6 juillet 2026

ALTIS : un bilan accablant au 30 juin 2025

Le rapport établi par PricewaterhouseCoopers (PwC) à la demande de la Commune de Val de Bagnes dresse un bilan consternant de la situation d'ALTIS au 30 juin 2025 :

  • Une perte de 3,410 millions de francs sur le premier semestre 2025, qui vient s'ajouter à une perte de 1,927 million déjà enregistrée en 2024 — auxquelles s'ajoutent encore de nombreuses incertitudes ;
  • 833'000 francs d'actifs immatériels subsistent au bilan après une dépréciation de 2,3 millions, et PwC remet clairement en question les méthodes qui avaient présidé à l'évaluation de ces actifs ;
  • Des comptes courants envers les sociétés partenaires d'un montant considérable, dont la recouvrabilité est elle-même incertaine — à l'image des 4,8 millions de francs dus par GECAL SA, société aujourd'hui en sursis concordataire ;
  • Et surtout : il s'agit là de la situation arrêtée au 30 juin 2025. Un an plus tard, alors que nous écrivons ces lignes, il est difficile de savoir quel est l'état réel de la situation aujourd'hui.

Comment une société a-t-elle pu se retrouver aussi rapidement dans une situation d'une telle ampleur ? À la lecture du rapport, deux problématiques se dégagent : un management complètement inadapté à la nature de l'entreprise, et une gouvernance qui a totalement failli à son rôle de surveillance.

Un management de start-up pour une entreprise de service public

Le rapport le met en évidence, sans le formuler ainsi : ALTIS a été géré comme une start-up. Dans une start-up, les investisseurs sont typiquement les « trois F » — family, friends and fools — c'est-à-dire des personnes qui savent précisément quels risques elles prennent en investissant. Et pour cause : l'objectif même d'une start-up est de prendre des risques, de tester de nouveaux produits, d'échouer rapidement et de rebondir sur autre chose. On teste un marché, on utilise des structures volontairement souples pour s'adapter au fil des découvertes. Parfois cela fonctionne ; le plus souvent, cela échoue. C'est précisément pour cette raison que les investisseurs institutionnels évitent généralement ce type de placement.

C'est pourtant de cette manière qu'ALTIS a été gérée, pour une raison qui reste difficile à comprendre. La mission initiale d'ALTIS était d'être un centre de services (service center) fournissant aux sociétés partenaires, elles aussi en mains communales (Sogesa, Sedre, GECAL, EVB, BlueArk Entremont, etc.), des prestations de gestion : ressources humaines, finance et comptabilité, administration générale, droit et conformité, administration informatique. 

Or, au lieu de consolider l'activité du groupe autour de cette mission centrale, la Direction a choisi de développer une nouvelle branche, les « Services énergétiques », gérée à la manière d'une start-up : de nombreux projets lancés de façon chaotique et sans structure, tous déficitaires. Le rapport indique qu'en novembre 2025, sur les 22 produits initialement proposés dans le cadre des Services énergétiques, 9 avaient déjà été entièrement abandonnés au cours de l'année. PwC souligne la gestion problématique de ces projets, menés de front, souvent avant même l'achèvement des initiatives précédentes.

Le mode de financement de ces projets relève du même amateurisme que l'on retrouve typiquement dans les structures de type start-up : un financement assuré en captant les liquidités des sociétés partenaires, sans aucune documentation. Autrement dit, ALTIS a utilisé l'argent d'autres sociétés communales pour financer ses propres projets, sans formaliser quels montants étaient empruntés, pour quelle durée, ni à quel taux d'intérêt.

À cela s'ajoute un recours massif à des mandats externes — 7,96 millions de francs entre 2020 et 2024, dont près de 3 millions rien qu'en 2024 — lui aussi hors de tout contrôle : sélection, contractualisation, suivi des coûts et évaluation de la valeur ajoutée de ces mandats n'ont fait l'objet d'aucun cadre structuré.

