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31 décembre 2022

Dénazifier l'Ukraine? Vraiment?

Lorsque Vladimir Poutine, au matin du 24 février 2022 donne l'ordre d'invasion de l'Ukraine à ses troupes, il énonce deux objectifs: démilitariser l'Ukraine et la dénazifier. Ce terme de "dénazification" a profondément choqué en Occident, en partie parce qu'il était totalement hors de propos. Après plus de dix mois d'une guerre qui s'apparente de plus en plus à un échec pour l'armée russe, ce terme semblait avoir disparu de la rhétorique du Kremlin. Pourtant, il y a quelques jours à peine, Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires étrangères l'a repris à son compte.

Le présent article souhaite faire le point sur l'utilisation de ce mot pas anodin. Afin de constater s'il est approprié ou non à l'Ukraine moderne, il convient d'abord de bien comprendre à quoi il faut référence.


Quelles sont les caractéristiques de l'état nazi?
Entre 1933 et 1945, l'Allemagne vit sous un régime nazi. Voici ce que la plupart des historiens considèrent comme les principales caractéristiques de cet état ou comme ses lignes directrices:
  1. un racisme d'état: c'est la partie la plus connue du nazisme. Un état profondément raciste, qui classe les populations selon leur "race", et qui place en haut de l'échelle "la race aryenne", descendante supposée des chevaliers teutoniques. Dans cette logique, une race supérieure est censée gouverner les races inférieures. Ce racisme est évidemment doublé d'un fort antisémitisme. Les Juifs étant considéré, dans Mein Kampf, comme une race inférieure. Cette théorie est soutenue par un fort complotisme, imaginant cette communauté sur le point de mettre en oeuvre un "Nouvel Ordre mondial". C'est notamment cette pensée qui est à l'origine de l'Holocauste.
  2. une volonté pangermaniste: Adolf Hitler théorise à plusieurs reprises sa volonté de réunir en une seule nation toutes les populations germanophones (principe du pangermanisme). C'est ainsi, sous prétexte de protéger les populations germanophones locales opprimées qu'il décide d'envahir les Sudètes en 1938 (région de la Bohème en ex-Tchéquoslovaquie). C'est ce même principe qui motive l'Anschluss de l'Autriche en 1939. On peut parler de volonté nationaliste.
  3. une rhétorique impérialiste: dans Mein Kampf, Hitler insiste en long et en large sur le fait que la peuple allemand (Deutsches Volk) est à l'étroit dans ses frontières et qu'il lui faut agrandir son espace vital (Lebensraum). L'expansion du Reich à l'Est était donc présentée comme un élément de survie pour répondre à l'accroissement démographique allemand. Cela explique une bonne partie du pacte germano-soviétique de 1939 qui signe à la fois un accord de non-agression entre l'Allemagne et la Russie, mais qui définit aussi des "sphères d'influence" aux deux états.
  4. un état totalitaire: cela signifie que l'état à vocation à s'occuper de tous les aspects de la vie de ses habitants. Cette logique totalitaire mène forcément à un régime fasciste. L'Allemagne refuse progressivement le multipartisme; peu à peu les structures de l'état et celles du Parti se confondent; le rôle du Parlement est fortement diminué. On instaure un culte du chef qui n'est dès lors plus seulement un chef d'Etat, mais un "Guide"
  5. une profonde aversion pour le communisme: Hitler détestait viscéralement les bolchéviques et il les cite en permanence dans son livre comme des ennemis. Il convient de chasser les communistes d'Allemagne.
On pourrait certainement citer d'autres éléments constitutifs du nazisme, il nous semble pourtant avoir relevé les plus saillants.

