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18 novembre 2025

De l’idéalisme au cynisme en seulement une décennie

Un article de John Gault et Nordine Ait-Laoussine

Paru dans The Journal of World Energy Law and Business (Oxford University Press), le 6 novembre 2025

Résumé

Dix ans après l’adoption de l’Accord de Paris, une ère de cynisme a vu le jour. Ce recul par rapport à l’idéal initial s’explique par de nombreuses causes. Dans le secteur de l’énergie, on peut même observer que ce repli a commencé plus tôt, dès la fin des années 1970. Plus largement, le déclin mondial du respect envers les institutions internationales et le droit humanitaire trouve ses origines dans les failles des structures mises en place immédiatement après la Seconde Guerre mondiale.

Les auteurs soutiennent que, du moins en ce qui concerne la lutte contre le changement climatique, il est possible non seulement de poursuivre, mais aussi d’accélérer le processus initié par l’Accord de Paris. Cela suppose qu’une coalition de Parties volontaires concentre ses efforts sur l’investissement dans les infrastructures d’énergie renouvelable dans les pays non membres de l’OCDE.

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Cela semble loin, 2015, lorsque tout semblait possible. Cette année-là, Angela Merkel déclarait « Wir schaffen das » (« Nous y arriverons »), et les citoyens allemands se mobilisaient spontanément pour accueillir des trains de réfugiés, principalement syriens, arrivant depuis la Hongrie. C’est également l’année où 195 parties signataires (plus l’UE) ont adopté l’Accord de Paris lors de la COP21. Les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies ont été lancés la même année. Peut-être que 2015 fut notre dernière année d’une telle confiance en nous-mêmes.

Aujourd’hui, en revanche, nous nous sentons impuissants face aux scènes apocalyptiques de morts et de destructions inutiles en Ukraine, à Gaza, au Soudan et ailleurs. Les attitudes envers les migrants se sont durcies. Peu croient encore qu’il est possible de limiter le réchauffement climatique à « bien en dessous de 2 °C », l’objectif convenu à Paris. Le rapport annuel 2025 de l’ONU sur les progrès des ODD montrait que « seuls 35 % des objectifs sont en bonne voie ou présentent des progrès modérés ». En mars 2025, les États-Unis se sont retirés et ont dénoncé les ODD.

Comment le monde est-il passé si rapidement de l’idéalisme au cynisme ?

Certains observateurs attribueront ce passage à la pandémie mondiale de Covid (2020-2021), qui a isolé les gens et interrompu le commerce mondial. Les mesures de santé publique drastiques, introduites rapidement et de manière inégale selon les pays, ont laissé beaucoup de gens désabusés et confus, contribuant à la montée des théories du complot et à l’effondrement de la confiance civique.

D’autres pointeront l’invasion russe de l’Ukraine au début de 2022, violation flagrante des accords de Minsk (2014-2015) et de la Charte des Nations Unies (1945). Cette invasion a entraîné une forte hausse des prix des hydrocarbures, l’Europe occidentale cherchant à réduire sa dépendance au pétrole et au gaz russes. Le développement rapide d’options d’importation de GNL a progressivement modéré les prix au cours des deux années suivantes, mais cette rupture brutale a démontré un manque de prévoyance et de préparation. Là encore, la confiance publique a été ébranlée.

On pourrait souligner que ces bouleversements catastrophiques ont également suscité des réactions louables. Un vaccin contre le Covid a été développé, fabriqué et distribué grâce à la coopération entre acteurs publics et privés en un temps record. De même, l’installation de terminaux de réception et de regazéification de GNL en Europe, ainsi que la réorientation des approvisionnements pour répondre à la demande urgente de l’Europe, ont démontré qu’une collaboration public-privé pouvait être mise en œuvre rapidement. Le cynisme n’était pas la seule conclusion possible. Collectivement, les humains ont été capables de surmonter l’adversité.

Néanmoins, les guerres en Ukraine, à Gaza, au Soudan, au Yémen, en République du Congo et ailleurs continuent de causer d’énormes souffrances et un désespoir généralisé, contredisant les efforts humains pour invoquer des valeurs supérieures. Il serait difficile d’affirmer que ces guerres et leurs causes, apparemment inextricables, n’ont pas contribué à l’actuelle éclipse de l’idéalisme.

Certains attribuent également le cynisme à la prise de conscience progressive, après dix ans d’efforts, que les rédacteurs de l’Accord de Paris ont fait des prévisions tacites irréalistes. Il semblait peut-être, il y a dix ans, que tout ce qui pouvait être convenu à un niveau intergouvernemental pouvait être mis en œuvre au niveau local ou individuel. En pratique, les bonnes intentions se sont heurtées à des problèmes techniques et/ou d’acceptation publique. Quelques exemples :


  • La réduction des émissions dans presque tous les pays implique des investissements dans les énergies renouvelables, souvent situées loin des centres de consommation. L’expansion des réseaux électriques pour transporter ceNe énergie se heurte souvent à l’opposition locale. La ligne allemande SuedLink Nord-Sud, actuellement en construction pour relier la mer du Nord riche en potentiel éolien à la Bavière et au Bade-Wurtemberg, a été confrontée à une opposition locale, obligeant les planificateurs à enterrer la ligne à courant continu à un coût beaucoup plus élevé. Le Grain Belt Express américaine, destiné à transporter l’électricité des parcs éoliens du Kansas aux consommateurs jusqu’en Indiana, aurait été l’une des plus longues interconnexions électriques américaines, mais a été annulé en raison de l’opposition des propriétaires fonciers le long du tracé.

  • Les propriétaires ont été encouragés et incités à installer des panneaux solaires sur leurs toits. La plupart réalisent maintenant que tous les panneaux produisent de l’électricité en même temps, faisant baisser le prix de l’énergie quand le soleil brille. Pour amortir leur investissement, ils demandent des subventions pour l’électricité injectée dans le réseau, même lorsque les prix du marché sont négatifs par temps ensoleillé. Qui fournira cette subvention ? Les contribuables ? Les autres consommateurs d’électricité ? Malgré la baisse continue du coût des panneaux, les promoteurs de fermes solaires exigent davantage de soutien financier. Combien de temps un tel système peut-il durer ? Des problèmes similaires de saturation sont signalés pour les batteries connectées au réseau.

  • La part des énergies renouvelables connectées aux réseaux augmente partout, mais cela rend plus difficile l’équilibrage du réseau. Les réseaux doivent maintenir en permanence une fréquence et une tension stables en courant alternatif. L’excès ou le déficit de puissance peut provoquer des fluctuations de fréquence et tension. Les générateurs rotatifs – dans les centrales hydroélectriques, nucléaires ou à combustibles fossiles – offrent une inertie qui aide les opérateurs à maintenir l’équilibre. La plupart des onduleurs solaires ne fournissent pas cette inertie. Une inertie insuffisante, liée à une part importante de solaire, pourrait avoir contribué à la panne du 28 avril dernier en Espagne.
La réalisation la plus importante est peut-être que de nombreuses personnes ont des intérêts particuliers puissants à préserver le statu quo. Les mineurs de l’industrie charbonnière, les compagnies pétrolières et les gouvernements des pays producteurs de pétrole, mais aussi les compagnies aériennes, les fabricants d’avions, les promoteurs touristiques, les constructeurs de moteurs à combustion et bien d’autres résistent à tout changement de leur mode de vie habituel. Leur pouvoir politique dilue ou compense celui des investisseurs voyant des opportunités dans la transition énergétique.

Ces conséquences ont, entre autres, ralenti – mais n’arrêteront pas – la transition vers les énergies non fossiles. Certains lecteurs pourraient proposer un autre titre à cet article: « De la naïveté au réalisme en seulement une décennie », avec l’orgueil du recul. Mais reconnaître ces obstacles et chercher des moyens de les surmonter est une réaction rationnelle, non cynique.

Pourtant, la descente vers le cynisme continue

Le cynisme dans notre titre désigne ce que nous observons comme l’abandon des objectifs collectifs lointains parce qu’ils sont incompatibles avec les désirs individuels immédiats, et parce que leur réalisation exigerait des sacrifices à court terme.

Nous voyons le cynisme dans les prévisions qui projettent une consommation mondiale de combustibles fossiles toujours croissante jusqu’en 2050 et au-delà. Nous voyons le cynisme, surtout, dans les prévisions qui ne s’embarrassent pas d’estimer l’impact de leurs projections sur les émissions de gaz à effet de serre ou sur la température moyenne mondiale. Ces prévisions reposent souvent sur l’hypothèse implicite (et irréaliste) qu’aucune nouvelle politique climatique ne sera jamais mise en place. Lorsqu’elles sont publiées par des compagnies pétrolières, ces prévisions doivent être considérées comme des outils de relations actionnariales et de lobbying politique, non pas comme des évaluations objectives. Nous avons exhorté tous les prévisionnistes à calculer et publier les conséquences climatiques prévues de chacun de leurs scénarios. Certains échouent à le faire.

Notre médaille du cynisme revient toutefois au gouvernement d’un pays qui s’est retiré deux fois de l’Accord de Paris (2017 et 2025), qui envisage d’abroger la « déclaration de danger » sous-jacente à toutes ses réglementations environnementales, et qui a menacé de quitter l’Agence internationale de l’énergie en raison de ses prévisions « irréalistes » sur les énergies vertes.

La descente vers le cynisme fait partie d’une tendance à plus long terme

En y regardant de plus près, nous réalisons que le passage des grands idéaux au cynisme actuel s’est seulement accéléré après 2015. La tendance a en réalité commencé bien avant.

La création de l’OPEP en 1960 fut un moment révolutionnaire pour la justice mondiale. L’OPEP s’est approprié, pacifiquement, le contrôle des prix du pétrole, auparavant dominés par les grandes compagnies pétrolières, et confirmé la souveraineté de ses membres sur leurs ressources et revenus nationaux. À l’époque, ce fut une étape dans la révolte mondiale contre l’impérialisme et le colonialisme après la Seconde Guerre mondiale. Les membres de l’OPEP ont mis fin aux concessions antérieures et nationalisé progressivement les actifs en amont des compagnies européennes et américaines qui exploitaient leurs ressources depuis des décennies, tout en compensant les entreprises par négociation ou arbitrage. Ce processus, plus ou moins long selon les cas, fut un triomphe de la reconnaissance légale des droits humains et nationaux.

