24 mai 2026

La mémoire sélective de la droite dure

 La droite populiste déploie actuellement des moyens considérables pour se profiler en gardienne de nos paysages. À coup de slogans percutants, elle feint de s'insurger contre le bétonnage de notre territoire. Pourtant, ce virement de bord interroge : où étaient ces fervents défenseurs de l'environnement il y a dix ans, lors du vote crucial sur la LAT ?

En Valais, cette même droite s'est alignée derrière les intérêts financiers et les promoteurs immobiliers pour défendre un droit illimité à bâtir. Elle a combattu chaque mesure visant à rendre des terres à l'agriculture. Aujourd'hui, son écologie de façade ne sert qu'à masquer un agenda bien précis : instrumentaliser la crise du logement et l'aménagement du territoire pour attaquer l'immigration.

Face à cette crise, l'histoire se répète : on désigne un bouc émissaire, l'étranger, en oubliant au passage les valeurs humanistes et chrétiennes de solidarité. Ne nous laissons pas aveugler par ce double discours, car à force de tolérer l'exclusion de l'autre, on finit toujours par devenir le prochain exclu.

Urbain Gaillard, membre du comité


   

20 mai 2026

L’initiative « 10 millions » : faux remède, vrai poison

Ce mercredi 20 mai, une conférence de presse a eu lieu à Sion durant laquelle la gauche valaisanne détaillait son opposition à l'initiative de l'UDC, je vous partage ma prise de parole ci-dessous.

L’UDC promet de régler la pénurie de logements, les embouteillages et le bétonnage. En réalité, elle n’y changera rien mais créera des crises bien réelles. Son seul objectif ? Désigner, une fois de plus, les étrangers comme boucs émissaires.


1. Une initiative qui ne résout aucun problème

La crise du logement : une question d’offre, pas d’immigration

La pénurie de logements est avant tout une crise de l’offre. En Valais comme ailleurs, ce sont les propriétaires gardant leurs terrains inoccupés, les blocages administratifs et légaux et le refus de densifier qui bloquent la construction et non l’immigration. Réduire le nombre d’arrivants n’ajoutera pas un seul appartement sur le marché. 10 millions d’habitants, c’est déjà plus qu’aujourd’hui : la situation ne fera qu’empirer, sans aucune solution concrète.

Pour agir efficacement, il faudrait :

  • Densifier à l’intérieur des villes ;
  • Transformer les bureaux vacants en logements ;
  • Taxer les spéculateurs qui laissent des terrains inexploités ou des logements vides ;
  • Développer massivement les logements sociaux et d’utilité publique.

Embouteillages et trains bondés : des problèmes d’infrastructure, pas de démographie

Les bouchons et les trains surchargés sont liés à l’insuffisance des infrastructures et à une mauvaise organisation des déplacements — pas au nombre d’habitants. Pire : cette initiative encouragera le recours aux frontaliers pour combler la pénurie de main-d’œuvre, les embouteillages ne feront qu’empirer.

Les vraies solutions :

  • Développer le réseau ferroviaire (notamment les lignes régionales) et les infrastructures (parking pour que les gens puissent se parquer facilement près des gares en périphérie) ;
  • Encourager le télétravail et étaler les horaires, notamment dans le service public ;
  • Investir massivement dans les transports publics ;
  • Soutenir le covoiturage pour les particuliers et les entreprises.

Le bétonnage : l’UDC, piètre défenseur de la nature

Il est si ironique de voir l’UDC se poser en protectrice de l’environnement. Ce parti a systématiquement combattu toutes les initiatives en faveur de la nature et du climat. Pourtant, le meilleur outil contre le mitage du territoire, c’est la Loi sur l’aménagement du territoire (LAT) — une réforme que l’UDC a torpillée avec acharnement.

Ce qui protège vraiment la nature :

  • Appliquer et renforcer la LAT ;
  • Limiter les nouvelles zones à bâtir en périphérie ;
  • Réaffecter les friches industrielles avant de toucher aux terres agricoles ;
  • Taxer davantage la plus-value foncière.

2. Une initiative dangereuse la Suisse

La clause guillotine : un risque pour les accords bilatéraux

Si la limite des 10 millions est franchie et maintenue deux ans, la Suisse devra dénoncer l’accord sur la libre circulation des personnes. Conséquence ? La « clause guillotine » fera tomber toutes les Bilatérales I :

  • Libre circulation des personnes ;
  • Suppression des obstacles techniques au commerce ;
  • Ouverture des marchés publics ;
  • Transports terrestres et aériens ;
  • Recherche, etc.

Près de 50 % des échanges commerciaux suisses se font avec l'UE. Près de 50 % des échanges commerciaux suisses se font avec l’UE. Il n’y a pas besoin d’avoir fait HEC pour comprendre l’impact sur notre économie si les accords avec l’UE viennent à tomber.

Ironie supplémentaire : sans les accords de Dublin, la Suisse ne pourrait plus renvoyer les demandeurs d'asile vers leur premier pays d'accueil, ce qui augmenterait mécaniquement le nombre de demandes à traiter chez nous.