Ces caractéristiques sont-elles applicables à l'Ukraine contemporaine?
Si nous reprenons ces 5 caractéristiques majeures du nazisme, sont-elles applicables à l'Ukraine d'avant le 24 février 2022? Le Kremlin avait-il raison de voir un régime nazi à la tête de l'Ukraine?
  1. un racisme d'état: les lois ukrainiennes ne définissent pas une hiérarchie entre les "races", pas plus qu'il ne parlerait de peuples qui seraient supérieurs aux autres. Les idéologues pro-russes prennent souvent l'exemple de la loi votée par le Parlement de Kiev en 2019 instituant l'ukrainien comme seule langue d'état en Ukraine, comme une loi anti-russe. Contrairement à ce qui est souvent présenté, la langue russe n'est pas interdite en Ukraine (la majorité de la population étant russophone cela serait une aberration), mais l'ukrainien est définit comme seule langue officielle. Cela n'empêche pas aux citoyens de s'exprimer dans d'autres langues (lire les explications de la RTBF). Concernant l'antisémitisme de l'état, strictement rien ne l'atteste, surtout que Volodymyr Zelensky est... juif!
  2. une volonté "panslaviste": à aucun moment, l'état ukrainien n'a émis, à notre connaissance, l'idée d'unifier toutes les populations slaves dans une seule nation. Au-delà de liens très étroits entre les communautés slaves et les liens familiaux omniprésents entre les Russes et les Ukrainiens, le peuple ukrainien semble au contraire vouloir mener son propre chemin, ce qui a fortement irrité de l'autre côté de la frontière.
  3. une rhétorique impérialiste: l'Ukraine n'a jamais fait mention d'une quelconque volonté impérialiste ou expansionniste. Par contre, elle a manifesté avant 2022 par de nombreux signaux sa volonté de se rapprocher de la "sphère d'influence" européenne.
  4. un état totalitaire: l'Ukraine est une démocratie, certes imparfaite, mais qui connaît un multipartisme, des élections régulières (tous ses voisins ne peuvent pas en dire autant). Les structures des partis ne sont pas celles de l'état.
  5. une profonde aversion pour le communisme: comme le communisme russe est tombé au début des années 90, cette catégorie n'est plus vraiment pertinente.
Le format d'un article sur le blog d'EA ne permet pas de rentrer dans chaque détail de cette histoire passionnante: chaque élément mériterait largement son propre article. Les éventuels lecteurs pro-russes de ce blog me reprocheront de faire l'impasse sur le régiment Azov ou sur la réhabilitation partielle de Stepan Bandera, j'y consacrerai volontiers un autre article à l'occasion. Ces éléments ne remettent nullement en question le fait qu'il est absolument inapproprié de citer de "nazisme" pour parler de l'état ukrainien. Cette rhétorique de Vladimir Poutine est donc une ineptie qui ne vise qu'à aiguillonner le sentiment patriotique de sa population. 

29 décembre 2022

Le temps d'un Grand Débat sur les services publics en Valais

Ces derniers temps, plusieurs articles de journaux ont mis en évidence les problèmes de personnel dans plusieurs services publics cantonaux. Le Valais fait face à des pénuries dans plusieurs secteurs cruciaux. Petite revue de presse, non exhaustive.


La santé sous forte pression

14 décembre: les urgences de l'hôpital de Martigny pourraient être contraintes de fermer la nuit (Nouvelliste). En cause un plan de réduction des coûts? Non, plus prosaïquement, il manque de médecins urgentistes pour assurer ce service. Conséquence: les patients devraient être redirigés vers l'hôpital de Sion, ce qui n'est pas sans poser d'importants problèmes (voir juste ci-dessous).

23 décembre: la RTS réalise un reportage aux urgences de Sion qui appréhendent les fêtes de fin d'année en raison d'un afflux important de touristes à prévoir. Or, les services hospitaliers sont déjà débordés par la grippe, la bronchiolite et les pathologies "ordinaires".

14 juillet: la pénurie de personnel ne date pas de décembre puisque l'été dernier déjà, le journal 20 Minutes annonçait que des opérations devaient être repoussées en raison d'un manque de techniciens en salle d'opération. Le même journal publiait le 14 octobre un second article sur la même problématique.

Et cela ne concerne pas que les soins hospitaliers, car on a appris le 23 décembre toujours, dans le Nouvelliste, que le personnel manquait également dans les EMS du canton, forcés de recruter des employés sur la plateforme en ligne JobUp.


Une justice valaisanne dysfonctionnelle?

Les dysfonctionnements du Ministère public valaisan sont connus depuis longtemps, c'est le Conseil de la Magistrature qui l'affirme dans un rapport paru fin novembre 2022. La RTS se fait alors l'écho d'un manque de personnel dans les tribunaux valaisans ce qui ne permet pas de suivre correctement les dossiers.

En avril 2022, le Nouvelliste rapportait déjà l'augmentation des affaires à traiter, le manque de personnel, et la nécessité d'une réforme de la justice valaisanne. Autre problème soulevé: le manque de place "pour l'exécution des mesures thérapeutiques institutionnelles".

