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19 août 2024

Votations fédérales du 22 septembre - Entremont Autrement prend position

Comme d'accoutumée, nous vous proposons un aperçu du vote d'Entremont Autrement aux prochaines votations fédérales, si notre mouvement était un citoyen ou une citoyenne lambda. 

OUI à l'initiative "Oui à la biodiversité"

Les membres consulté.es se sont tous.tes prononcé.es en faveur de cette initiative moins deux abstentions. Alors qu'un tiers des espèces animales et végétales a disparu ou est en voie de disparition en Suisse, il est plus qu'urgent de mettre en place des mesure pour préserver la biodiversité. Loin d'être un sujet marginal, la sauvegarde de notre faune et flore est vitale et nécessaire pour que la Suisse reste un lieu habitable. De même l'agriculture de nos montagnes dépend beaucoup du microcosme dans lequel elle s'inscrit. La disparition d'insectes pollinisateurs menace directement notre mode de production et donc d'alimentation. De plus, cette initiative se veut incitative et non coercitive. Elle propose des financements supplémentaires pour la sauvegarde de la biodiversité sans imposer de normes nouvelles au secteur agricole. Entremont Autrement souhaite préserver un maximum notre biodiversité et soutenir l'agriculture locale.

NON à la réforme de la LPP

La réforme de la LPP telle que soumise au vote le 22 septembre prochain, ne convainc aucun.e membre sondé.e au sein d'Entremont Autrement. Cette réforme de la LPP ne pallie pas aux problèmes les plus importants que rencontrent la LPP. Au contraire, elle péjore d'avantage les affilié.es au deuxième pilier puisque ces dernier.ères cotiseront plus, mais pas pour une rente plus grande. Pire, cette dernière n'est pas renchérie et les retraité.es qui subissent l'inflation de plein fouet comme le reste de la population ne verront pas leur situation s'améliorer. 

Cette réforme ne répond pas non plus aux promesses faites aux femmes au moment d'augmenter leur âge de départ à la retraite: les interruptions de carrière liées à la famille (naissance, enfants, prendre soin des personnes âgées) ne sont pas prises en compte et les femmes qui cumulent plusieurs emplois comme les mamans de jour ou les femmes de ménage ne seront pas affiliées forcément à une caisse de pension. Il reste à ajouter à cela les erreurs de calcul de la Confédération concernant le financement de l'AVS qui se trouve dans une situation bien moins catastrophique que prévue et qui ne justifiait donc pas forcément une augmentation de l'âge de la retraite des femmes. Face à une réforme qui ne répond pas aux problèmes que connaissent aujourd'hui et demain les affilié.es au deuxième pilier, Entremont Autrement vote non.

                                                                                                            Entremont Autrement

20 août 2022

Prise de position concernant les votations fédérales de septembre 2022

Entremont Autrement a terminé sa consultation en vue des prochaines votations et il en ressort une assez nette majorité sur les quatre objets soumis au vote.

1. Initiative populaire « Non à l’élevage intensif »
Les membres consultés se déclarent à une quasi-unanimité en faveur du texte d’initiative. Le sort des animaux élevés industriellement est considéré comme particulièrement cruel et peu respectueux de leur bien-être. S’opposer à l’élevage intensif, c’est soutenir une agriculture plus responsable, mais aussi plus traditionnelle, chère à la population suisse et à l’image de l’élevage en Suisse.

2. Hausse de la TVA pour financer l’AVS
Entremont Autrement s’oppose avec une majorité claire à cette mesure. En cette période incertaine d’inflation et de crise énergétique, augmenter la TVA revient à prendre à la gorge les petits ménages en difficulté. Ainsi bien que la mesure soit présentée comme égalitaire, elle n’est pas équitable en fonction du revenu et ne satisfait pas notre mouvement.

3. Hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans
De nouveau, la majorité des sondés s’oppose à une hausse de l’âge de la retraite pour les femmes. Le fait que ces dernières soient déjà les plus précaires à la retraite semble avoir été un argument important. Une réforme qui a pour mesure phare de faire reposer le financement sur 10 ans de la retraite sur les femmes ne convainc pas, alors même que de nombreux secteurs de la vie familiale et professionnelle laissent encore subsister de nombreuses inégalités : salaire moindre, charge familiale plus grande, temps partiel, etc…

4. Modification de la loi fédérale sur l’impôt anticipé
Entremont Autrement se prononce à une très large majorité contre cette modification. Concernant principalement les classes aisées, l’impôt anticipé est une rentrée d’argent importante pour la Confédération. Le supprimer reviendrait à mettre en péril les finances fédérales et fait risquer une hausse des impôts pour les particuliers ou les PME.