Pénurie de main-d’œuvre et vieillissement accéléré

Cette initiative va mécaniquement accélérer le vieillissement de la population et le déclin démographique. Face à la pénurie de main-d'œuvre qui en résulterait, même à l’udc on connaît la conséquence logique : il faudra augmenter l'âge de la retraite. L'initiative condamne les travailleurs suisses à travailler plus longtemps.

De plus, les travailleurs étrangers contribuent massivement au secteur de la santé (médecins, infirmiers, aides-soignants), un secteur qui sera encore plus sollicité avec le vieillissement de la population. S'en priver, c'est fragiliser précisément le filet de sécurité dont nos aînés auront besoin.


Une économie sous pression 

Avec cette initiative, l’économie suisse serait durablement affaiblie :

  • Remise en cause des accords avec notre principal partenaire commercial, l'UE ;
  • Pénurie de main-d’œuvre structurelle ;
  • Arrêt de ce qui est aujourd'hui le moteur principal de notre croissance : la démographie.

Les grandes entreprises et les patrimoines importants s’adapteront ou se délocaliseront. Qui paiera ? La classe moyenne et les plus défavorisés : hausse des coûts, dégradation des services publics, pression sur les rentes.


3. Conclusion : un texte à rejeter sans hésiter

L’initiative « 10 millions » :
Ne construira aucun logement ;
Ne fluidifiera pas le trafic ;
Ne protégera pas un seul champ ;
Accélérera le vieillissement de la population ;
Mettra en péril notre économie.

Le vieillissement démographique sera l'un des plus grand défi de ce siècle. Cette initiative l’aggrave, sans apporter la moindre solution — car son vrai but, comme toujours, est de désigner les étrangers comme responsables.

Le 20 mai 2026, votez NON. Pour une Suisse qui cherche de vraies solutions, pas des boucs émissaires.


Jonathan Darbellay

Coprésident Entremont Autrement

18 avril 2026

Gouvernance des entreprises publiques : Le cas iELLO SA

Dans notre précédent texte, nous rappelions les piliers essentiels d’une gestion publique saine : transparence et contrôle démocratique par les élus. Aujourd’hui, nous aimerions poursuivre ce raisonnement en l’illustrant par un cas concret : comment la création de iELLO SA remet en question ces règles élémentaires de gouvernance.



Un processus opaque et non démocratique
Fin 2023, le transfert de la branche photovoltaïque de DransEnergie vers iELLO SA a été acté sans débat préalable avec les représentants élus. Le conseil général de Val de Bagnes a simplement été sollicité pour accorder un crédit pour financer la création de la société (tout en précisant qu’Altis se financerait auprès des banques si la commune ne le lui accordait pas) et le Conseil Communal d’Orsières n’a pas débattu ni validé le transfert. Les élus locaux ont été réduits à un rôle de simple validation financière, sans pouvoir influencer ou à tout le moins se prononcer, sur les décisions stratégiques alors que cette opération concerne des actifs publics et des enjeux majeurs pour la transition énergétique de notre région.

Un débat nécessaire
Bien que la fondation de iELLO SA puisse présenter des avantages, comme la création d'un acteur énergétique potentiellement majeur dans le canton, capable de jouer un rôle clé dans la transition écologique, de maintenir des emplois locaux et de stimuler la formation, ces décisions ne doivent pas être prises au détriment d’un débat démocratique. Les décisions concernant les fonds publics et les actifs stratégiques ne peuvent être laissées qu'à une poignée de personnes, parfois non élues.

Si demain une SA en mains publiques faisait faillite ou se trouvait en difficultés financières, ce seraient finalement les citoyens contribuables qui règleraient l’ardoise. Alors il semble indéniable qu’eux, via a minima leurs représentants élus, aient leur mot à dire sur ces décisions stratégiques.

Nos exigences
Pour éviter des dérives et garantir une gouvernance saine, il est crucial que les Conseils communaux valident les investissements majeurs et les transferts d'actifs et que les budgets et stratégies des entreprises publiques soient approuvés annuellement par les élus pour s’assurer qu’elle reste en adéquation avec l’intérêt de la population.

Le comité directeur d’Entremont Autrement.

19 mars 2026

Principes de gouvernance

Les entreprises détenues entièrement par les communes sont des outils au service de l’intérêt général. Leur bonne gestion repose sur des piliers tels que l’expertise professionnelle et la transparence démocratique.

Il est en effet indispensable de s’appuyer sur des professionnels et des experts, surtout dans des domaines techniques ou fortement régulés, comme celui de l’énergie par exemple. Leur savoir-faire garantit des prises de décision éclairées et dans l’intérêt des actionnaires publics. Cependant, cela ne doit jamais remettre en cause un principe fondamental : ces entreprises restent publiques, même si elles adoptent une forme de droit privé, comme une SA ou une Sàrl.

Cela signifie que la transparence doit être totale. Tout membre du conseil communal a le droit – et plus encore, le devoir – d’exiger toute information utile : données financières, détails sur les processus internes, justifications des investissements, des dépenses ou même des salaires.