Et cette situation a des conséquences très concrètes: le Nouvelliste révélait le 28 décembre qu'un prévenu (le chef de la sécurité de la commune de Bagnes) ne serait finalement pas jugé en raison d'une justice trop lente. En effet, dans le cadre d'un accident ayant tué un cycliste, la justice valaisanne a laissé traîner l'affaire au point que le délai de prescription a été dépassé. L'accident mortel remonte à... 2013.


Pénurie d'enseignants en vue?

13 mai 2022: Rhône FM se fait l'écho d'une pénurie d'enseignants dans le Canton. Des retraités pourraient être appelés à la rescousse. Cette situation ne touche pas que le Canton du Valais et concerne même l'ensemble des Cantons suisses, comme le révélait dernièrement le Blick.

La FMEP (Fédération des Magistrats, des Enseignants et du Personnel de l'Etat du Valais) s'alarme également du manque d'enseignants et craint une pénurie pour les prochaines années.

En août 2019, la RTS expliquait déjà que des étudiants de la HEP étaient appelés en renfort dans des classes du Haut-Valais pour pallier la pénurie d'enseignants.


Une police en sous-effectif? Ou pas...

Juin 2019le Nouvelliste affirme que le Valais manque de policiers. Pire, il ne respecte pas le ratio légal d'un policier pour 650 habitants. Pour autant, Stève Léger, porte-parole de la police cantonale, affirme le 5 novembre 2022 sur Rhône FM que le Valais ne connaît pas de problème de relève.


Un problème de main d'oeuvre large

Le taux de chômage particulièrement bas (2,3% dans le Valais romand à l'été 2022 et 0,5% dans le Haut-Valais) entraînent une véritable chasse au personnel qualifié dans de nombreux secteurs (construction, restauration et domaine pharmaceutique).


Un nécessaire réveil du Grand Conseil

Face à ces problèmes généralisés, il faut une action politique forte. La santé, l'éducation, la sécurité et la justice représentent le coeur de l'action de l'Etat dans nos sociétés démocratiques. Voir que l'ensemble de ces domaines sont sous pression en raison d'un manque de personnel doit alerter les politiques. En particulier le Grand Conseil, notamment ses ailes PLR et UDC qui, arcboutées sur le principe du respect des finances cantonales ont imposé un "personal stop" incompréhensible (même si celui-ci épargne l'enseignement).

Aujourd'hui, le Grand Conseil valaisan doit lancer des états généraux sur les services publics. La thématique est complexe et ne dépend pas uniquement du Canton. Pour autant, elle est le coeur du mandat qu'ont reçu les députés valaisans, représentants du peuple pour lequel ces services sont absolument vitaux.

J. Lovey



22 juillet 2022

Ce que la guerre en Ukraine pourrait changer dans le programme d'Entremont Autrement

Cet article ne représente que les opinions de son auteur et pas forcément l'avis d'Entremont Autrement.

C'est peu dire que la guerre en Ukraine déclarée par Vladimir Poutine le 24 février dernier a rebattu les cartes sur le continent européen. Ce qui semblait impossible, c'est-à-dire l'invasion d'un pays européen par un autre état, s'est produit. Une première depuis la Deuxième Guerre! Depuis lors, c'est le grand branle-bas de combat dans les différents états du continent: livraisons d'armes à l'Ukraine, crise énergétique probable, inflation généralisée. Même les si pacifiques Suède et Finlande ont demandé leur adhésion à l'OTAN.

Dans quelle mesure, le mouvement Entremont Autrement a-t-il pris conscience des changements structurels majeurs que nous sommes en train de vivre? S'il ne s'agit pas de remettre en question notre programme politique pour le moment, quels pourraient être quelques inflexions (ou changements de braquet) à effectuer pour faire face aux multiples crises qui se profilent?