21 février 2019

L’apathie vient en mangeant, vraiment ?

Si vous êtes Valaisans et que vous n’avez pas passé cette semaine à l’étranger ou coupés du monde alors vous aurez certainement entendu - peut-être même que vous aurez pris parti - le débat au sujet du traitement des animaux aux abattoirs de Martigny. Loin de moi l’envie avec cet article de raviver le sujet déjà suffisamment enflammé ou de porter un quelconque jugement sur l’une ou l’autre des positions. Une enquête est ouverte et la lumière sera faite sur les actes qui le nécessitent.

J’ai pris le risque de m’hasarder dans les commentaires et avis que ce soit auprès de mes connaissances ou sur internet. Force est de constater, comme dans tous les débats, qu’il y a des points de vue intéressants chez chacun tout comme chaque force possède son lot de crétins. Mais encore une fois, là n’est pas mon sujet. Cependant, cette polémique m’est restée en tête jusqu’à en arriver à deux réflexions.

La première, a été ma surprise de cette prise de position pratiquement viscérale de la population face au sujet. J’ai l’impression que de manière générale, l’avenir et les enjeux de l’agriculture valaisanne ne semblent pas vraiment concerner une masse aussi importante. Mais dès lors qu’elle devient « nourriture », au même titre que la religion, la politique, le sexe, l’argent ou les plaques étrangères sur nos routes de montagnes, c’est un sujet qui touche. Je sens que, dans les deux camps, l’interlocuteur a un tel souci de convaincre la partie adverse, qu'on pourrait croire que sa vie en dépend. Ce qui rend le combat d’autant plus musclé: ni l’un ni l’autre ne lâchera puisque sa réalité lui est si précieuse. La marge de consensus se rétrécit à mesure que le sujet nous prend aux tripes.

Ma deuxième réflexion concerne le dégoût général face à la réalité de l’abattage. Pour les personnes végétariennes ou végans pour qui cette pensée est insupportable, je peux entendre et je peux tout à fait envisager que ces images soient terribles à leurs yeux. Ce qui m’a surprise c’est plutôt les personnes qui sont omnivores mais qui se sont senties profondément peinées ou choquées face aux images. A croire qu’une majorité découvrait pour la première fois la réalité de ce qui arrivent dans leurs assiettes depuis toujours. Entendons-nous, il est évident que certains gestes sont vraisemblablement déplacés et encore une fois, merci à la justice de faire son travail. Mais au-delà de ces gestes précis, il reste le sang, les actes et la mort quand même. Je me pose alors cette question ; à quel moment nous sommes-nous détachés à ce point de ce que l’on mange ? Les aliments sont achetés, pour l’immense majorité en grande surface déjà partiellement, voire totalement, transformés. Dès lors, comment imaginer le chemin qu’ils ont fait pour arriver ainsi si je vis loin de cette réalité ?

J’ai eu la chance de grandir auprès de parents agriculteurs. En voyant mon père agir, mais aussi des amis ou des connaissances, il me parait tellement évident que l’on puisse profondément aimer son bétail tout en finissant par le manger. Evidement que le paysan adore ses vaches, sinon comment serait-il possible pour lui d’accepter les sacrifices que demande son métier ? Valais, pays de terroir. Mais combien d’enfants qui y habitent sont déjà entrés dans une écurie ou une ferme (et voir les vaches au comptoir ne compte pas) ? Je ne peux qu’inviter les gens qui ont des questions à aller à la rencontre des agricultrices et agriculteurs pour se rendre compte à la fois de la beauté, de la sincérité mais aussi de la complexité de leur métier. Tout comme les sorties de ski, une journée à la ferme ne devrait-elle pas être inscrite dans les programmes scolaires ? Punissons bien sûr les mauvaises actions mais soyons conscients de nos actes et de tout ce qu’ils impliquent. Soyons plus près de cette nature qui fait pourtant tellement partie de notre identité. N’ayons pas peur d’elle. Apprenons à la connaitre aussi brute soit-elle pour mieux la respecter et la préserver. Et surtout, soyons capables d’un peu plus d’indulgence envers ceux qui n’ont pas les mêmes principes que nous, même si on n’a pas le même contenu dans nos assiettes.