L’OPEP a tenté de tirer parti de ce succès pour aider d’autres pays en développement, en particulier ceux victimes de l’exploitation coloniale. En 1974, l’Algérie membre de l’OPEP a appelé à un « Nouvel ordre économique international » lors d’une session extraordinaire de l’ONU, menant au « Dialogue Nord-Sud » sur le commerce, les tarifs, la finance et l’aide extérieure entre pays industrialisés du Nord et pays nouvellement industrialisés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Ensuite, l’idéalisme des années 1970 a décliné. « En septembre 1980, les discussions aux Nations Unies qui caractérisaient ce dialogue [Nord-Sud] avaient perdu leur élan. Bien que certains dialogues se soient poursuivis, il s’agissait simplement de discussions économiques qui n’ont jamais présenté la solution viable espérée par leurs promoteurs. »

Malheureusement, un échec plus large de l’idéalisme s’est également produit

Le recul de l’idéalisme dans les domaines de l’énergie, du développement économique et du changement climatique ne représente qu’une partie de l’effondrement mondial à long terme des aspirations supérieures.

Après deux guerres majeures dans la première moitié du XXᵉ siècle, les dirigeants ont cherché à construire un système de droit international public, débutant par la Charte des Nations Unies en 1945. S’y ajoutèrent la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH 1948), la Convention de l’ONU sur le génocide (1948) et la Quatrième Convention de Genève sur la protection des civils en temps de guerre (1949). Ces accords, avec les Pactes des Nations Unies relatifs aux droits civils, politiques, sociaux et culturels (1966-1976) et les traités de non-prolifération nucléaire et de contrôle des armements, visaient collectivement à définir un état de droit pour le monde d’après-guerre.

Il est rapidement apparu que ces accords étaient imparfaits et manquaient de mécanismes d’application adéquats. Le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU conférait à ces derniers et à leurs alliés une immunité, même en cas de violations directes de la Charte des Nations Unies. De nombreuses violations de la DUDH sont documentées chaque année par Amnesty International, qui conclut dans son dernier rapport : « Depuis plus d’une décennie, le monde assiste à une propagation continue de lois et pratiques autoritaires, à la réduction de l’espace civique et à l’érosion des libertés d’expression ou d’association.» Les Conventions de Genève ont été violées tant de fois que, selon l’ancienne présidente suisse Micheline Calmy-Rey, « plus personne ne les respecte ».

La plus grande démonstration de cynisme aujourd’hui consiste en des attaques contre les institutions judiciaires internationales et leurs juges, procureurs et rapporteurs. Les parties à l’origine de ces attaques semblent incapables ou peu disposées à reconnaitre leurs erreurs. Ces attaques semblent viser à détourner l’attention de la responsabilité des auteurs.

La persistance des institutions internationales reste une source d'espoir

En 2025, quelques éléments permettent encore à un idéaliste de s’accrocher. La transition énergétique est bien engagée et continuera, quoique trop lentement pour aNeindre les objectifs originaux de l’Accord de Paris. Les incitations économiques et le soutien gouvernemental favoriseront de nouveaux investissements dans les énergies renouvelables, même si quelques nations prennent des mesures contraires. Les véhicules électriques sont populaires et gagneront rapidement des parts de marché à mesure que leur prix baisse et que la durée de vie des batteries s’allonge. Les préoccupations liées à la sécurité énergétique inciteront dans de nombreux pays à promouvoir la production locale, souvent solaire, éolienne, hydroélectrique ou nucléaire, contribuant ainsi à la réduction des émissions.

Les institutions judiciaires y sont favorables. La Cour internationale de Justice (CIJ) a récemment jugé à l’unanimité que « les États ont l’obligation de protéger l’environnement contre les émissions de gaz à effet de serre et d’agir avec diligence et coopération pour remplir cette obligation, y compris la limitation du réchauffement à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, conformément à l’Accord de Paris. » Les États en infraction « engagent leur responsabilité juridique et peuvent être contraints de cesser les actes illicites, d’offrir des garanties de non-répétition et de les réparer pleinement selon les circonstances. »

La Cour européenne des droits de l’Homme a récemment jugé que « les États ont la responsabilité de lutter contre le changement climatique pour protéger les droits humains. La Cour a confirmé la violation du droit au respect de la vie privée et familiale de femmes âgées suisses, la Suisse n’ayant pas pris des mesures suffisantes pour lutter contre le changement climatique. »

Les parties et gouvernements touchés par le réchauffement (élévation des mers, inondations, glissements de terrain, etc.) continueront d’utiliser la voie judiciaire pour obtenir réparation et indemnisation. Par exemple, les habitants de l’île indonésienne de Pulau Pari poursuivent le cimentier Holcim devant les tribunaux civils suisses, l’accusant, ainsi que d’autres cimentiers, de contribuer de manière significative aux émissions cumulées de CO₂ qui menacent de rendre leur île inhabitable d’ici 2050.

Plus largement, en matière d’État de droit, les institutions judiciaires restent les dernières barrières entre la civilisation et le chaos. La Cour pénale internationale (CPI), malgré les aNaques contre ses juges et procureurs, continue d’enquêter sur les violations des droits humains et les crimes de guerre. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU reçoit les plaintes, nomme des commissions d’enquête et publie leurs rapports. La CIJ règle les différends entre États et a récemment été sollicitée pour des avis sur le génocide et le changement climatique.

Peut-on raviver l’ancien idéalisme ?

Les développements récents suggèrent que le retour à l’idéalisme est peu probable à court terme. Des solutions pacifiques aux conflits en Ukraine, à Gaza et ailleurs pourraient redonner une crédibilité à l’idéalisme, mais elles restent pour l’instant hors de portée. Les États-Unis ont bouleversé le jeu diplomatique et commercial mondial, préférant imposer leur puissance unilatéralement plutôt que de respecter les accords multilatéraux négociés pendant des décennies. Les affirmations des agresseurs sur leur rectitude morale sont désormais interprétées comme de minces vernis dissimulant des actes d’intérêt personnel étroit. Les grandes compagnies pétrolières et les pays producteurs annoncent une augmentation de la production sans reconnaître ses conséquences néfastes à long terme. Dans de nombreuses démocraties, la vie politique est polarisée entre partis extrémistes refusant le compromis. Adieu l’idéalisme.

Une voie pragmatique reste toutefois possible, au moins pour le climat. Il reste à voir combien de parties continueront à soutenir et participer au processus de l’Accord de Paris, même sans les États-Unis. Atteindre les objectifs de température mondiale sera plus difficile sans l’un des plus grands émetteurs de GES (gaz à effet de serre), surtout si ce pays agit en sens inverse. Les parties souhaitant renforcer l’Accord devraient réaffirmer leur engagement envers l’objectif de 1,5 °C, tout en reconnaissant qu’il était déjà très ambitieux lorsque les États-Unis jouaient un rôle constructif.

Le processus COP peut sembler lent pour ceux qui veulent l’accélérer. La règle du consensus permet aux parties les moins volontaires de dicter le rythme. Pour progresser plus rapidement, une coalition de volontaires peut agir indépendamment. CeNe coalition pourrait inclure les parties ayant récemment mis à jour leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN), montrant leur enthousiasme pour le processus de changement.

Toute coalition de parties doit efficacement utiliser ses ressources limitées. Renforcer les marchés du carbone et réduire les émissions de méthane peut avoir un impact significatif. Mais l’accent principal doit être mis sur l’aNénuation et l’adaptation au réchauffement dans le monde non-OCDE. Les émissions des pays OCDE diminuent depuis des années et continueront de baisser. Les pays en développement, en revanche, devraient poursuivre l’utilisation de combustibles fossiles qui devraient augmenter les émissions de CO₂. Selon la Brookings Institution, « les pays en développement seront les plus touchés par le changement climatique accéléré et, même en excluant la Chine, devraient émeNre plus de la moitié des émissions mondiales annuelles de GES dès 2030. Mais la communauté internationale n’a pas suffisamment pris en compte les priorités et contraintes de développement, d’adaptation et de résilience de ces pays pour relever le défi de la réduction des émissions. »

Le monde non-OCDE aura besoin d’une aide financière massive pour éviter la catastrophe. À la COP29, un progrès modeste a été réalisé sur un nouvel objectif climatique de financement de 300 milliards de dollars par an pour les pays en développement. La conférence a noté que ce montant est insuffisant : « Les besoins estimés dans les contributions déterminées au niveau national des pays en développement s’élèvent à 5,1-6,8 tn USD d’ici 2030, soit 455-584 milliards USD par an. » Seul un nouvel objectif collectif chiffré de financement climatique (NCQG) de 1,3 tn USD par an, si respecté, pourrait permettre de croire à un véritable progrès.

Un programme renforcé d’électrification rapide, reposant sur les énergies renouvelables, pourrait freiner l’augmentation prévue de l’utilisation des combustibles fossiles dans les pays en développement. La faisabilité de ce programme est démontrée par l’impact réel et continu du Rural Electrification Act américain de 1936. Les pays riches, responsables de la majeure partie des émissions cumulées, ont à peine commencé à compenser ceux qui subiront le plus de conséquences. Participer à l’électrification du monde pauvre serait une forme importante de réparation.

Si un tel résultat était atteint par les parties restant dans l’Accord de Paris, il commencerait à répondre à l’appel du président algérien Houari Boumédiène en 1974:

« Le développement économique et la libération du Tiers-monde peuvent être une victoire pour toute l’humanité. Pour les pays développés, la question est de savoir s’ils ont compris que leur avenir ne peut être séparé de celui des peuples du Tiers-monde. Dans ce cas, il leur revient d’assumer les responsabilités que cette prise de conscience implique. »

Ce serait également un premier pas pour restaurer notre ancien idéalisme.