ARMEE ET SECURITE
Durant des années, nous avons soutenu une politique de désarmement et de désinvestissement dans l'armée, notamment en refusant des crédits pour l'achat d'avions de combat. L'invasion russe remet en question toute notre doctrine de sécurité:
  • aujourd'hui, il faut imaginer une augmentation des budgets d'armement fédéraux. En ce sens, l'initiative du PS, des Verts et du GSsA contre l'achat de F-35 a du plomb dans l'aile (si vous me passez l'expression).
  • l'interdiction pour nos industries d'exporter des armes dans un pays en guerre doit être interrogée également. Le Conseil fédéral va d'ailleurs étudier un amendement à cette loi.
  • la Suisse collabore déjà avec l'OTAN dans le cadre du Partenariat pour la Paix. Le Conseil fédéral a annoncé un rapprochement avec l'organisation depuis le début de la guerre. Faut-il aller plus loin et participer à la Force de réaction de l'OTAN? Cela ne remettrait d'ailleurs pas forcément en question notre neutralité.
  • La neutralité justement, ne doit-elle pas être redéfinie et adaptée à la situation actuelle? Un rapport particulièrement attendu du Conseil fédéral sur le sujet devrait arriver dans le courant de l'été 2022.
  • Il semble aujourd'hui très clair que la Suisse doit intensifier ses investissements dans la cybersécurité: plusieurs attaques contre des collectivités publiques ou institutions ces derniers mois montrent le caractère vulnérable de nos infrastructures. 

RELATIONS AVEC L'UNION EUROPEENNE
Depuis la résiliation des négociations autour d'un accord-cadre en mai 2021, le Conseil fédéral navigue à vue sur ce dossier et n'a proposé aucune réelle stratégie pour améliorer nos relations avec notre principal voisin et partenaire. Cette situation ne peut pas durer.
Pendant ce temps, les 27 membres de l'UE font front commun contre la Russie en prenant des sanctions fortes et se montrent unis face à la menace de crise énergétique. L'époque où l'UE semblait une coquille vide de technocrates bruxellois est révolue: mutualisation des dettes durant la pandémie, mise en place d'un plan de relance à 750 milliards (oui milliards!) d'euros dont une bonne partie sera investie dans la transition écologique, architecture pour une défense européenne commune, sanctions communes contre la Russie, négociation européenne de l'approvisionnement en gaz et en pétrole pour les 27 au lieu de négociations nationales, etc
  • la Suisse compte-elle rester éternellement à l'écart de cette Europe qui bouge et qui se réforme particulièrement vite? Elle a toujours cru que sa force était son autonomie, elle va se rendre compte cet hiver avec la crise énergétique à venir qu'elle a peut-être eu tort. Un vaste débat doit être relancé en Suisse sur une adhésion à l'UE ou au moins sur une signature de l'accord-cadre, à condition que Bruxelles ne se lasse pas de nos atermoiements.

ENERGIE
La menace d'une interruption des livraisons de gaz et de pétrole russe en Europe dès cet automne plane sur les différentes économies du continent. Cela pourrait avoir des conséquences bien concrètes pour nous tous.
  • La fermeture des centrales nucléaires dans le cadre de la stratégie énergétique 2050 doit-elle remise en question? Faut-il retarder l'interruption des moteurs et prolonger de quelques années la vie de ces centrales? Si cette idée répugne à une partie de la gauche, elle ne peut cependant pas être totalement écartée. Il faut par contre renoncer, comme l'on proposé certains partis, à en construire de nouvelles.
  • La privatisation (totale ou partielle) des sociétés énergétiques suisses était une grossière erreur. On se rend compte en situation de guerre à quel point ces structures sont indispensables: elles constituent un patrimoine commun. On a trop souvent dans ce pays étatisé les investissements et privatisé les bénéfices via des dividendes aux actionnaires: cela doit cesser.
  • La transition vers les énergies renouvelables doit être accélérée et devenir même un objectif de sécurité nationale. On voit à quel point, dans le contexte actuel, l'approvisionnement énergétique est crucial. La Suisse doit devenir la plus autonome possible à ce niveau. Cela implique que les collectivités publiques en fassent un objectif prioritaire, notamment en équipant l'ensemble des bâtiments communaux où cela se justifie de panneaux solaires.
  • La sobriété énergétique doit également devenir un enjeu prioritaire, autant en raison de la crise énergétique que de la crise climatique (la canicule de ces derniers jours est venu nous le rappeler). Toutes les communes doivent se doter rapidement de plans d'économies énergétiques en analysant dans le détail tous les secteurs où l'on gaspille actuellement de l'énergie: éclairage public, éclairage commercial, chauffage excessif, etc
  • L'Etat doit davantage aider les particuliers à effectuer cette transition énergétique en débloquant massivement des fonds, notamment sous formes de subventions pour les installations solaires, pompes à chaleur, etc.

