La mort tragique du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon en février 2026 a déclenché une tempête médiatique et politique en France. Au lieu d’un débat apaisé sur les violences politiques, une partie de la presse privée, souvent contrôlée par des milliardaires, a choisi de relayer une narration biaisée : celle d’une gauche radicale dangereuse, incarnée par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise (LFI). Cette diabolisation systématique n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans une stratégie bien rodée, où les médias deviennent des outils au service d’intérêts politiques et économiques.
L’exemple le plus frappant est celui de Vincent Bolloré, dont l’empire médiatique (CNews, Europe 1, Le Journal du Dimanche) a joué un rôle clé dans la normalisation de l’extrême droite et la criminalisation de la gauche. En focalisant l’attention sur LFI, Bolloré et ses relais médiatiques permettent au Rassemblement national (RN) de se présenter en victime, tout en discréditant ses adversaires. Le timing est parfait : à quelques semaines des municipales et à un an de la présidentielle, cette instrumentalisation sert à affaiblir la gauche et à préparer le terrain pour une droite libérale.
Pourquoi ? Parce qu’une droite forte, une fois au pouvoir, ne remettra pas en cause les privilèges fiscaux des ultra-riches. Au contraire, elle pourrait même les renforcer. En France, cette stratégie porte ses fruits : selon un sondage Odoxa, 61 % des Français se disent prêts à voter « anti-LFI » aux municipales, un réflexe similaire au « vote de barrage » historique contre l’extrême droite. Ironie de l’histoire, c’est désormais la gauche qui est désignée comme l’ennemi à abattre, alors que les violences politiques viennent majoritairement de l’extrême droite.
Cette manipulation médiatique n’est pas nouvelle. Depuis des années, les médias de Bolloré amplifient les discours de Jordan Bardella et de Marine Le Pen, tout en minimisant leurs dérives. Le but ? Rendre l’extrême droite respectable, tout en faisant passer la gauche pour une menace pour la République. Une tactique payante : le RN caracole en tête des sondages, tandis que LFI est isolée, y compris au sein de la gauche.
La Suisse n’est pas à l’abri : l’exemple Blocher
En Suisse aussi, des personnalités comme Christoph Blocher rêvent d’un tel contrôle sur l’information. Le magnat de l’UDC n’a jamais caché son mépris pour la RTS; lui et ses alliés attaquent régulièrement le service public, accusé d’être « de gauche » ou « trop cher ». Pourtant, leur opposition à la redevance n’a pas grand chose à voir avec une quelconque défense du porte-monnaie des citoyens, ils sont d'ailleurs beaucoup mois bruyants quand il s'agit de défendre les intérêts des plus défavorisés contre les augmentations d'assurances maladies ou les dépenses de l'armée.
En effet, Blocher continue d'étendre son influence sur la presse en se focalisant sur les journaux gratuits comme via l'acquisition du groupe Zehnder qui comprend 25 journaux locaux gratuits (plus de 800'000 lecteurs), ou grâce à sa proximité avec la Weltwoche (191 000 lecteurs) qui relaie ses idées. En 2018 il avait tenté d'entrer en Romandie via l'achat des gratuits "GHI" et "Lausanne Cités" et avait été bloqué in extremis par Jean-Marie Fleury fondateur de ces journaux.
L’initiative « 200 francs, ça suffit ! », soumise au vote le 8 mars, s’inscrit dans cette logique. Affaiblir la RTS, c’est affaiblir un rempart contre la désinformation et les fake news, moins de faits indépendants, plus de propagande ciblée. Une RTS affaiblie laisserait le champ libre à des médias privés contrôlés par des groupes d'intérêt, dans lesquels l’information serait biaisée et les débats dirigés.
L’indépendance des médias : un rempart contre la manipulation
Ce qui se passe en France doit nous servir d’avertissement. Quand les médias tombent entre les mains de groupes d'influence, ils deviennent des instruments de propagande. En Suisse, la RTS reste l’un des piliers d’une information indépendante. Elle est loin d'être parfait, mais elle est indispensable pour garantir un débat démocratique sain.
Le 8 mars, les Suisses ont un choix à faire : soutenir une presse libre et pluraliste, ou ouvrir la porte à une information contrôlée par les plus riches. Refuser l’initiative, c’est aussi refuser que la Suisse devienne un terrain de jeu pour des millionnaires en quête d'influence.
En France, la presse privée est devenue une arme politique. En Suisse, ne laissons pas faire.
Jonathan Darbellay