Roxanne Di Blasi

27 août 2017

Position officielle d'EA au sujet des votations fédérales

Note: Entremont Autrement ne donne jamais de consigne de vote. Par contre, les membres de l'association sont régulièrement consultés sur les objets soumis à votation populaire. C'est l'avis majoritaire des personnes consultées qui devient ainsi la "position officielle" du mouvement.

Arrêté fédéral du 14 mars 2017 sur la sécurité alimentaire (contre-projet direct à l’initiative populaire «Pour la sécurité alimentaire», retirée)
Le comité d'Entremont Autrement à l'unanimité approuve cet arrêté fédéral. Entremont Autrement a toujours soutenu une agriculture et un commerce centré vers le développement durable et protégeant les consommateurs et les agriculteurs. L'arrêté fédéral est un contre-projet à une initiative portant le même titre et qui a été retirée. Le texte vise à ancrer une agriculture respectueuse de l'environnement, visant un équilibre entre production et protection de l'environnement et des consommateurs, améliorant la transparence et limitant le gaspillage alimentaire.

Arrêté fédéral du 17 mars 2017 sur le financement additionnel de l’AVS par le biais d’un relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée
Loi fédérale du 17 mars 2017 sur la réforme de la prévoyance vieillesse 2020
Le comité d'Entremont Autrement refuse à une grande majorité le paquet de la prévoyance vieillesse, et ce malgré les avantages mis en avant par la majorité de la classe politique suisse (défense du niveau global des rentes, rentes AVS plus élevées, améliorations pour les employés à temps partiels, meilleure protection des travailleurs âgés, etc..).
Le principal argument qui fait pencher la balance est le traitement inéquitable des femmes (âge de la retraite repoussé et faible compensation). Le sentiment que la société demande toujours plus aux femmes, sans pour autant compenser les inégalités de salaire, prédomine. La majorité du comité s'oppose également à la baisse du taux de conversion du deuxième pilier.

Le comité

20 juillet 2017

Intérêt public prépondérant ou soutien inéquitable à des privés ?

Dernièrement sur notre blog, un anonyme s'étonnait du soutien par le Grand Conseil du Plan de Développement Régional (PDR) destiné à assurer l’avenir de notre agriculture de montagne et la valorisation des ressources agricoles. En effet, constatant que des entités privées étaient soutenues dans le cadre de ce plan, il s’interrogeait sur l’utilisation de la manne publique à cette fin. 

Aujourd’hui, il apparaît important de préciser que le secteur de l’agriculture est effectivement subventionné de manière importante alors qu’il est privé. Ceci s’explique d’une part par une volonté politique de conserver une certaine autonomie alimentaire et d’autre part par la rude concurrence internationale à laquelle aujourd’hui notre agriculture est soumise. En effet, chaque année, le nombre de personnes employées dans le secteur agricole n’a de cesse de diminuer. Les exploitants sont aussi de plus en plus âgés: 55,4% sont âgés de plus de 50 ans, selon les relevés de l’Office fédéral de la statistique (OFS), et plus du tiers ne disposent pour l’instant d’aucune perspective de relève. Fort de ces constats, il est donc possible de constater que l’agriculture traverse une période de profonds changements que l’Etat se doit d’accompagner en développant des mesures propices à conserver des produits locaux de qualité, offrant si possible une plus-value touristique.

Dans le cadre du Plan de Développement Régional (PRD), il ne s’agit pas ici de soutenir des entités privées développant des bénéfices records mais bien de proposer des mesures de soutien qui s’accompagnent de contreparties, comme c’est habituellement le cas en matière de subventionnement public.

En somme, même si on peut saluer la volonté de questionner l’engagement financier de l’Etat, il apparaît ici important de prendre en compte la maxime qui veut qu’il n’y ait pas d’engagement de deniers publics sans contreparties (dans le cas présent il s’agira sûrement de demander aux prestataires des garanties en termes de qualité des produits et des prestations).

Il est toutefois légitime de se demander si le soutien de l’Etat et des communes s’accompagne toujours de ce type de contreparties équitables lorsqu’il s’agit d’aménagements publics ou de densification. Il est certain que les différents élus d’Entremont Autrement continueront de s’engager pour que ce soit le cas.