12 septembre 2025

Plan de sauvetage d'Altis, Entremont Autrement exige une totale transparence

Avant cet été, la situation de la société Altis semblait déjà mal en point, la commune de Val de Bagnes ayant postposé un prêt de 2.5 millions pour faire face au surendettement. Il y a quelques semaines, les démissions en cascade de plusieurs membres de la direction, relayées dans la presse, nous ont laissé penser que la situation était bien plus catastrophique que ce qu’il n’y paraissait. Avant-hier, lors de la séance du Conseil général de la commune, l’exécutif a révélé l’ampleur des dettes financières (55,4 millions !) d’Altis et ce qui s’apparente désormais à un plan de sauvetage d’une part absolument nécessaire, d’autre part un peu surréaliste, en raison de la situation de la SA.



Lors de ce plenum, le groupe Entremont Autrement du conseil général a pris note de ces révélations et salue l’initiative d’un audit externe. Notre mouvement attend patiemment le résultat de cet audit et ses conclusions. Il souhaite également que la transparence complète soit exigée et que les responsabilités de cette débâcle soient clairement définies.

Le mouvement demande également que soit évaluée la participation de Christophe Maret, ancien président de la commune et du CA d’Altis, dans d’autres conseils d’administration au sein desquels il représente à ce jour les intérêts de la commune de Val de Bagnes.

L’énergie, via sa distribution, sa production, ainsi que son développement, est un enjeu majeur présent et futur de nos communes de montagnes. Entremont Autrement a toujours plaidé pour une surveillance accrue des SA auxquelles incombent les responsabilités autrefois administrées par les communes, comme ici avec Altis. Depuis de nombreuses années, Entremont Autrement n’a eu de cesse de tirer la sonnette d’alarme face aux ingestions structurelles relayées par le personnel interne. Le résultat est encore plus accablant qu’attendu.

Jasmine Lovey, pour le comité d'Entremont Autrement

6 décembre 2024

Des suites à la vidange du barrage des Toules...

L’actualité de cette semaine nous a rappelé la vidange du barrage des Toules qui avait provoqué il y a quelques mois une lave torrentielle détruisant a priori la faune et la flore piscicole de la Dranse d’Entremont. Afin de connaître l'ampleur des conséquences, nous attendons encore le rapport d'impact. Cette situation est fortement déplorable, d’autant que, si ces dégâts sont confirmés, l’éco-système de la Dranse prendra plusieurs années à se rétablir et qu’il semble que cela soit le 3ème problème de ce genre à déplorer au barrage des Toules, selon les dires du WWF. 

Le fait que deux associations de défense de l’environnement déposent plainte contre les sociétés qu’elles jugent responsables, de même que le Canton, nous interroge sur le respect des normes dans lequel cette vidange a été menée. Plus largement, nous déplorons qu’une société majoritairement en mains communales locales soit concernée par ces plaintes.

Les sociétés concernées annoncent la sortie, en début d’année prochaine, d’un rapport d’impact concernant la vidange en question. Notre mouvement sera attentif aux résultats de ce rapport ainsi qu’aux suites qui seront données à cette affaire.

                                                                                                                Entremont Autrement

30 septembre 2024

Loi sur les communes : qui décide quoi en matière d'électricité ?

La gestion de nos communes et bourgeoisies entremontantes est du ressort de nos exécutifs communaux. La loi sur les communes du canton du Valais précise les attributions leur revenant. Cette loi encadre également le contexte dans lequel les communes doivent gérer ces attributions. 

Certaines attributions sont directement du ressort des Conseils communaux qui s'appuient pour ce faire sur leur administration. Cela est par exemple le cas pour les finances gérées avec l'appui de caissiers communaux. Pour d'autres attributions, des Conseils s'appuient sur les services d'une autre commune. Ceci est la cas pour les communes de Liddes, d'Orsières et de Sembrancher qui ont mandaté la police de Val de Bagnes pour veiller à l'ordre public sur leur territoire. 

Pour d'autres tâches encore, des associations de communes ont été créées. L'ERVEO en est un exemple avec le regroupement des communes de Sembrancher, Orsières, Liddes et Bourg-St-Pierre. Cette entité intercommunale gère la structure d'accueil, les écoles primaires et le cycle d'orientation de ce bassin versant. 

Une attribution particulière ne correspond encore à aucun modèle de gestion cité ci-avant. Il s'agit de l'attribution concernant la gestion de l'approvisionnement en énergie. Pour celle-ci, et comme la loi sur les communes les y autorisent, l'ensemble des communes d'Entremont ont délégué cette gestion à des Sociétés Anonymes. Il y a une quinzaine d'années, nos communes s'occupaient elles-mêmes de l'approvisionnement en énergie de leurs abonné.es. Nos communes étaient encore propriétaires des divers réseaux électriques qui approvisionnaient en énergie leurs abonné.es citoyen.nes. Aujourd'hui, l'ensemble des réseaux communaux ont été vendus à des SA et la gestion de l'approvisionnement en énergie de toutes nos communes a été confiée à d'autres SA.


Le Conseil général de Val de Bagnes et les assemblées primaires des autres communes ont ainsi renoncé, de leur propre gré, à leur droit de regard et de décision sur la gestion de leur réseau électrique communal et sur l'approvisionnement en énergie des abonné.es de leur commune. Qu'en est-il des Conseils communaux? La loi sur les commune précise que les communes doivent surveiller la gestion des représentants auxquels elle ont droit ou qu'elles désignent dans les organismes de collaboration. Et, la loi précise même qu'elles peuvent donner des instructions et prévoir la révocation des mandats lorsque ces instructions ne sont pas respectées. 

Est-ce que nos Conseils communaux sont consultés ? Est-ce que les conseiller.ères membres des Conseils d'Administration de ces SA viennent s'enquérir auprès de leurs homologues de Conseil de la stratégie à défendre en vue de leurs séances de Conseil d'Administration ? Et qu'en est-il pour ce qui relève des budgets et des comptes ? 

Pour Entremont Autrement, il est largement temps que ces décisions soient transparentes. Le pouvoir de décision doit absolument et à tout le moins revenir aux Conseils de nos communes. Pour s'en assurer, nous souhaitons que chaque candidate et chaque candidat aux élections communales à venir s'engage à promettre qu'il/elle demandera et soutiendra cette pratique dans nos communes; et ce, afin que chaque décision portant sur les budgets, les comptes et la stratégie des sociétés anonymes gérant notre approvisionnement en énergie électrique soit validée par les Conseils communaux concernés. 

                                                                                                    Le comité Entremont Autrement

27 mai 2024

Faut-il assouplir l'objectif de 1,5°C pour le réchauffement climatique ?

/UG

Lun, 29 avril 2024
John Gault Nordine 
Ait-Laoussine

Oleg Senkov/Shutterstock


Les 195 parties à l'Accord de Paris de 2015 sont censées poursuivre leurs efforts pour limiter la température moyenne de la planète à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Avec un tel objectif il est essentiel qu'une organisation, telle que l'Agence internationale de l'énergie (AIE), surveille et publie des mises à jour régulières sur les progrès réalisés pour atteindre l'objectif. En l'absence de telles mises à jour, l'intérêt pour l'objectif pourrait s'estomper et les progrès s'arrêter.

Les rapports de l'AIE indiquent que les politiques déjà mises en œuvre, ainsi que celles annoncées et planifiées par les gouvernements, entraîneront des augmentations de température bien supérieures à celles prévues par l'accord de Paris.

En effet, ces politiques épuiseront rapidement le budget d'émissions restant pour limiter le réchauffement climatique au plafond de 1,5 °C. Selon l'AIE, "les changements structurels dans le secteur de l'énergie sont désormais suffisamment rapides pour atteindre un pic de la demande de pétrole et de gaz d'ici la fin de la décennie dans le cadre des politiques actuelles. Après ce pic, la demande ne devrait pas diminuer assez rapidement pour s'aligner sur l'Accord de Paris et l'objectif de 1,5°C".

Si l'objectif de 1,5 °C s'avère si difficile à atteindre, l'accord de Paris devrait-il être modifié pour spécifier un objectif moins strict ? Est-il rationnel de continuer à poursuivre un objectif irréalisable ?


Scénarios de référence



Au moins de manière implicite, certaines parties à l'Accord de Paris ignorent déjà l'objectif. Les scénarios de référence publiés par l'OPEP et par le Forum des pays exportateurs de gaz (GECF) prévoient une augmentation continue de la consommation mondiale de pétrole et de gaz dans les décennies à venir, ainsi qu'une augmentation des émissions de CO2, mais les scénarios n'indiquent pas l'impact sur les températures mondiales. Pourtant, tous les membres de l'Opep et du GECF ont signé l'Accord de Paris.

De même, l'Administration de l'information sur l'énergie (EIA) du ministère américain de l'énergie présente un scénario de référence dans lequel la consommation mondiale de pétrole et de gaz ne cesse d'augmenter tout au long de la période de prévision (jusqu'en 2050). Les émissions de carbone augmentent également sans interruption. Le rapport n'évalue pas l'impact sur le réchauffement climatique. Pourtant, les États-Unis sont signataires de l'Accord de Paris et se sont donc engagés à respecter la limite de 1,5 °C... Ils se sont retirés de l'Accord de Paris en 2017, mais en sont redevenus parties à l'Accord de Paris en 2021.

L'Institute of Energy Economics of Japan (IEEJ) publie également des scénarios de consommation d'énergie mondiale. Leur scénario de référence le plus récent montre que la demande de pétrole et de gaz augmente de façon continue jusqu'en 2050. Les émissions mondiales de CO2 atteignent leur maximum en 2025, mais restent à peu près au même niveau par la suite. Le rapport ne contient aucune estimation de l'augmentation de la température associée à son scénario de référence. Le Japon est signataire de l'Accord de Paris.