Voici quelques questions et quelques propositions pour amender à l'avenir notre programme politique. Les plus grands changements interviennent souvent à l'occasion des crises. Nous pouvons faire en sorte que de cette invasion brutale et injustifiée de l'Ukraine, nous en ressortions avec une Suisse nettement plus forte, plus connectée, plus solidaire et nettement plus écologique. Derrière les crises, il faut parfois savoir repérer les opportunités de réforme.

J. Lovey

15 juillet 2022

En direct du "Sommerloch 2022"

Il n'y a pas que les vacanciers qui se mettent au vert en été, les journalistes passent également en mode "vacances" durant les mois de juillet et d'août. On voit alors fleurir de multiples séries ou "dossiers" au ton plus détendu:
  • sur les buvettes où tester un apéro estival (Femina)
  • sur les recettes exotiques pour passer un bel été (Nouvelliste)
  • ou sur 15 balades à faire autour d'une auberge (L'Illustré)


La plupart des médias dépêchent d'ailleurs leurs journalistes en claquettes-chaussettes comme envoyés spéciaux dans les nombreux festivals qui rythment la saison. Il faut bien le dire, en été, dans les médias, on s'emmerde un peu. En particulier chez les analystes politiques; il faut dire que le Parlement est en pause et que même les conseillers fédéraux lèvent le pied (l'occasion pour la RTS de faire un article également). Traditionnellement, cette période est appelée "Sommerloch" (trou de l'été) dans les médias suisses: en gros, une période où l'on n'a pas grand chose à dire, mais où il faut bien produire un journal quand même...

Alors dès qu'un semblant d'affaire semble pointer son nez, on en fait des tonnes. C'est le cas avec le conseiller fédéral Alain Berset, intercepté par la police de l'air française lors d'un vol en privé. Cette affaire est essentiellement rigolote: un ministre suisse se fait arrêter dans un pays voisin pour avoir survoler un terrain interdit. Cela n'aura aucun impact sur les relations franco-suisses, mais aura permis de faire les choux gras de la presse:
De manière plus surprenante, une partie de la presse alémanique parle d'une "lassitude" vis-à-vis d'Alain Berset et laisse entendre qu'il ferait peut-être mieux de démissionner. Cela est quand même assez étonnant. La presse a multiplié ces dernières semaines les articles sur des collaborateurs d'Alain Berset ayant eu des soucis avec la police, sans parvenir à montrer une quelconque implication du conseiller fédéral. Est-ce que  sous prétexte de torpeur estivale, on peut vraiment parler de lassitude? Lassitude de qui par ailleurs? De députés d'autres partis? Des journalistes eux-mêmes? A-t-on évoqué la même lassitude d'Ueli Maurer, conseiller fédéral depuis 13 ans? 



Je suggère que la presse range les tubes de crème solaire, les gobelets recyclables du Paléo, les fonds de tiroir fédéraux et s'intéresse davantage à l'automne très chargé qui nous attend. Une coupure complète des importations de gaz russe va très probablement entraîner à la fois une hausse massive des coûts de l'énergie et un véritable risque de pénurie qui pourrait toucher la population et les industries d'une manière inédite. La guerre inique menée par Poutine en Ukraine n'a pas fini de bouleverser en profondeur notre continent, même si une partie de la population commence à se désintéresser de ce conflit.
L'enlisement du dossier européen, dû à l'indécision du Conseil fédéral, va rendre nos relations avec nos partenaires directs plus compliquées encore. Les universités et la recherche voient déjà les effets de l'interruption des négocations sur l'accord-cadre; d'autres domaines pourraient être concernés bientôt. Cela sans compter une éventuelle reprise épidémique du Covid dans les prochaines semaines. Le Sommerloch pourrait bien céder la place à une Herbstfieber. On se rendra alors compte que le vol intercepté de Berset n'avait strictement aucun intérêt.

J. Lovey

22 août 2021

Nouvelle organisation du comité d'Entremont Autrement

Au lendemain de son assemblée générale du samedi 21 août 2021, le comité d'Entremont Autrement dévoile sa nouvelle organisation. Pour rappel, selon nos statuts, les nominations à la présidence et à la vice-présidence dépendent de l'assemblée générale, pour les autres postes, le comité choisit en interne son propre modèle de fonctionnement.