Pierre Troillet
Conseiller général à Bagnes

11 juillet 2017

Projet de développement régional du Grand Entremont


Le 8 juin 2017, le Grand Conseil approuvait à l’unanimité l’avant-projet et l’octroi d’un crédit-cadre en faveur du PDR Grand Entremont. Mais qu’est-ce que le PDR Grand Entremont? Et quel crédit-cadre est alloué à ce projet?

Le PDR (Projet de développement régional) Grand Entremont est un projet qui vise à valoriser les ressources agricoles au sens large. Ce projet implique de nombreux acteurs de différents domaines touchant à l’agriculture du Grand Entremont. L’objectif recherché par les acteurs concernés est la création de valeur ajoutée.


Cela passe par l’amélioration des structures de production et la mise en valeur des produits agricoles. Dans le PDR Grand Entremont, les projets suivants ont été prévus:

  • Promotion et marketing: via divers moyens et actions ainsi que de l’engagement à temps partiel d’un coordinateur.
  • Filière lait: projets de construction d’une nouvelle laiterie à Orsières (impliquant notamment le regroupement de celles d’Orsières et de Somlaproz), de rénovation de la laiterie de Liddes et d’extension de celle d’Etiez.
  • Filière viande: projets de construction de deux locaux de découpe (à Bagnes et à Orsières).
  • Projets partiels privés: apiculture (centre d’extraction collectif, rucher école), transformation et séchage des plantes (adaptation des infrastructures existantes à Sembrancher), agritourisme (projets à l’alpage de Sovereu et au gîte rural Deslarzes à Bagnes, de "char à fondue" à Sembrancher et à l’alpage de la Combe de l’A.

Pour couvrir une partie des coûts liés à ces projets, un crédit-cadre de plus de 15 millions a été approuvé. Cette somme est accordée à hauteur d’environ 5 millions par le canton, d’autant par la Confédération, de 3 millions par des crédits de construction et de 2,6 millions par des crédits d’investissements.

Afin de pouvoir aller de l’avant dans ces différents projets (réalisation 2017-2022) et pour faire suite à la décision favorable du Grand conseil valaisan, l’APAGE (Association de la promotion de l’agriculture du Grand Entremont), porteuse du projet, devrait signer cet été encore, la convention avec la Confédération afin de finaliser ce PDR.

Dans la réussite de ce PDR Grand Entremont, il faut féliciter l’ensemble des acteurs de l’agriculture de notre région et relever l’excellent travail de coordination et de direction des porteurs de ce projet. Au bout de tout ce travail, le crédit-cadre approuvé sonne comme une belle récompense pour le travail réalisé et un bel encouragement pour le futur envers les agriculteurs de nos vallées. Par leur engagement de tous les jours, ces derniers participent activement au maintien de nos magnifiques paysages.

Au final, un grand bravo à tous les acteurs de cette magnifique réussite collective.

Urbain Gaillard
Conseiller communal à Orsières

21 mai 2016

Accord de libre-échange avec la Malaisie: stop à l'huile de palme

Un accord de libre-échange est en cours entre la Suisse et la Malaisie, dans le cadre de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Cet accord suscite beaucoup d’inquiétude dans les milieux agricoles et de défense des droits humains qui se mobilisent en faisant signer une pétition qui demande au Conseil fédéral:

  • d’exclure l’huile de palme de l’accord de libre-échange
  • de ne signer cet accord qu’à partir du moment où la Malaisie aura signé les pactes sur les droits de l’homme de l’ONU et reconnu les normes de travail de l’Organisation internationale du travail (OIT).  


Pourquoi l’Union suisse des paysans (USP), la Fédération suisse des producteurs de céréales (FSPC), le syndicat Uniterre, la Fédération romande des consommateurs (FRC), Pain pour le prochain, la Déclaration de Berne et ASK se mobilisent-ils pour que l’huile de palme soit exclue de cet accord de libre-échange ?