Que penser des scénarios de référence qui ne tiennent pas compte des effets du changement climatique ? Calculer l'impact des émissions de CO2 sur le réchauffement climatique n'est pas sorcier. Les auteurs de ces scénarios le savent très bien. En omettant ce calcul, supposent-ils que l'objectif de l'accord de Paris sera assoupli ou annulé ?

Ou que l'objectif sera tout simplement oublié ?

Toutes les projections énergétiques n'omettent pas les conséquences climatiques. En octobre 2023, le cabinet de conseil McKinsey & Co. a publié une trajectoire compatible avec 1,5 °C, ainsi que quatre scénarios de transition énergétique. Des informations supplémentaires sur les différents secteurs énergétiques ont été fournies en janvier 2024. Chaque scénario comprend des prix implicites du carbone et des estimations de l'augmentation de la température moyenne mondiale. Comparés aux scénarios de l'AIE et de McKinsey, les scénarios de référence publiés par Opec, le GECF, l'EIA et l'IEEJ semblent incomplets et irresponsables. Quelqu'un pourrait-il proposer un chemin pour un randonneur sans l'avertir que le chemin le mènera au bord du gouffre ?


Des engagements qui s'affaiblissent



D’autres sources témoignent de la faiblesse ou de l’affaiblissement des engagements envers l’objectif de l’Accord de Paris. 

 • BloombergNEF, dans un examen d'avril 2024 des régimes politiques à faibles émissions de carbone des pays du G20, a dégradé les classements des États-Unis, de l'UE, du Royaume-Uni, de l'Allemagne et d'autres. Les examinateurs ont constaté que les gouvernements avaient ralenti, affaibli ou fait marche arrière sur les réglementations à faible émission de carbone, et retardé la mise en œuvre d’autres. 
• Le rapport macro sur la transition énergétique récemment mis à jour d'Energy Intelligence voit la transition s'intensifier progressivement grâce aux soutiens politiques et technologiques, mais reste en deçà de l'objectif de 1,5°C. Dans le cadre du scénario central « Momentum » du rapport, la hausse des températures resterait inférieure à 2,5°C. Un scénario « Vitesse » plus rapide ramènerait ce chiffre à 2°C. Le rapport attribue seulement une probabilité de 3 % au scénario Net Zero et 1,5°C. 
• La Banque centrale européenne a récemment mené une enquête sur les pratiques de prêt des banques qui ont rejoint la Net Zero Banking Alliance. « Dans l’ensemble, nos résultats jettent le doute sur l’efficacité des engagements volontaires en matière de climat pour réduire les émissions financées, que ce soit par le biais d’un désinvestissement ou d’un engagement [et] suggèrent que les initiatives volontaires du secteur privé pourraient avoir relativement peu d’impact sur la décarbonisation. »


Face à ces signes de faiblesse ou d’affaiblissement des efforts, on est tenté de rechercher un consensus pour assouplir l’objectif de 1,5°C. Pour ceux qui ont des intérêts directs dans l’industrie des combustibles fossiles, la tentation de poursuivre un assouplissement doit être assez forte. Mais dans quelle mesure faut-il relever le plafond cible ?


Risques climatiques



Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU (GIEC) met en garde : « Les risques et les impacts négatifs projetés ainsi que les pertes et dommages associés dus au changement climatique augmentent avec chaque augmentation du réchauffement climatique (degré de confiance très élevé). »

Par exemple, des températures plus chaudes entraînent, entre autres conséquences dangereuses, des vagues de chaleur plus fréquentes. Une étude de la chaleur exceptionnelle récente (fin mars – début avril 2024) au Mali et au Burkina Faso indique que la canicule était entièrement due au réchauffement climatique. De plus, une vague de chaleur dont on pense qu’elle se produirait une fois tous les 200 ans (lorsque la température moyenne mondiale est de 1,2°C au-dessus du niveau préindustriel) se produirait une fois tous les 20 ans si le réchauffement atteint 2°C.

Des calculs similaires peuvent être faits sur les probabilités et fréquences accrues d'autres conséquences si l'on assouplit l'objectif de 1,5° : inondations, incendies de forêt, niveau des océans, fonte des glaciers, extinctions de la faune, etc. Avant de conclure que l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C devrait être assoupli ou abandonné, il convient d’en considérer les conséquences. Même une légère augmentation de ce plafond aura de graves conséquences.

Une démarche plus responsable serait d’insister pour que tous les scénarios, quels qu’ils soient, incluent une estimation du niveau de réchauffement climatique cohérente avec le scénario. Chaque scénario devrait préciser les risques et les impacts négatifs ainsi que les pertes et dommages associés qui sont impliqués par le scénario.

L’AIE a prévenu que « le moment de vérité arrive pour l’industrie pétrolière et gazière ». Un médecin responsable ne parviendrait-il pas à alerter un patient des risques potentiels impliqués par son mode de vie actuel ?

Nordine Ait-Laoussine est un ancien ministre algérien du pétrole et John Gault est un économiste indépendant de l'énergie basé en Suisse. Les opinions exprimées dans cet article sont celles des auteurs.

Traduit de l’anglais : “Should we relax the 1.5°C global warming target?”, publié par Energy Intelligence Group, 29 avril 2024

28 septembre 2023

Le projet de parc solaire alpin abandonné à Orsières !

Après le bilan mitigé de la séance d'information sur le projet de parc solaire alpin au col de Chargerat (sur la Commune d'Orsières), ce fut la douche froide dans les urnes avec le rejet du décret sur le solaire alpin le 10 septembre dernier (66.1 % de NON à Orsières). Face à ce constat, le Conseil Communal a décidé de mettre un terme au projet.

Entremont Autrement prend acte avec satisfaction de cette décision. Bien que le mouvement encourage le développement de projets dans les énergies renouvelables, ceux-ci ne doivent pas se faire au détriment du paysage. Nous saluons par ailleurs l'ambition du Conseil Communal de déployer des panneaux solaires sur les bâtiments communaux.

Interview Canal 9 de Joachim Rausis à visionner ici.



10 septembre 2023

Avalanche de non au Décret concernant la procédure d'autorisation de construire de grandes installations photovoltaïques

La fausse bonne idée du siècle a été rejetée. Les commentaires d'Entremont Autrement suivront.

Voici déjà les % de non:

Bourg St-Pierre 70.27%

Liddes 69,64%

Sembrancher 69,52%

Val de Bagnes 67,78 %

Entremont 67,60%

Orsières 66,10%

Bas-Valais 61,41%

Valais 53,94%


9 juillet 2023

Bilans de nos élu.e.s mi-législature : Raphaël Moulin (Conseil Communal d'Orsières)

Chaque semaine, Entremont Autrement vous propose un aperçu du magnifique travail effectué par nos élu·e·s au Conseil Général (Val de Bagnes), dans nos communes (Liddes, Orsières, Val de Bagnes) et au canton (Grand Conseil). Aujourd'hui, nous vous présentons le deuxième conseiller communal d'Orsières : Raphaël Moulin.

Raphaël préside la commission Ressources naturelles, efficience énergétique et mobilité, et ça tombe bien étant donné sa profession : il est chef de projet électrotechnique ! Au Conseil communal, il est également membre de la commission travaux publics, infrastructure touristiques bâtiment publics, entretien du territoire, ainsi que la commission des eaux potable, eaux usées, électricité, CAD, et la commission pour le retour de concession FM027 (à suivre !). 

Lorsqu'il a un peu de temps libre, Raphaël aime bricoler, se balader, faire du vélo et est passionné de cinéma. Si vous voulez des recommandations de séries ou de films, demandez-lui.

Une anecdote depuis le début de la législature ? Lors de sa première séance au Conseil communal, il a pris la place qu'Urbain Gaillard occupait depuis huit ans, le poussant ainsi un peu plus vers le centre ! (de la table).

Particulièrement investi dans les questions d'énergie de par sa commission et sa profession, le projet qui lui tient le plus à cœur est l'obtention du label "Cité de l’énergie" qui permet de faire un état des lieux actuel des mesures mises en place jusqu’à maintenant en matière d’efficience énergétique, et poser les bases des travaux à mettre en place tant dans le domaine public que privé pour atteindre les objectifs 2030 et 2050 du canton et de la Confédération.


15 juin 2023

Alors pourquoi vendre notre réseau électrique?

Un expert en économie m’a dit récemment que deux éléments pouvaient nous pousser à vendre un bien que nous nous étions échinés à acquérir : la non-utilisation de l’objet ou la nécessité de vendre. 

En effet, qui serait prêt à vendre sa maison s’il n’en a pas d’autres ? Sauf cas urgent, les grands investissements que nous faisons dans notre vie personnelle sont pour la durée, voire pour le patrimoine.

Dernièrement, après un coup d’essai infructueux il y a 5 ans, le Conseil Communal a décidé de vendre notre réseau à une SA constituée de communes et d’un privé. On peut raisonnablement passer cette envie de vendre aux filtres de la non-utilisation et de la nécessité.

Faire l’hypothèse de la non-utilisation, c’est impossible. Le réseau électrique, fruit d’un long travail et d’un long investissement de la population, est forcément utile puisque nous en dépendons pour chauffer, cuisiner, se doucher et j’en passe. La commune ne cherche donc pas à vendre un objet inutile.

Il reste la nécessité. Là encore, le Président l’affirme, aucune nécessité financière ne nous pousse à la vente, et c’est une bonne nouvelle. Certes, la commune doit admettre une légère dette par habitant, et éliminer les dettes du service électrique permettrait de remonter la dette à une fortune par habitant. Mais ce ne serait qu’artifice, les dettes se retrouvant alors dans la nouvelle SA dont nous devons garantir le bon fonctionnement financier.

Donc nous pouvons constater que ni la non-utilisation ni la nécessité ne nous contraint à la vente.

Alors pourquoi vendre ?

Sauver des places de travail ? Non, une seule personne s’occupe du service électrique, dont la tâche est la facturation. Et même si cela semble compliqué, je n’ai aucun doute sur la compétence de la personne qui en a la charge.

