi ces projets, certains sont voués à un large succès alors que d'autres ne dépasseront pas l'étape de la discussion de coin de table; certains seront largement soutenus, alors que d'autres ne susciteront qu'une indifférence polie. Peu importe, ils auront eu le mérite d'exister.

A l’aune de ce que je peux voir au quotidien dans le dynamisme de ce canton, je ne peux croire que notre salut ne dépende que d’un projet olympique. Le 10 juin, les citoyens se prononceront sur le projet Sion 2026. Ce jour-là, ils ne se prononceront que sur un seul projet. S’ils devaient dire non, cela ne mettrait en aucun cas en péril les milliers d’autres projets en cours de développement ou de réalisation et cela ne signifierait pas que le Valais aurait oublié d’oser.

J. Lovey

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