Une gouvernance complètement absente

Il serait toutefois injuste de faire porter l'entière responsabilité de cette situation à la Direction. La mise en place d'un système de contrôle interne adapté aux besoins de l'entreprise est une tâche intransmissible du conseil d'administration, prévue à l'article 716a alinéa 1 chiffre 3 du Code des obligations : il appartient au conseil d'administration de veiller à ce que la comptabilité, le contrôle financier et la planification financière soient organisés d'une manière adaptée aux besoins de la société. C'est précisément cet organe qui est censé s'assurer que la Direction ne prenne pas des risques disproportionnés sans en informer les organes de surveillance, et que des mécanismes de financement aussi centraux que les comptes courants intragroupe fassent l'objet d'un encadrement minimal.

Le conseil d'administration d'ALTIS a totalement failli à cette mission. Ce n'est en effet qu'à la réception des comptes annuels 2024 — soit après coup, une fois le surendettement déjà constaté — qu'il a commencé à réagir.



En conclusion

La lecture du rapport PwC livre un regard accablant sur la situation d'ALTIS. Il apparaît clairement que la responsabilité en incombe principalement à la Direction et au conseil d'administration de la société — deux organes qui, chacun à leur niveau, n'ont pas exercé les fonctions qui leur étaient confiées.

Reste des questions, auquelles le rapport PwC ne répond pas encore puisque ses travaux sur la gouvernance ne sont pas terminés : dans quelle mesure la gouvernance défaillante constatée chez Altis a impacté les sociétés partenaires? Quelle est finalement l’étendue des dégâts ? Comment les organes d’Altis ont-ils pu faire preuve d’un tel amateurisme ?


Jonathan Dabellay

Co-président d'EA


24 mai 2026

La mémoire sélective de la droite dure

 La droite populiste déploie actuellement des moyens considérables pour se profiler en gardienne de nos paysages. À coup de slogans percutants, elle feint de s'insurger contre le bétonnage de notre territoire. Pourtant, ce virement de bord interroge : où étaient ces fervents défenseurs de l'environnement il y a dix ans, lors du vote crucial sur la LAT ?

En Valais, cette même droite s'est alignée derrière les intérêts financiers et les promoteurs immobiliers pour défendre un droit illimité à bâtir. Elle a combattu chaque mesure visant à rendre des terres à l'agriculture. Aujourd'hui, son écologie de façade ne sert qu'à masquer un agenda bien précis : instrumentaliser la crise du logement et l'aménagement du territoire pour attaquer l'immigration.

Face à cette crise, l'histoire se répète : on désigne un bouc émissaire, l'étranger, en oubliant au passage les valeurs humanistes et chrétiennes de solidarité. Ne nous laissons pas aveugler par ce double discours, car à force de tolérer l'exclusion de l'autre, on finit toujours par devenir le prochain exclu.

Urbain Gaillard, membre du comité


   

20 mai 2026

L’initiative « 10 millions » : faux remède, vrai poison

Ce mercredi 20 mai, une conférence de presse a eu lieu à Sion durant laquelle la gauche valaisanne détaillait son opposition à l'initiative de l'UDC, je vous partage ma prise de parole ci-dessous.

L’UDC promet de régler la pénurie de logements, les embouteillages et le bétonnage. En réalité, elle n’y changera rien mais créera des crises bien réelles. Son seul objectif ? Désigner, une fois de plus, les étrangers comme boucs émissaires.


1. Une initiative qui ne résout aucun problème

La crise du logement : une question d’offre, pas d’immigration

La pénurie de logements est avant tout une crise de l’offre. En Valais comme ailleurs, ce sont les propriétaires gardant leurs terrains inoccupés, les blocages administratifs et légaux et le refus de densifier qui bloquent la construction et non l’immigration. Réduire le nombre d’arrivants n’ajoutera pas un seul appartement sur le marché. 10 millions d’habitants, c’est déjà plus qu’aujourd’hui : la situation ne fera qu’empirer, sans aucune solution concrète.

Pour agir efficacement, il faudrait :

  • Densifier à l’intérieur des villes ;
  • Transformer les bureaux vacants en logements ;
  • Taxer les spéculateurs qui laissent des terrains inexploités ou des logements vides ;
  • Développer massivement les logements sociaux et d’utilité publique.