Devenir une entité plus importante dans le Canton ? Une blague. Après fusion des réseaux, Orsières passerait de onzième à… onzième ! Il faut admettre que ce n’est clairement pas une raison pertinente..

Faciliter l’application des lois fédérales plus compliquées ? Il faudrait ajouter de nouvelles compétences, et pour l’instant, le projet ne prévoit pas de ressources supplémentaires..

Par solidarité pour les autres communes qui ont un réseau en moins bon état ? L’argument me touche. Mais alors pourquoi voir si petit ? Tout ça pour rester à notre onzième place ? Et pourquoi sous cette forme-là ? N’aurions-nous pas tout à gagner à garder notre réseau 100% public plutôt que de vouloir absolument en céder une partie à des privés ?

Finalement, à y regarder de près, le seul grand changement qu’induira la vente, à part la perte de maitrise de la Commune sur son réseau, sera le remplacement de l’assemblée primaire, transparente et gratuite, par un Conseil d’Administration, opaque et coûteux. Pour moi, difficile à ce stade de ne pas penser à la création de DransEnergie. D’une part parce que le nom et le secteur d’activité est assez proche et d’autre part car j’avais voté oui à DransEnergie avec quelques réserves déjà dûes à la création d’une SA par des fonds publics.

Si je n’ai aucun problème à avoir soutenu la création de DransEnergie au moment où CIMO, soucieux du mélange des genres, voulait se débarrasser des activités accessoires, vendre notre réseau relève d’une autre réalité.

En effet, le réseau est actuellement géré par délégation par DransEnergie avec des compétences reconnues. A l’époque, sensible à l’argument de la perte d’emplois, j’avais soutenu la création de DransEnergie pour poursuivre ces activités de gestion du patrimoine public. Toutefois, j’avais mis en garde contre la création d’une entité créée par le public qui viendrait concurrencer le privé. Or, j’ai pu constater la multiplication des activités, notamment le solaire. Pendant mon mandat au Canton, régulièrement, des professionnels de la branche se plaignaient de la concurrence un peu déloyale de DransEnergie pratiquée en plaine. 

En effet, toutes les belles compétences que l’entreprise a développées éteignent un peu les ambitions de se lancer pour des privés de la même branche. Était-ce vraiment l’objectif visé lors de sa création par les fonds communaux ? D’autant qu’elle commence à apparaître dans l’actionnariat d’autres sociétés, et s’apprête à détacher le solaire en créant une nouvelle… SA ! DransEnergie, c’est un peu le Crédit Suisse sauvé qui vire comme la Poste dans la démultiplication des activités. On verrait y arriver Christian Levrat qu’on comprendrait.

A l’époque, j’avais décidé de faire confiance aux autorités. Cette fois, je vais faire confiance au cri du cœur lancé dans le Nouvelliste par un ingénieur électricien.

Pour terminer, abandonner notre réseau c’est également faire une croix sur un potentiel rachat. Cela sous-entendrait qu’il nous faudrait provisionner des sous à chaque investissement sur le réseau par la nouvelle entité pour pouvoir le racheter sans s’endetter après. Illusoire.

Comme rien ne pousse à vendre, je ne peux que vous suggérez de refuser ce projet par sagesse populaire. Il est bon de dessiner certaines limites à la liberté d’entreprendre qui règne au sein du Conseil Communal. 

Finalement, aucun risque à ne pas vendre et tout à perdre à s’en séparer.

Florian Alter 

22 mai 2023

Vente des réseaux électriques communaux. En attendant la soirée du 24 mai 2023.



J’ai pris récemment connaissance de la soirée d’information sur le projet de la vente de notre réseau électrique. 

Tout d’abord, je remercie la Commune d’organiser cette soirée ô combien importante puisqu’il s’agit de vendre le réseau construit et payé par la population sur des décennies, et qui permet d’acheminer l’électricité dans nos foyers.

Dans cette brochure d’information, j’ai été interpelé par plusieurs points soulignés par l’auteur.

Tout d’abord, il nous est indiqué que les enjeux énergétiques dépassent les frontières avec un impact sur nos factures. Certes, la guerre en Ukraine a impliqué une hausse de nos factures mais notre réseau électrique ne dépend aucunement de ce qui peut se passer ailleurs : il s’agit de câbles parcourant notre territoire. Le vendre n’y changera strictement rien.

Il est par ailleurs évoqué des contraintes légales imposées par la Confédération. Mais tout est en ordre puisque Dransgrid a été créé en 2016 justement pour cela.

Ensuite, il est relevé que cela permettrait de garder des emplois. Si l’argument pouvait était pertinent pour la création de DransEnergie, ici il est incompréhensible. DransEnergie entretient notre réseau sur mandat communal. Après la vente, elle continuera mais sur mandat d’une société anonyme. Où risquons-nous de perdre des emplois à conserver notre réseau ?

Une autre raison soulevée sur cette vente serait la nouvelle grandeur de notre réseau. Mais pour que cet argument soit pertinent, il faudrait en discuter avec le Grand Entremont. Le changement de taille dont parle le texte est insignifiant dans la problématique de grandeur soulevée par le rédacteur.

A plusieurs reprises, il est dit que cette vente renforcerait le contrôle de notre réseau. Cela paraît pour le moins singulier : vendre un bien n’a jamais amené qui que ce soit à en garantir un meilleur contrôle.

Enfin, si nous devions vendre notre réseau, pourquoi le faire avec un partenaire historique ? Cela parait convenu. Pourquoi ne pas faire jouer la concurrence ? Il semble qu’approcher plusieurs partenaires pour en comparer les offres serait la moindre des choses. Voilà quelques questions dont je me réjouis d’avoir les réponses soit par la présentation de cette soirée du 24 mai, soit par les échanges qui suivent. Car vous l’aurez compris, pour l’instant, je ne vois aucune raison pertinente d’effectuer une telle vente.

Je ne peux que vous encourager à venir à cette soirée. Vendre notre réseau, dans les perturbations énergétiques actuelles, ne me semble pas être une petite chose.

Florian Alter

17 mai 2023

Projet de parcs photovoltaïques alpins, la fausse bonne idée du siècle

En février, Entremont Autrement s’engageait dans la course aux signatures du référendum contre le décret sur les mégaprojets solaires alpins aux côtés de Pro Natura, des Vert·e·s et six autres organisations. Au terme du délai de trois petits mois, c’est près de 6'000 signatures récoltées sur les 3'000 nécessaires. Un message qu’on ne peut plus clair : une grande partie de la population n’en veut pas et le peuple tranchera.

En acceptant un décret visant à faciliter et à accélérer considérablement les procédures de constructions hors des zones à bâtir pour les installations solaires, le Grand Conseil valaisan ouvrait la porte aux mégaprojets alpins. Cette mesure, considérablement guidée par la perspective d’importantes subventions fédérales et par le climat de panique généré autour de l’apprivoisement énergétique, nous fait prendre une très mauvaise direction pour nos régions alpines. En effet, il s’agit de centaines d’hectares d’alpages qui pourraient être sacrifiés sous d’immenses parcs solaires, à quoi il faudra encore ajouter d’importantes infrastructures externes comme de meilleures routes d’accès ou encore des lignes à haute tension supplémentaire par exemple.

Entremont Autrement prône évidemment le développement de l’énergie solaire. Cependant, les projets doivent d’abord se focaliser sur les infrastructures existantes qui constituent déjà un potentiel gigantesque et complètement sous-exploité rien qu’au sein de l’administration cantonale.

Jamais la transition énergétique ne doit se faire au détriment de la nature et au profit de subventions fédérales qui font briller les yeux de certains organismes. On marche sur la tête ! Laissez nos alpages tranquilles tant que tous les toits du canton ne sont pas équipés. Réfléchissons calmement, ne nous laissons guider ni par la panique ni par le profit financier et soutenons le développement de vrais projets cohérents, efficaces et efficients.

Les organisations référendaires déposent les signatures aujourd’hui et notre mouvement les en remercie vivement pour l’avenir des hauts de l’Entremont. Le Conseil d’Etat dispose d’une année à partir du vote du Grand Conseil, soit jusqu’au 17 février 2024, pour soumettre le texte au scrutin populaire. La mobilisation continue !

 

Pour le comité d’Entremont Autrement

Roxanne Giroud

Députée suppléante 

9 novembre 2022

Où sont passés tous les chevaux ?

Vendredi 14 octobre 2022

John Gault 
Nordine Ait-Laoussine 

En 1900, Londres comptait 300 000 chevaux qui assuraient le transport des personnes et des marchandises. Aujourd'hui, environ 200 chevaux vivent dans la ville. Si vous avez regardé la procession funéraire de la Reine Elizabeth II le 19 septembre, vous en avez vu beaucoup : ceux qui appartiennent à la Household Cavalry. Ce qu'il est advenu des chevaux de Londres - et du monde entier - est une leçon pour les militants du climat et les producteurs d'hydrocarbures: Malgré leurs émissions de carbone, les combustibles fossiles ne vont pas disparaître instantanément (comme le préconisent certains militants), et leur consommation ne continuera pas à augmenter indéfiniment (comme le préconisent certains chefs d'entreprise). Tout le monde peut tirer des leçons de cette transition historique.


Leçons pour les militants du climat


Les habitants de Londres et d'autres grandes villes à la fin du 19e siècle en avaient assez des problèmes d'élimination du fumier liés au transport par chevaux. Cependant, les chevaux ont persisté à Londres pendant des décennies malgré la puanteur. Les chevaux n'ont disparu que lorsque des moyens de transport plus propres, plus rapides et plus confortables sont devenus disponibles à des prix abordables. Dès 1912, le nombre d'automobiles à Londres dépassait déjà le nombre de chevaux.