Présidence (coordination, relations extérieurs, affaires courantes): Jasmine Lovey

Vice-présidence (lien avec les élus, affaires courantes): Roxanne Giroud

Finances : Raphaël Moulin

Secrétariat (administration générale, gestion des membres): Vinciane Murisier

Communication (communication générale, relations presse): Josué Lovey

Evénements (actions de terrain, organisation des événements): Basile Darbellay

Section Orsières-Liddes-Bourg-Saint-Pierre (animation de la section, recrutement de membres, politique locale): Valérie Maret

Section Sembrancher (animation de la section, recrutement de membres, politique locale): Amélie Nicolò-Rebord

Section Val de Bagnes (animation de la section, recrutement de membres, politique locale): poste à repourvoir (intérim assuré par Roxanne Giroud)

Le comité annonce aussi la création d'un groupe stratégique, au rôle purement consultatif, afin de l'épauler et de le conseiller dans les grandes orientations stratégiques de l'association. Sa composition n'étant pas encore complètement connue, elle sera annoncée ultérieurement.

La rédaction

10 février 2021

Mon ami Bruce, il sait tout dans tous les domaines!

Aujourd’hui, il faut vraiment que je vous parle d’un ami. Il est extraordinaire. Je pense que tout le monde devrait apprendre à le connaître.

Il faut dire que l’on ne s’est pas vus depuis quelques années. Vous savez ce que c’est: on prend des chemins différents à la fin de l’école, on se perd un peu de vue. Et puis il y a cette fichue pandémie qui nous force à rester chez nous. Du coup, ces temps je le suis essentiellement sur Facebook.

Pour les besoins de cet article, on va appeler mon ami « Bruce ». C’est important la protection des données. Enfin, c’est Maître Fanti qui l’a dit dans le Nouvelliste donc ça doit être vrai.


Bruce, il est extraordinaire. Je vais vous dire pourquoi vous devriez tous le suivre sur les réseaux sociaux.  

Depuis le début de l’épidémie, Bruce ne se laisse pas impressionner. Il n’est pas du genre à avoir les chocottes face aux événements de la vie. Il m’a tout de suite dit que « les médias gonflaient l’affaire pour faire vendre de la publicité, mais qu’au fond ce n’était qu’une grippette semblable à la grippe saisonnière ». Il n’est pas facilement impressionnable Bruce, il en a vu d’autres. Puis, quand le Conseil fédéral a décidé de confiner toute la population, il m’a tout de suite frappé par son esprit de recul: « c’est juste pour prendre le contrôle de la population et instaurer une démocrature ». Il faut dire que Bruce suit de près toutes ces questions; il était déjà opposé aux antennes 5G. Lui, il est capable de faire des liens entre les choses. Il voit bien le nouvel ordre mondial qui est en train de se mettre en place. Moi, ça me dépasse tout ça, je suis aveugle (Bruce dit que je suis naïf). C’est quand même dommage qu’avec toutes ces études que mes parents m’ont payées je n’ai jamais rien vu venir. Quel gâchis!

C’est au moment de l’apparition de l’hydroxychloroquine qu’il m’a convaincu. Pour lui, c’était clair: «  le gouvernement n’avait pas intérêt à ce que cela se sache, sinon ils n’auraient jamais pu se faire des milliards avec des vaccins ». J’ai commencé par lui dire que le gouvernement ne se faisait pas d’argent, parce qu’au contraire la Confédération payait des milliards pour maintenir l’économie à flot. Puis, quelques mois plus tard, quand je lui ai dit que le vaccin d’AstraZeneca coûtait moins à l’unité que le traitement par hydroxychloroquine, il ne m’a pas répondu. Mais bon, avec la multiplication des plateformes de communication aujourd’hui, il n’a peut-être jamais reçu mon message. Va savoir.