  • Pour des raisons de protection de l’environnement : en Malaisie, ce sont des millions d’hectares de forêt tropicale qui sont détruits pour la monoculture de l’huile de palme.
  • Pour des raisons de droits des travailleurs et de droits de l’homme : des violations répétées du droit du travail et du droit des autochtones entourent la production de l’huile de palme. Des milliers de petits paysans sont dépossédés de leurs terres.
  • Pour des raisons économiques : l’accord de libre-échange ratifierait la suppression des droits de douane liés aux importations d’huile de palme. Cette disposition réduirait de moitié le prix de l’huile de palme et exacerberait les ventes en Suisse où elles ont déjà presque quadruplé au cours de ces six dernières années. La production d’huile de colza suisse serait fortement menacée et une épée de Damoclès serait suspendue au-dessus de plus de 7000 hectares de colza helvétique. Cet accord n’aura pour conséquence que de favoriser de rares intérêts industriels exportateurs de notre pays, tout en détruisant des postes de travail dans la filière du colza et en détériorant la qualité de nos aliments. D’immenses efforts ont été consentis par les producteurs de colza pour développer et promouvoir cette huile végétale indigène. Par ailleurs, le colza est important dans la rotation des cultures et contribue aussi à la beauté des paysages suisses avec ses lumineuses fleurs jaunes.
  • Pour des raisons de santé publique : l’huile de palme possède 50% d’acides gras saturés (augmentation des risques d’accidents cardiovasculaires et du diabète), contrairement à l’huile de colza helvétique HOLL, de haute valeur nutritive grâce aux teneurs plus élevées d’acides gras polyinsaturés par rapport aux autres huiles végétales. L’huile de colza est également une source importante de vitamine E et d’Omega 3.


A l’heure où la France vient de décider de prélever, à partir de 2017, un impôt écologique de 90 euros par tonnes sur les importations d’huile de palme de Malaisie, la Confédération serait bien inspirée de ne pas sacrifier la production de colza suisse sur l’autel d’un libéralisme outrancier, irrespectueux de la nature et des hommes.

B***
La pétition peut être signée sur internet à l’adresse http://www.pro-foret-pluviale.ch

Source : journal Agri du 29 avril 2016

17 février 2016

Initiative contre la spéculation sur les produits alimentaires. Position des paysans suisses

L’initiative contre la spéculation sur les produits alimentaires a pour but d’interdire les paris risqués effectués en bourse et touchant le domaine vital qu’est la nourriture. Ainsi, elle supprimerait uniquement la spéculation financière motivée par des gains à court terme. En revanche, elle ne toucherait pas au commerce direct et aux transactions sur le marché réel, ni aux couvertures de prix, qui eux permettent la stabilisation du système.

L’initiative réunit une large alliance qui va du PS aux Verts, en passant par diverses organisations humanitaires, des organisations chrétiennes et des organisations d’agriculteurs. EA a voulu s’intéresser de plus près à la position des paysans suisses.

Si l’Union suisse des paysans n’a pas donné de mots d’ordre, elle a annoncé que plus de 82% de ses membres voteront oui à l’initiative. De nombreuses organisations de paysans la soutiennent officiellement : Uniterre (syndicat paysan qui vise à promouvoir une agriculture durable), Bio Suisse, Biofarm, Bioforum, Demeterre, Alliance Agraire, Kleinbauern Vereinigung. Quant au syndicat vaudois Prometerre, son secrétaire général Jean-Luc Kissling s’est clairement prononcé en sa faveur. Un large comité de paysans s’est par ailleurs constitué devant la presse le 4 février 2016 pour soutenir cette initiative.

Avis du comité de paysans en faveur de l’initiative et de certains de ses membres
Selon ce comité, la spéculation est un facteur d’instabilité qui provoque des hausses massives de prix. La spéculation sur les denrées alimentaires nuit financièrement à l’agriculture suisse, car elle augmente les prix de revient pour les denrées alimentaires. Par exemple, durant la crise alimentaire de 2088-2009, les agriculteurs suisses ont déboursé jusqu’à 15% de plus pour acheter leur fourrage. Rien qu’en 2012, l'agriculture suisse aurait perdu, à cause de la flambée des prix, près de 100 millions de francs, selon les calculs du quotidien « La Liberté ».

Pour Urs Brändli, président de Bio Suisse : « L’enrichissement et les profits au détriment des moins favorisés sont incompatibles avec nos valeurs et nos principes ».

Maya Graf, conseillère nationale et paysanne affirme : « Même les agriculteurs suisses ont besoin de prix équitables pour les importations et les exportations, des prix qui ne soient pas soumis aux aléas spéculatifs ».

Régina Fuhrer, présidente du syndicat des petites exploitations agricoles insiste sur le fait que : « Une évolution des prix imprévisibles est dévastateur pour les petits agriculteurs du Sud, car elle peut conduire à moins d’investissements dans la production agricole et/ou à la vente du bétail, des semences ou des terres dans des situations d’urgence ».