Les activistes qui cherchent à mettre fin rapidement à l'ère du pétrole feraient bien de se concentrer sur le côté demande du marché. L'utilisation du pétrole dans les transports diminuera non pas à cause des protestations contre l'industrie pétrolière, mais parce que les véhicules électriques (VE) deviendront une alternative populaire au moteur à combustion interne. Les VE nécessitent un vaste réseau de stations de recharge. Celles-ci, à leur tour, nécessitent des investissements supplémentaires dans la production d'énergie renouvelable et dans un réseau adapté pour transporter l'électricité.

Le mouvement écologiste a ici un rôle important à jouer. L'expansion rapide de l’infrastructure de production d'électricité verte et des lignes de transport d'énergie aura des répercussions sur l'environnement et, dans de nombreux cas, nécessitera l’occupation de vastes zones terrestres et maritimes à ces fins. Des controverses sont déjà apparues quant aux nouveaux sites de production d'énergie renouvelable et aux tracés des lignes électriques qui auront le moins d'impact sur l'environnement. Une expertise sera nécessaire pour identifier et expliquer les choix optimaux. L'impact environnemental nul sera rarement une option.

Les défenseurs qui préfèrent des réponses simplistes et absolues se trouveront de plus en plus mal à l'aise avec les compromis nécessaires. Blâmer l'industrie pétrolière a été jusqu'à récemment une alternative rassurante. Aujourd'hui, ceux qui souhaitent accélérer le déclin des combustibles fossiles dans les transports et d'autres applications doivent plutôt s'efforcer de trouver des solutions justes, équilibrées et rationnelles à l'utilisation des terres et des océans. 

Leçons pour les producteurs de combustibles fossiles 


Les producteurs de pétrole ne doivent pas s’attendre à une croissance continue de la demande pétrolière. La guerre en Ukraine a contribué à cette croissance en obligeant à des déviations temporaires des plans de transition énergétique. Les fermetures prévues de centrales électriques à combustibles fossiles ont été reportées. Les gouvernements ont imposé des sanctions sur les combustibles russes et les entreprises ont parcouru le monde à la recherche de sources diversifiées de pétrole, de gaz naturel et de GNL.

La Première Guerre mondiale (1914-18) a provoqué une hausse similaire de la demande de chevaux, mais elle n'a pas constitué une inversion de tendance. Toutes les forces combattantes de la guerre ont connu une pénurie de chevaux et de mules nécessaires au transport des soldats, des munitions, de l'artillerie et des provisions. Cet essor n'a pas duré plus longtemps que la guerre, ni n'a empêché le déclin à long terme du nombre d'équidés. En 1917, le nombre de chevaux à Londres était tombé à 200 000, soit une baisse de 30 % par rapport à 1900.

Les prix élevés actuels du pétrole, combinés aux efforts des banques centrales pour ralentir les économies, limitent la croissance de la demande de pétrole. En outre, la crise énergétique a incité les gouvernements à accélérer les investissements dans les énergies renouvelables et d'autres sources de réduction des émissions. Les préoccupations en matière de sécurité énergétique ont donné lieu à des programmes tels que la stratégie de sécurité énergétique du Royaume-Uni, annoncée en avril qui s'accompagne d'un programme d'investissement dans les "technologies énergétiques du futur".

Les préoccupations en matière de sécurité ont également inspiré le plan REPowerEU de l'UE, annoncé en mai. Le plan de l'UE a été introduit "en réponse aux difficultés et aux perturbations du marché mondial de l'énergie causées par l'invasion de l'Ukraine par la Russie".

La loi américaine de 2022 sur la réduction de l'inflation, signée en août, autorise, malgré son nom, des investissements majeurs qui permettront de réduire l'utilisation des combustibles fossiles. La législation, précédemment connue sous le nom de "Build Back Better", était bloquée au Sénat depuis des mois et pourrait l'être encore, si ce n'était de l'inquiétude généralisée des électeurs face aux prix élevés de l'énergie, reflétée dans le changement de nom du projet de loi à la dernière minute.

Bien que ces initiatives et d'autres mesures plus récentes puissent ne pas répondre aux espoirs de certains défenseurs du climat, elles constituent des avancées majeures vers l'objectif de durabilité et permettront d'avancer le pic de la demande mondiale de pétrole.

En ce moment, le marché pétrolier a paradoxalement besoin d'une expansion de la capacité de production mondiale. Pendant des décennies, les principaux pays producteurs ont maintenu des capacités inutilisées, pour compenser les interruptions éventuelles d'approvisionnement partout où elles pouvaient se produire. Ces capacités inutilisées ont été mises à contribution, par exemple, pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, et pendant l'occupation du Koweït par l'Irak en 1990-91. 

Actuellement, seuls 3 millions de barils par jour sont disponibles, principalement en Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis.

À l'heure actuelle, un producteur de pétrole doit hésiter à augmenter sa capacité. Un pic mondial de la demande de pétrole est proche, mais son timing est incertain. Aucun producteur de pétrole ne souhaite investir dans l’augmentation de sa capacité de production qui pourrait n'être utilisée que brièvement avant de devenir inutile. Seuls les producteurs aux coûts les plus bas, tels que l'Arabie Saoudite, qui peuvent dégager une marge bénéficiaire même dans des conditions de marché déprimées, sont susceptibles de prendre un tel risque. 

La coopération pour une transition en douceur 


En attendant, les fournisseurs de pétrole qui se projettent dans les décennies à venir peuvent être rassurés de savoir que la population de chevaux n'a pas entièrement disparu. Partout, les chevaux continuent d'être utilisés pour garder le bétail et contrôler les foules. Les courses de chevaux de race pur-sang, le saut d'obstacles, le steeplechase, le polo et l'équitation de loisir restent populaires. Aujourd'hui, environ 850 000 chevaux sont encore actifs au Royaume-Uni.

Tout comme les chevaux n'ont pas complètement disparu, les combustibles fossiles ne disparaîtront pas de l'économie mondiale. Au-delà des transports, les divers processus industriels nécessitant des combustibles fossiles ne peuvent pas facilement passer à l'électricité verte. Le déclin de la demande mondiale de pétrole, qui n'a pas encore commencé, sera influencé par le rythme d'introduction des alternatives des utilisateurs industriels et des nouvelles technologies. En outre, le déclin peut être modéré dans la mesure où le captage, l'utilisation et le stockage du carbone (CCUS) et le captage direct dans l'air (DAC) deviennent commercialement rentables.

La transition vers l'abandon des combustibles fossiles pourrait être plus douce que la transition vers l'abandon des transports tirés par des chevaux. Les éleveurs de chevaux n'avaient pas les compétences requises par la nouvelle industrie automobile des années 1910 et 20 (même si quelques fabricants de boguets et leurs fournisseurs en avaient).

Les compagnies pétrolières, en revanche, ont de nombreuses compétences transférables qui pourraient aider et accélérer la transition énergétique actuelle : expérience de la planification, de la gestion et du financement de gigantesques projets d'infrastructure, l'expérience du développement de nouvelles technologies et de leur application dans de nouvelles situations, et l'expérience de la garantie de la sécurité de l'approvisionnement en énergie de la tête de puits jusqu’à l'utilisateur final.

Certains écologistes préconisent de manière irréaliste l'élimination immédiate des combustibles fossiles, tandis que certains producteurs de pétrole espèrent de façon irrationnelle préserver le statu quo. Ils pourraient coopérer davantage pour faciliter la transition. Un nouveau forum est nécessaire, dans lequel chaque partie impliquée dans la transition a sa place. La série de conférences sur le climat des Nations Unies "conférence des parties" (COP) est inadéquate car seuls les gouvernements - en tant que signataires de la convention-cadre sur les changements climatiques - sont officiellement invités. Une collaboration plus large sera nécessaire pour garantir que chaque contribution possible à la transition soit entendue, et qu'une voie optimale puisse être recherchée.
Mais même en l'absence d'une telle collaboration, la transition avancera, tout comme la voiture à moteur a inexorablement remplacé la calèche.

Nordine Ait-Laoussine est un ancien ministre algérien du pétrole et John Gault est un économiste indépendant spécialiste de l'énergie basé en Suisse. Les opinions exprimées dans cet article sont celles des auteurs.

Cet article a été initialement publié en anglais le 14 octobre 2022 dans World Energy Opinion / Energy Intelligence Group.

2 septembre 2022

Un éclairage… pour qui?

Entremont Autrement réfléchit aux moyens de lutter concrètement et efficacement contre le gaspillage énergétique.

Une photo vaut parfois tous les discours:


Mardi 23 août, 22h15, Martigny: le magasin Lidl de la rue du Levant est complètement illuminé. Tous les plafonniers sont allumés. Même si on le distingue mal sur la photo, les lumières des frigos du fond du magasin sont également allumées. Le magasin est, bien entendu, fermé.

A quelle impératif commercial cet état de fait correspond-il? On pourrait tout à fait imaginer que les lumières du magasin soient éteintes durant les heures de fermture. Cela ne représenterait:

- aucun tort commercial
- aucun inconvénient pour le consommateur
- permettrait à Lidl de réduire ses dépenses et d’éponger ainsi une partie de l’augmentation des coûts liés à l’inflation.




31 août 2022

Face à la possible pénurie d’énergie à venir, que faire? Comment réagir?

Le 24 février dernier, lorsque la Russie envahit l’Ukraine dans la stupeur générale, débute une crise géopolitique majeure. La guerre « classique » est de retour sur notre continent, option que nous étions nombreux à considérer comme définitivement reléguée aux cours d’histoire. Or, dans de nombreux ministères européens, une autre menace apparaît - il ne s’agit ni de chars, ni de bombes: la perspective d’une gigantesque crise énergétique. Depuis des décennies, l’Europe dépend pour son approvisionnement des importations de gaz et de pétrole russes.

Depuis plusieurs semaines, les différents gouvernements européens, ainsi que le Conseil fédéral nous avertissent de possibles pénuries l’hiver prochain. Vous avez peut-être remarqué que le sujet revient fréquemment dans les discussions: faudra-t-il que nous baissions le chauffage dans notre logis? Faut-il que nous éteignons les enseignes lumineuses des magasins? Faudra-t-il débrancher les remontées mécaniques? Certains spécialistes envisagent même des « délestages », c’est-à-dire des coupures planifiées de courant durant plusieurs heures par jour.