Bruce, il est droit dans ses bottes et il ose interpeler nos autorités. L’autre jour, sur Facebook, il s’adressait directement à son « cher Alain » pour lui dire qu’il fallait rouvrir les restaurants et « arrêter ce cirque ». Franchement, vous en connaissez beaucoup vous des potes qui peuvent tutoyer un conseiller fédéral comme ça sur internet? Il doit le connaître personnellement. J’espère qu’un jour il me présentera à M. Berset. Peut-être qu’on pourra faire un selfie. En tout cas, j’espère que M. Berset l’écoute, parce que Bruce il sait des tas de choses. Par exemple durant la guerre en Syrie, il a posté plusieurs messages sur Facebook pour expliquer que c’était tout planifié par la CIA pour s’approprier le pétrole et qu’il fallait pas qu’on soit naïfs. Je crois qu’il n’est jamais allé en Syrie, par contre il connaît très bien les Etats-Unis parce qu’il y a une photo de lui à Las Vegas sur Facebook. Sur le conflit syrien, il a posté des tas de vidéos puisées sur Youtube. Une fois que j’étais chez lui et que je m’étonnais qu’il n’y ait aucun livre, il m’a dit qu’il s’informait « sur d’autres sources que les médias traditionnels, des trucs secrets trouvés sur le web ». Je suis resté scotché.

Mais le plus impressionnant avec Bruce, c’est que c’est un type engagé. Il défend de nobles causes sans hésiter. L’autre jour, par exemple, il a partagé un post sur Facebook pour dire #Stopàladémocrature. Ca c'est du courage! Je suis admiratif de tout ce qu’il ose faire depuis son canapé. On a tendance à l’oublier, mais c’est avec des actions comme celle-là qu’on change durablement le monde.

Globalement, Bruce il a un avis sur tout et il sait des trucs dans tous les domaines. Il sait ce qu’il faut faire contre le variant anglais, il a des solutions pour relancer l’économie, il sait que le réchauffement climatique est une vaste arnaque et il a un avis sur les vaccins. Concernant les vaccins, il était d'abord totalement contre en disant que c'était pas possible d'en faire un aussi rapidement, donc c'était louche (une histoire de 5G et de Bill Gates, mais j'ai pas tout compris). Maintenant, il est pour et il en veut au gouvernement d'être pas assez rapide: il dit que le Conseil fédéral vaccine les riches d'abord, je sais pas si c'est vrai. Mais ça montre bien qu'il n'est pas dogmatique, il sait changer d'avis parfois.

Vous pouvez lui poser des questions sur la burqa, sur la baisse du niveau scolaire, sur le mercato entre clubs de foot, sur les chemtrails et sur la finale de l’Eurovision, il a étudié toutes ces questions sur Youtube.

Je trouve juste dommage que dans notre pays on ne soit pas capable de reconnaître des gens comme Bruce pour les placer aux responsabilités. Pour moi, il devrait être conseiller fédéral.

Actuellement, j’espère surtout que l’on pourra se revoir en vrai. Sans écrans interposés, dans un bistrot peut-être, afin qu'il puisse m'expliquer ses théories au bar.

Josué Lovey

28 août 2020

Quelle campagne au temps de la pandémie?

Les campagnes électorales sont des exercices bien rodés. Entremont Autrement a pris part à de très nombreux scrutins communaux, cantonaux et fédéraux depuis sa fondation en 2009. Pré-campagne, analyses préalables, communications politique et médiatique, recrutement de membres, définition des axes de campagne, etc. On peut dire qu'on connaît la machine.

Mais voilà, cette année, la pandémie de COVID-19 nous place au pied du mur. Impossible d'imaginer échapper aux mesures sanitaires qui frappent d'ailleurs l'ensemble des secteurs de notre société.

Quelles implications pour la campagne d'Entremont Autrement?

- les soirées-rencontres dans les bistrots de la région sont des moments importants de mobilisation pour nos sympathisants. Lors des élections précédentes certaines soirées nous ont permis de découvrir des participants qui sont ensuite devenues des candidats et des candidates. Cette année, nous ne pourrons pas organiser ce type de soirée, sachant que les contacts y sont rapprochés et le port du masque illusoire.

- les débats publics sont une autre de nos traditions. Nous aimons inviter des personnalités publiques à venir débattre de leurs propositions face à un public. Parfois à croiser le fer. Nous n'y renonçons pas totalement, puisque nous prendrons part à un débat à Sembrancher le 23 septembre prochain. A condition, bien entendu, que les directives sanitaires soient appliquées par les organisateurs.