Embouteillages et trains bondés : des problèmes d’infrastructure, pas de démographie

Les bouchons et les trains surchargés sont liés à l’insuffisance des infrastructures et à une mauvaise organisation des déplacements — pas au nombre d’habitants. Pire : cette initiative encouragera le recours aux frontaliers pour combler la pénurie de main-d’œuvre, les embouteillages ne feront qu’empirer.

Les vraies solutions :

  • Développer le réseau ferroviaire (notamment les lignes régionales) et les infrastructures (parking pour que les gens puissent se parquer facilement près des gares en périphérie) ;
  • Encourager le télétravail et étaler les horaires, notamment dans le service public ;
  • Investir massivement dans les transports publics ;
  • Soutenir le covoiturage pour les particuliers et les entreprises.

Le bétonnage : l’UDC, piètre défenseur de la nature

Il est si ironique de voir l’UDC se poser en protectrice de l’environnement. Ce parti a systématiquement combattu toutes les initiatives en faveur de la nature et du climat. Pourtant, le meilleur outil contre le mitage du territoire, c’est la Loi sur l’aménagement du territoire (LAT) — une réforme que l’UDC a torpillée avec acharnement.

Ce qui protège vraiment la nature :

  • Appliquer et renforcer la LAT ;
  • Limiter les nouvelles zones à bâtir en périphérie ;
  • Réaffecter les friches industrielles avant de toucher aux terres agricoles ;
  • Taxer davantage la plus-value foncière.

2. Une initiative dangereuse la Suisse

La clause guillotine : un risque pour les accords bilatéraux

Si la limite des 10 millions est franchie et maintenue deux ans, la Suisse devra dénoncer l’accord sur la libre circulation des personnes. Conséquence ? La « clause guillotine » fera tomber toutes les Bilatérales I :

  • Libre circulation des personnes ;
  • Suppression des obstacles techniques au commerce ;
  • Ouverture des marchés publics ;
  • Transports terrestres et aériens ;
  • Recherche, etc.

Près de 50 % des échanges commerciaux suisses se font avec l'UE. Près de 50 % des échanges commerciaux suisses se font avec l’UE. Il n’y a pas besoin d’avoir fait HEC pour comprendre l’impact sur notre économie si les accords avec l’UE viennent à tomber.

Ironie supplémentaire : sans les accords de Dublin, la Suisse ne pourrait plus renvoyer les demandeurs d'asile vers leur premier pays d'accueil, ce qui augmenterait mécaniquement le nombre de demandes à traiter chez nous.


Pénurie de main-d’œuvre et vieillissement accéléré

Cette initiative va mécaniquement accélérer le vieillissement de la population et le déclin démographique. Face à la pénurie de main-d'œuvre qui en résulterait, même à l’udc on connaît la conséquence logique : il faudra augmenter l'âge de la retraite. L'initiative condamne les travailleurs suisses à travailler plus longtemps.

De plus, les travailleurs étrangers contribuent massivement au secteur de la santé (médecins, infirmiers, aides-soignants), un secteur qui sera encore plus sollicité avec le vieillissement de la population. S'en priver, c'est fragiliser précisément le filet de sécurité dont nos aînés auront besoin.


Une économie sous pression 

Avec cette initiative, l’économie suisse serait durablement affaiblie :

  • Remise en cause des accords avec notre principal partenaire commercial, l'UE ;
  • Pénurie de main-d’œuvre structurelle ;
  • Arrêt de ce qui est aujourd'hui le moteur principal de notre croissance : la démographie.

Les grandes entreprises et les patrimoines importants s’adapteront ou se délocaliseront. Qui paiera ? La classe moyenne et les plus défavorisés : hausse des coûts, dégradation des services publics, pression sur les rentes.


3. Conclusion : un texte à rejeter sans hésiter

L’initiative « 10 millions » :
Ne construira aucun logement ;
Ne fluidifiera pas le trafic ;
Ne protégera pas un seul champ ;
Accélérera le vieillissement de la population ;
Mettra en péril notre économie.

Le vieillissement démographique sera l'un des plus grand défi de ce siècle. Cette initiative l’aggrave, sans apporter la moindre solution — car son vrai but, comme toujours, est de désigner les étrangers comme responsables.