Il faut bien comprendre que derrière cette pénurie d’énergie s’agglomèrent des problématiques très différentes:

- la question du manque de gaz: pour les ménages qui se chauffent au gaz essentiellement et pour l’industrie. Très liée à la situation en Ukraine.
- la question de pétrole: nous ne devrions pas connaître de véritable pénurie de pétrole en Suisse, par contre ce sont les coûts qui pourraient exploser, réduisant fortement le pouvoir d’achat. Partiellement liée à la situation en Ukraine, mais dépendant également de nombreux autres facteurs sans rapport avec la guerre.
- la question du manque d’électricité: pour l’ensemble de la population. Mais qui dépend aussi de problèmes structurels, des tensions sur le marché électrique européen. M. Guy Parmelin avait d’ailleurs déjà alerté la population de ce risque de pénurie à l’horizon 2025 bien avant la survenue de la guerre en Ukraine.


La semaine dernière, la Confédération a publié un premier plan mis en consultation pour gérer la crise. Ce plan tente d’envisager, par degrés, des scénarios très différents, allant de la simple recommandation d’économie d’énergie à des mesures beaucoup plus contraignantes.

Enfin, après un été où la sécheresse a été historique, toutes ces questions viennent se télescoper avec la crise plus globale du réchauffement climatique et des mesures que nous devons prendre pour l’enrayer.

Chez Entremont Autrement, nous souhaitons nous poser franchement ces questions. Et dépasser le simple constat. Nous souhaitons faire des propositions concrètes et constructives pour la population, pour les PME locales et pour nos collectivités. Nous voulons éviter de nous cantonner au discours alarmiste et esquisser quelques pistes qui puissent servir à tous ceux qui souhaitent contribuer à l’effort commun.

Notre objectif est de proposer des solutions:

  • applicables le plus rapidement possible, à un niveau local ou régional
  • efficaces en termes d’économies d’énergie
  • avec l’impact le plus modeste possible sur les modes de vie
Chaque mesure prise isolément semblera futile (on ne règlera pas la crise globale simplement en débranchant les appareils en veille), mais viendra s’additionner aux petits gestes du quotidien qui ensemble ont un impact.

Nous souhaitons au-delà de la menace et de l’anxiété que celle-ci peut occasionner, voir dans cette situation une opportunité.

J. Lovey

26 mai 2022

Combler l’écart entre ambitions et réalités : Un nouveau Modus Vivendi

par Nordine Ait-Laoussine et John Gault , Chez-les-Reuses

À la veille de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, nous avons appelé à une collaboration entre les exportateurs et importateurs de pétrole pour faciliter l'inévitable transition énergétique vers une moindre dépendance aux combustibles fossiles. Peu de temps après, le PDG de Saudi Aramco a appelé à la création d'un "forum mondial sur la transition énergétique" pour "combler le fossé entre l'idéalisme et le pragmatisme avec un plan de transition pratique, stable et inclusif, sans compromettre nos objectifs climatiques". Quelques semaines plus tard, le ministre de l'énergie des Émirats arabes unis a déclaré que "nous devons être des planificateurs sages et à long terme, et nous entendre avec les IOC [compagnies pétrolières internationales] et les NOC [compagnies pétrolières nationales] si nous voulons avoir un avenir énergétique durable et abordable". De telles invitations émanant des principaux exportateurs de pétrole constituent un soulagement bienvenu aux malentendus entre producteurs et consommateurs de pétrole. Trop souvent, les producteurs et les consommateurs ont semblé vivre dans des mondes différents. Aujourd'hui, plutôt que de s'affronter, toutes les parties doivent s'asseoir du même côté de la table pour discuter de la meilleure façon de conduire la transition énergétique.

 
La guerre en Ukraine a perturbé la voie de la transition en stimulant la demande en énergies fossiles provenant de sources considérées comme sûres à court terme, tout en motivant des investissements plus rapides dans les énergies renouvelables, accélérant ainsi la transition. La guerre a mis en évidence les décalages temporels entre les investissements énergétiques et l'approvisionnement en énergie. Pourtant, ces mêmes décalages sont une des raisons principales pour lesquelles la collaboration entre les acteurs de l'énergie est indispensable.

 
Aucun investisseur raisonnable ne développera de nouvelles capacités de production et de transport de gaz naturel pour répondre aux besoins urgents de l'Europe en matière de diversification de son approvisionnement sans avoir l'assurance que ses clients continueront à utiliser la production supplémentaire pendant toute la durée de vie du projet. Le PDG d'Aramco l'a exprimé ainsi : "Qui va investir alors que la demande est censée diminuer juste au moment où vous commencez à recevoir un rendement sur vos investissements ?"
Les importateurs d'énergie qui désirent acquérir des quantités supplémentaires de pétrole et de gaz pour combler temporairement leurs besoins jusqu'à ce qu'une capacité d'énergie alternative suffisante soit développée, découvriront qu'ils doivent prendre un engagement plus permanent. Les exportateurs d'énergie s'attendent logiquement à ce que les installations qu'ils développent pour répondre aux besoins immédiats des importateurs ne seront pas mises au rebut dès que leurs clients n'en auront plus besoin.
La guerre en Ukraine pose un autre défi connexe qui ne peut être résolu que par la collaboration. Si les échanges internationaux ont bénéficié d'une longue période de calme relatif, durant laquelle la plupart des litiges pouvaient être réglés par la renégociation ou résolus par l'arbitrage, la rupture brutale des relations avec la Russie dans le domaine de l'énergie, du commerce et de l'investissement a mis fin à cette période. Les investisseurs ne peuvent ignorer les conséquences douloureuses des sanctions et des désinvestissements récents. Ils deviendront plus prudents et peu enclins à risquer l'avenir.
 

Remettre sur les rails


Sans collaboration effective, la transition énergétique mondiale, qui nécessite des investissements massifs, pourrait stagner. Selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), la limite du réchauffement de la planète à 1,5 °C nécessite une augmentation des investissements de 4 000 milliards de dollars par an d'ici à 2030. Le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) estime que ce même objectif nécessitera 2 700 milliards de dollars par an en moyenne entre 2023 et 2050 pour le seul secteur de l'électricité. Une grande partie de ces investissements devront être réalisés dans les pays à faible revenu. Mobiliser des investissements de cette ampleur nécessitera une plus grande collaboration entre toutes les parties prenantes, qu'elles soient exportatrices ou importatrices d'énergie.
Le meilleur argument en faveur d’une collaboration étendue réside dans le fait que les scénarios "zéro émission" développés par le GIEC ou l'AIE ne sont pas auto-exécutoires. Ces modèles complexes produisent ce qui semble être des courbes lisses qui conduiront au cours du siècle vers des niveaux d'émissions considérablement plus limités. Mais la transition énergétique nécessite la mise en œuvre de nombreux projets individuels et le développement et le déploiement de technologies dont certaines ne sont pas encore commercialement viables. Chaque projet peut faire face à une opposition locale, dans des juridictions où les recours des opposants peuvent persister pendant une décennie ou plus. La coordination entre les investisseurs et les gouvernements peut aider à rassembler les projets individuels en un programme cohérent dont le résultat se rapprochera des scénarios modélisés.
Dans l'immédiat, les importateurs et les exportateurs doivent s'adapter à la réorientation des flux d’énergies fossiles provoquées par la guerre en Ukraine et les sanctions qui en découlent contre la Russie. Il s'agit là d'une distraction indésirable et nuisible aux objectifs de la transition à plus long terme consistant à réduire progressivement la consommation d’énergies fossiles. Les augmentations des prix de l'énergie, ainsi que les perturbations de la chaîne d'approvisionnement d'autres biens et matériaux, ont contribué à une poussée de l'inflation. La solution passe par des approvisionnements supplémentaires, complétés par la réduction des stocks stratégiques. Pendant des décennies, l'OPEP a maintenu des capacités de production inutilisées dans plusieurs pays membres et a fait appel à cette capacité pour modérer les hausses de prix soudaines dans des circonstances analogues à celles vécues aujourd'hui - par exemple, pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980 et pendant la crise du Koweït en 1990-1991.

 
À plus long terme, les études les plus récentes de l'AIE et du GIEC indiquent que, pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, la consommation en énergies fossiles devra bientôt amorcer une baisse conséquente, mais ils devront aussi continuer à jouer un rôle important dans l'approvisionnement énergétique mondial pendant encore de nombreuses décennies. Les parties prenantes doivent donc accepter le défi lancé par le PDG d'Aramco de collaborer pour passer de l'idéalisme au pragmatisme, facilitant ainsi la transition énergétique dans l’intérêt de tous.

 

Collaboration mondiale


 
Un "forum mondial sur la transition énergétique" pourrait s'appuyer sur les collaborations existantes et les renforcer en axant ses efforts sur les projets suivants : réduire les émissions de méthane, développer de nouveaux projets de capture et de séquestration du carbone (notamment pour les émissions des centrales électriques et des industries), accélérer considérablement les efforts de reforestation et faciliter l’accès aux énergies renouvelables aux populations qui n'ont pas accès à un approvisionnement régulier d'électricité. Les compétences et les ressources dont disposent actuellement les consommateurs, les producteurs et les entreprises, si elles étaient mises à profit conjointement et de manière coordonnée, pourraient conduire à des résultats bien plus importants que ceux obtenus par un groupe travaillant seul.
L'OPEP, les IOC et les NOC se plaignent d'avoir été ignorés lors des rencontres internationales sur le climat, dominées selon eux par les consommateurs et les organisations environnementales. Sans la collaboration des exportateurs d'énergie et des entreprises, la transition risque de manquer son objectif. La collaboration de toutes les parties sur des projets à haute visibilité tels que ceux mentionnés ci-dessus permettrait d'aligner les intérêts et les capacités des parties prenantes, et de faire progresser l'objectif commun. Aujourd'hui, nous devons réitérer notre conclusion de 2019 : "L'option qui consiste à poursuivre la demande actuelle [...] n'est pas vivable. Nous devons tous faire mieux."