De plus, le conseil communal conserve un rôle central : il doit valider les décisions majeures, comme les investissements dépassant un seuil significatif ou l’approbation des budgets. Créer une société et y transférer un service communal ne doit en aucun cas déresponsabiliser les élus de leur mission de contrôle, ni réduire la transparence envers la population. Bien au contraire, cette structure doit renforcer la rigueur et la redevabilité.

En Entremont, comme ailleurs, il en va du bon sens et, surtout, de l’intérêt de tous les habitants. Une gouvernance saine exige que chaque décision soit éclairée, chaque dépense justifiée, et chaque citoyen informé. La confiance dans nos institutions locales en dépend.

Le comité directeur d’Entremont Autrement.


28 février 2026

Quand les médias deviennent des armes politiques

La mort tragique du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon en février 2026 a déclenché une tempête médiatique et politique en France. Au lieu d’un débat apaisé sur les violences politiques, une partie de la presse privée, souvent contrôlée par des milliardaires, a choisi de relayer une narration biaisée : celle d’une gauche radicale dangereuse, incarnée par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise (LFI). Cette diabolisation systématique n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans une stratégie bien rodée, où les médias deviennent des outils au service d’intérêts politiques et économiques.

L’exemple le plus frappant est celui de Vincent Bolloré, dont l’empire médiatique (CNews, Europe 1, Le Journal du Dimanche) a joué un rôle clé dans la normalisation de l’extrême droite et la criminalisation de la gauche. En focalisant l’attention sur LFI, Bolloré et ses relais médiatiques permettent au Rassemblement national (RN) de se présenter en victime, tout en discréditant ses adversaires. Le timing est parfait : à quelques semaines des municipales et à un an de la présidentielle, cette instrumentalisation sert à affaiblir la gauche et à préparer le terrain pour une droite libérale.

Pourquoi ? Parce qu’une droite forte, une fois au pouvoir, ne remettra pas en cause les privilèges fiscaux des ultra-riches. Au contraire, elle pourrait même les renforcer. En France, cette stratégie porte ses fruits : selon un sondage Odoxa, 61 % des Français se disent prêts à voter « anti-LFI » aux municipales, un réflexe similaire au « vote de barrage » historique contre l’extrême droite. Ironie de l’histoire, c’est désormais la gauche qui est désignée comme l’ennemi à abattre, alors que les violences politiques viennent majoritairement de l’extrême droite.

Cette manipulation médiatique n’est pas nouvelle. Depuis des années, les médias de Bolloré amplifient les discours de Jordan Bardella et de Marine Le Pen, tout en minimisant leurs dérives. Le but ? Rendre l’extrême droite respectable, tout en faisant passer la gauche pour une menace pour la République. Une tactique payante : le RN caracole en tête des sondages, tandis que LFI est isolée, y compris au sein de la gauche.


La Suisse n’est pas à l’abri : l’exemple Blocher

En Suisse aussi, des personnalités comme Christoph Blocher rêvent d’un tel contrôle sur l’information. Le magnat de l’UDC n’a jamais caché son mépris pour la RTS; lui et ses alliés attaquent régulièrement le service public, accusé d’être « de gauche » ou « trop cher ». Pourtant, leur opposition à la redevance n’a pas grand chose à voir avec une quelconque défense du porte-monnaie des citoyens, ils sont d'ailleurs beaucoup mois bruyants quand il s'agit de défendre les intérêts des plus défavorisés contre les augmentations d'assurances maladies ou les dépenses de l'armée.

En effet, Blocher continue d'étendre son influence sur la presse en se focalisant sur les journaux gratuits comme via l'acquisition du groupe Zehnder qui comprend 25 journaux locaux gratuits (plus de 800'000 lecteurs), ou grâce à sa proximité avec la Weltwoche (191 000 lecteurs) qui relaie ses idées. En 2018 il avait tenté d'entrer en Romandie via l'achat des gratuits "GHI" et "Lausanne Cités" et avait été bloqué in extremis par Jean-Marie Fleury fondateur de ces journaux. 

L’initiative « 200 francs, ça suffit ! », soumise au vote le 8 mars, s’inscrit dans cette logique. Affaiblir la RTS, c’est affaiblir un rempart contre la désinformation et les fake news, moins de faits indépendants, plus de propagande ciblée. Une RTS affaiblie laisserait le champ libre à des médias privés contrôlés par des groupes d'intérêt, dans lesquels l’information serait biaisée et les débats dirigés.


L’indépendance des médias : un rempart contre la manipulation

Ce qui se passe en France doit nous servir d’avertissement. Quand les médias tombent entre les mains de groupes d'influence, ils deviennent des instruments de propagande. En Suisse, la RTS reste l’un des piliers d’une information indépendante. Elle est loin d'être parfait, mais elle est indispensable pour garantir un débat démocratique sain.

Le 8 mars, les Suisses ont un choix à faire : soutenir une presse libre et pluraliste, ou ouvrir la porte à une information contrôlée par les plus riches. Refuser l’initiative, c’est aussi refuser que la Suisse devienne un terrain de jeu pour des millionnaires en quête d'influence.

En France, la presse privée est devenue une arme politique. En Suisse, ne laissons pas faire.


Jonathan Darbellay

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