Martin Köchli, président de Bioforum, en parlant du Congo qu’il connaît bien, explique : « Les agriculteurs qui n’ont pas de capital, à l’exception de quelques animaux et d’un peu de terre, sont totalement dépendants de la stabilité des prix des produits agricoles et des denrées alimentaires ».

Avis de Prometerre et d’Uniterre

Jean-Charles Kissling, secrétaire général de Prometerre, écrit dans le journal Agri du 29 janvier : « Il est constaté que la spéculation sur les marchés agricoles amplifie la volatilité des prix, néfaste pour les producteurs comme pour les consommateurs. Lutter contre elle, ce n’est pas, il est vrai, supprimer la faim dans le monde, mais c’est au moins donner un signe de moralité aux crocodiles du marécage spéculatif….. La culture du sol, l’élevage ne se prêtent ni aux marchés internationaux, ni à la spéculation sur les matières premières…. Lorsque le Département fédéral de l’économie s’obstine à libéraliser l’agriculture, c’est en outre mauvais pour l’emploi. Le secteur primaire a perdu plus de 22'000 postes de travail dans les derniers dix ans (-12,4%). En comparaison, le secteur secondaire en a gagné 6% et le secteur tertiaire 13,6%. »

Avis d’Uniterre
Le syndicat Uniterre étant certainement celui qui s’est le plus exprimé au sujet de l’initiative, il est intéressant de se pencher sur quelques-uns de ses arguments, par la voix de M. Paul Sautebin, membre de son comité :

  • La vision économique de l’agriculture prévue dans le mouvement mondial des paysans Via Campesina met l’orientation de l’agriculture en main citoyenne, à l’inverse du néolibéralisme qui la met au service du profit.
  • Les producteurs des deux hémisphères sont victimes de la spéculation sur les denrées alimentaires car ils ne bénéficient que rarement d’une augmentation de prix. Chez nous, dans les secteurs de l’industrie laitière et de la viande, les agriculteurs voient même leurs revenus baisser en raison de l’augmentation des coûts de production. Dans de nombreux pays du sud où les cultures de rente (café, cacao, coton, canne à sucre etc..) ont été favorisées au détriment des cultures vivrières, les paysans ne produisent plus leur propre nourriture. Cela signifie que même si l’agriculteur reçoit une légère augmentation pour sa culture de rente, il doit acheter de la nourriture beaucoup plus coûteuse sur le marché. Par conséquent, l’augmentation des prix des produits alimentaires entraîne aussi une plus grande pauvreté au sein des familles agricoles elles-mêmes.
  • 30 entreprises internationales, dont 6 sont en symbiose avec l’industrie et la production boursière, ont pris le contrôle de presque toute la production commerciale mondiale : elles ont l’emprise sur les semences, les stocks, les engrais, les pesticides, les fourrages, les machines agricoles, la génétique animale et végétale, les produits vétérinaires et les connaissances scientifiques. Les agriculteurs ne peuvent plus utiliser une partie de leur production pour produire à nouveau, mais sont obligés d’acheter à crédit les outils nécessaires pour le faire. L’application d’idéologies néolibérales et des marchés libres nuit à la survie des petites exploitations agricoles.
  • L’agriculture traditionnelle a des rendements par hectare 5 à 10 fois plus élevés que la production industrielle. Faire croire que l’agriculture industrialisée va résoudre les défis alimentaires est une mascarade. De plus, ce modèle de production implique une très forte mécanisation énergivore, ce qui implique un rapport négatif entre calories produites et calories consommées.
  • La spéculation alimentaire oblige une partie des 1,2 milliards de personnes qui vivent de l’agriculture traditionnelle à renoncer à leur moyen de vivre et d’émigrer vers les villes.
  • Dans les pays du sud, des monocultures sont imposées dans le seul but d’exporter, et non pas de nourrir la population. Au final, 70 pays du monde (pour la plupart africains) n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins et sont dépendants des importations, tandis que la nature et la biodiversité sont détruites.
  • Il faut développer une agriculture durable et mettre un frein à l’emprise grandissante de la dictature des actionnaires sur la citoyenneté. L’initiative « stop à la spéculation » est un pas vers la bonne direction.


En résumé, la position des paysans et des agriculteurs suisses est quasi unanime :

  • La spéculation sur les denrées alimentaires nuit aux agriculteurs suisses et du monde entier.
  • Il semble impossible de lier la production de denrées alimentaires aux lois de l’ultra libéralisme.


B***
Entremont Autrement

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