Le 20 mai 2026, votez NON. Pour une Suisse qui cherche de vraies solutions, pas des boucs émissaires.


Jonathan Darbellay

Coprésident Entremont Autrement

18 avril 2026

Gouvernance des entreprises publiques : Le cas iELLO SA

Dans notre précédent texte, nous rappelions les piliers essentiels d’une gestion publique saine : transparence et contrôle démocratique par les élus. Aujourd’hui, nous aimerions poursuivre ce raisonnement en l’illustrant par un cas concret : comment la création de iELLO SA remet en question ces règles élémentaires de gouvernance.



Un processus opaque et non démocratique
Fin 2023, le transfert de la branche photovoltaïque de DransEnergie vers iELLO SA a été acté sans débat préalable avec les représentants élus. Le conseil général de Val de Bagnes a simplement été sollicité pour accorder un crédit pour financer la création de la société (tout en précisant qu’Altis se financerait auprès des banques si la commune ne le lui accordait pas) et le Conseil Communal d’Orsières n’a pas débattu ni validé le transfert. Les élus locaux ont été réduits à un rôle de simple validation financière, sans pouvoir influencer ou à tout le moins se prononcer, sur les décisions stratégiques alors que cette opération concerne des actifs publics et des enjeux majeurs pour la transition énergétique de notre région.

Un débat nécessaire
Bien que la fondation de iELLO SA puisse présenter des avantages, comme la création d'un acteur énergétique potentiellement majeur dans le canton, capable de jouer un rôle clé dans la transition écologique, de maintenir des emplois locaux et de stimuler la formation, ces décisions ne doivent pas être prises au détriment d’un débat démocratique. Les décisions concernant les fonds publics et les actifs stratégiques ne peuvent être laissées qu'à une poignée de personnes, parfois non élues.

Si demain une SA en mains publiques faisait faillite ou se trouvait en difficultés financières, ce seraient finalement les citoyens contribuables qui règleraient l’ardoise. Alors il semble indéniable qu’eux, via a minima leurs représentants élus, aient leur mot à dire sur ces décisions stratégiques.

Nos exigences
Pour éviter des dérives et garantir une gouvernance saine, il est crucial que les Conseils communaux valident les investissements majeurs et les transferts d'actifs et que les budgets et stratégies des entreprises publiques soient approuvés annuellement par les élus pour s’assurer qu’elle reste en adéquation avec l’intérêt de la population.

Le comité directeur d’Entremont Autrement.

19 mars 2026

Principes de gouvernance

Les entreprises détenues entièrement par les communes sont des outils au service de l’intérêt général. Leur bonne gestion repose sur des piliers tels que l’expertise professionnelle et la transparence démocratique.

Il est en effet indispensable de s’appuyer sur des professionnels et des experts, surtout dans des domaines techniques ou fortement régulés, comme celui de l’énergie par exemple. Leur savoir-faire garantit des prises de décision éclairées et dans l’intérêt des actionnaires publics. Cependant, cela ne doit jamais remettre en cause un principe fondamental : ces entreprises restent publiques, même si elles adoptent une forme de droit privé, comme une SA ou une Sàrl.

Cela signifie que la transparence doit être totale. Tout membre du conseil communal a le droit – et plus encore, le devoir – d’exiger toute information utile : données financières, détails sur les processus internes, justifications des investissements, des dépenses ou même des salaires.

De plus, le conseil communal conserve un rôle central : il doit valider les décisions majeures, comme les investissements dépassant un seuil significatif ou l’approbation des budgets. Créer une société et y transférer un service communal ne doit en aucun cas déresponsabiliser les élus de leur mission de contrôle, ni réduire la transparence envers la population. Bien au contraire, cette structure doit renforcer la rigueur et la redevabilité.

En Entremont, comme ailleurs, il en va du bon sens et, surtout, de l’intérêt de tous les habitants. Une gouvernance saine exige que chaque décision soit éclairée, chaque dépense justifiée, et chaque citoyen informé. La confiance dans nos institutions locales en dépend.

Le comité directeur d’Entremont Autrement.


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