 
Nordine Ait-Laoussine est un ancien ministre algérien du pétrole et John Gault est un économiste indépendant de l'énergie basé en Suisse. Publié en anglais le 29 avril par Energy Intelligence Group.

5 avril 2022

Tournant : Une stratégie finale de coopération pour une transition énergétique ordonnée.

de Nordine Ait-Laoussine et John Gault

Les plus grands importateurs de pétrole et de gaz du monde et les plus grands exportateurs ne sont pas sur la même longueur d'onde. Les importateurs - qui, jusqu'à présent, donnent le ton dans le débat mondial sur le climat - insistent pour accélérer la transition vers l'abandon des combustibles fossiles. Les pays exportateurs de pétrole et de gaz doivent relever le défi de la transition énergétique tout en retardant le plus possible la perspective de la mise au rebut de leurs actifs. L'incapacité de chacun à reconnaître les préoccupations de l'autre crée déjà des problèmes ingérables pour les deux. Nous pensons qu'une collaboration entre les deux parties permettrait d’avancer le débat dans la bonne direction.

Les pays importateurs, dont les plus grands émetteurs de dioxyde de carbone, insistent pour que toutes les nations prennent des engagements toujours plus ambitieux en matière de réduction des émissions. Lors de la COP26 à Glasgow en novembre dernier, une déclaration conjointe des États-Unis et de la Chine a noté l'écart important entre les engagements nationaux annoncés à ce jour et ce qui sera nécessaire pour atteindre les objectifs de l'accord de Paris. Les États-Unis et la Chine ont appelé à "combler cet écart dès que possible, notamment en intensifiant les efforts."

Au nom des pays exportateurs, l'OPEP participe depuis des décennies aux conférences des Nations Unies sur le changement climatique, attirant l'attention sur les problèmes auxquels sont confrontées les économies dépendantes des exportations de ressources et les nations à faible revenu qui ont besoin de combustibles fossiles pour se développer. Le secrétaire général élu de l'organisation a annoncé son intention de chercher à "jouer un rôle plus important, à avoir davantage voix au chapitre, à participer davantage et à être plus visible dans ce dialogue... à jouer un rôle plus proactif", laissant entendre que le plaidoyer passé de l'OPEP n'a pas suffisamment influencé le débat mondial.

Les actions récentes de l'OPEP+ reflètent cette position plus déterminée et révèlent - explicitement ou implicitement - la stratégie finale du groupe :

Premièrement, maintenir le flux de revenus le plus élevé possible aussi longtemps que possible afin de retarder les conséquences néfastes de la transition et de faire face aux investissements dans la diversification économique. Ce transfert de richesse au détriment des nations importatrices de pétrole réduit simultanément la capacité financière des importateurs à investir dans leur propre diversification énergétique.

Deuxièmement, ignorer l'impact des prix élevés du pétrole sur les consommateurs de pétrole, ainsi que les plaidoyers du président américain Joe Biden et d'autres pour accroître suffisamment l'offre afin de faire baisser les prix. L'inquiétude concernant l'amenuisement de la capacité de production excédentaire de l'OPEP n'a même pas été soulevée lors de la réunion de l'OPEP+ du 2 février.

Troisièmement, ignorer l'impact des prix du pétrole sur l'inflation mondiale plus large et l'obstacle que l'inflation peut représenter pour les investissements dans les énergies propres dans les pays importateurs de pétrole.

Quatrièmement, ignorer le risque que les prix élevés du pétrole freinent la demande de pétrole et accélèrent le pic de la demande mondiale.

Encouragés par leur succès actuel à maintenir la ligne de prix à des niveaux relativement excessifs, les principaux producteurs de l'alliance OPEP+ pourraient redoubler d'efforts en matière de gestion du niveau de leur production afin de rester fermement maîtres du marché. Leur objectif est de prolonger la durée de vie de leurs réserves de combustibles fossiles aussi longtemps que possible, tout en se préparant, techniquement et financièrement, à une transition incontournable vers une économie à faible émission de carbone.

Ils contrôlent l'essentiel des exportations de pétrole et de gaz et comptent sur le réalignement des objectifs de l'Arabie Saoudite et de la Russie. Avec ses coûts de production les plus bas, l'Arabie Saoudite semble déterminée à rester maîtresse du marché pétrolier, tandis que la Russie renforce son pouvoir sur le marché du gaz naturel grâce à sa production extensive de gaz à faible coût.

L'alliance OPEP+ semble désormais moins préoccupée qu'auparavant par les conséquences de ses actions sur les perturbations temporaires du marché ou la volatilité de l'expansion économique mondiale. L'aspiration historique à préserver suffisamment de ressources pour les générations futures, généralement partagée par les membres, perd de sa pertinence et certains d'entre eux sont davantage préoccupés par la crainte de se retrouver avec des actifs échoués.

Au moment où la demande pétrolière continue d’augmenter, les exportateurs devraient saisir leur dernière chance d'exercer un pouvoir économique et politique et de faire entendre leur voix dans les débats sur le climat, avant que la consommation mondiale de pétrole ne commence son inévitable déclin.

Retards du côté des importateurs


Dans le même temps, les pays importateurs de pétrole se rendent compte que leur propre transition énergétique sera un processus plus long et plus difficile que prévu. La production de véhicules électriques a été retardée - quoique peut-être temporairement - par des perturbations de la chaîne d'approvisionnement dues à la crise sanitaire.

La législation de M. Biden autorisant des investissements massifs dans les infrastructures afin de respecter les engagements des États-Unis en matière de changement climatique est bloquée au Sénat américain. L'opposition publique aux taxes sur les émissions a été enregistrée en France (mouvement des gilets jaunes) et en Suisse (rejet populaire de la loi sur le CO2 en juin 2021).

L'UE reconnaît désormais qu'elle aura besoin de gaz naturel pendant une période prolongée pour remplacer les centrales électriques au charbon, et que sa forte dépendance à l'égard des importations de gaz russe nécessite, pour des raisons de sécurité, des investissements dans des infrastructures gazières alternatives - malgré le souhait précédemment exprimé par l'UE d'éviter tout nouvel investissement dans les combustibles fossiles.

Les exportateurs et les importateurs sont confrontés à des défis similaires. Pour les uns comme pour les autres, la fin de l'ère du pétrole promet d'être longue et complexe.

À terme, les pays exportateurs de combustibles fossiles doivent diversifier leurs économies pour ne plus dépendre des exportations de ressources naturelles, mais ils savent que ce processus sera très long. Parallèlement, les pays importateurs de combustibles fossiles commencent à réaliser l’étendue du temps qu'il leur faudra pour diversifier leur consommation d'énergie aux dépens des combustibles fossiles.

Les avantages de la collaboration


Les importateurs et les exportateurs de pétrole et de gaz pourraient collaborer pour faciliter leurs transitions mutuelles. Les importateurs pourraient reconnaître le besoin d'assistance des exportateurs pour diversifier leurs économies en proposant des investissements alternatifs, des transferts de technologie et le développement des ressources humaines.

Par exemple, la ministre allemande des affaires étrangères, avant sa visite de janvier à Moscou, a évoqué "des possibilités de coopération [...] dans les domaines de la science et de la culture, des échanges et des investissements, des énergies renouvelables et de la lutte contre la crise climatique, dont l'impact se fait de plus en plus sentir en Russie comme ailleurs".

La déclaration russe de haut niveau à l'ouverture de la COP26 exprimait ainsi la même idée : "Le changement climatique exige que tous les pays travaillent ensemble pour partager leurs connaissances et leurs outils. Il ne devrait y avoir aucune discrimination ou restriction empêchant les pays d'accéder et d'utiliser les technologies et les outils financiers qui faciliteront le développement de nouvelles infrastructures durables, le captage et le stockage, la décarbonisation, l'amélioration de l'efficacité énergétique et le soutien à la transition vers des énergies propres."

Le secrétaire général sortant de l'OPEP, s'adressant à la COP26, a exprimé un point de vue similaire : "Les pays en développement ont souligné la nécessité d'un soutien accru, notamment en termes de ressources financières, de développement et de transfert de technologies, et de renforcement des capacités, ainsi que d'un nouvel objectif collectif pour le financement du climat, afin d'aider l'adaptation et de soutenir les ambitions accrues en matière d'actions d'atténuation du réchauffement du climat."

Le directeur de l'AIE, qui, en mai dernier encore, avait prévenu que l'atteinte d'émissions nettes de carbone nulles d'ici 2050 impliquait une forte réduction de la consommation mondiale de pétrole, qui passerait de 100 mbj aujourd'hui à 24 mbj seulement, exhorte désormais l'OPEP+ à accroître sa production. Pas plus tard que la semaine dernière, il a déclaré : "Il est important de discuter de la manière dont cette transition [énergétique] peut être effectuée de manière ordonnée."

Les exportateurs de pétrole devraient admettre que les prix élevés du pétrole peuvent jouer en leur défaveur à long terme, et proposer à la place d'accélérer leurs propres réductions d'émissions (en particulier les émissions de méthane) en échange d'une aide pour leur transition énergétique. Les exportateurs et importateurs de pétrole pourraient collaborer à un programme visant à fournir de l'énergie renouvelable aux 770 millions d'êtres humains qui n'ont toujours pas accès à l'électricité. Si la volonté et la confiance sont au rendez-vous, de nombreuses formes de coopération entre exportateurs et importateurs pourraient faciliter la fin de l'ère du pétrole.

Les auteurs sont des consultants indépendants en énergie basés en Suisse. Nordine Ait-Laoussine est également un ancien ministre algérien de l'énergie. Une version anglaise de cet article a été publié le 23 février 2022 par Energy Intelligence Group, World Energy Opinion.

John Gault 
Chez-les-Reuses

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