- "la tournée des manifestations": se rendre à la Désalpe, à la Fête de la raclette, à des concerts ou autres événements publics afin d'entrer en contact avec la population est un passage obligé dans une campagne locale. Les contacts avec les gens ont le mérite d'être directs et francs. Ce ne sera pas possible cette année, premièrement parce que la plupart des manifestations ont été annulées et d'autres part parce que nous ne nous voyons pas échanger des poignées de main avec des dizaines de personnes.

Que nous reste-il donc?

La pandémie nous force à nous réinventer. Les campagnes d'Entremont Autrement pour les communales 2020 et les cantonales 2021 seront forcément différentes.

EA est déjà passablement actifs sur les réseaux internet depuis sa fondation, nous allons encore y renforcer notre présence. Cependant, tout le monde ne nous suit pas sur Facebook ou sur notre blog et les campagnes sponsorisées ciblées ont également leurs limites. Il va donc falloir que nous multipliions les contacts directs avec les électeurs, via des soirées en bilatéral (avec les distances de sécurité), par téléphone, par des campagnes SMS afin de nous rapprocher de tous ces gens que nous ne pouvons plus voir.

Ce virus nous pousse également à réfléchir à ce qui fait véritablement une campagne. Les poignées de main et les accolades sont-elles si importantes que cela? Pas si sûr. Entremont Autrement va clairement recentrer sa campagne sur des contenus et des idées de fond. C'est le sens de la publication de notre programme politique hier.

Un défi intéressant en perspective.

J. Lovey

23 juillet 2020

L'Europe à un tournant historique


On se tromperait à sous-estimer l’importance de l’accord européen signé mardi dernier par le Conseil européen. Le 21 juillet 2020 marquera l’histoire de notre continent. Et cela pour plusieurs raisons.


Un accord financier sans précédent
Tout d’abord parce que les 27 états membres de l’UE ont approuvé un plan de relance de 750 milliards d’euros. Le montant est vertigineux, mais il faut le remettre en perspective. Il représente un peu plus de 1% du PIB de l'UE (puisqu'il sera étalé sur trois ans). Le Congrès américain a voté, quant à lui, un plan de relance de plus de 2000 milliards de dollars et ce montant pourrait encore être augmenté.
Sur ces 750 milliards, 360 milliards seront mis à disposition des états en faisant la demande, à un taux favorable, sous forme de prêt.
La partie vraiment innovante concerne les 390 milliards additionnels: ceux-ci serviront directement de subventions aux états en ayant le plus besoin, dont l'Italie, l'Espagne et la France, des pays particulièrement touchés par la pandémie. Ce qui est intéressant, c’est que ces 390 milliards sont conditionnés à des projets concrets et ne pourront pas être utilisés n’importe comment: un tiers devra être directement consacré à la transition énergétique, soit 130 milliards. En ajoutant ces 130 milliards aux différents programmes environnementaux nationaux prévus par les états, on constate aujourd’hui que l’UE se dote du plus grand fonds mondial de financement de la transition écologique. Pas mal pour des états que l’on disait si désintéressés par la vague verte. On jugera bien évidemment sur les résultats, mais le moment est clairement historique.

Fédéralisme européen
L’événement est également historique parce que c’est l’une des premières fois que l’UE accepte de mutualiser une dette, du moins de cette ampleur. Cela signifie que les 27 états deviennent collectivement responsable de son remboursement; quelques dirigeants ont déjà avancé quelques pistes, mais cela n’est pas l’objet de cet article.
On assiste aujourd’hui à un pas important vers un véritable fédéralisme européen. J’en veux pour preuve, et c’est un peu technique désolé, que cette mutualisation ne touche pas uniquement les membres de la zone euro, mais bien l’ensemble des membres de l’Union. Le premier effet collatéral de cette décision est qu’elle empêche quasiment à coup sûr le départ d’un autre des membres de l’UE. Après le traumatisme du Brexit, les différents membres ont fait le choix - ils n’en étaient pas obligés - de se lier plus fortement encore.

Victoire des valeurs
On entend souvent dire que l’UE n’est qu’une affaire de gros sous; le présent accord semble vouloir donner raison à ses contempteurs. En fait, c’est l’exact inverse. C’est l’Europe des valeurs, des idées et de la volonté de travailler ensemble qui a triomphé, pas celle du chacun pour soi, pas celle de la petite comptabilité mesquine. C’est du coup la fin de la règle des 3% de déficit autorisés par les critères de Maastricht. C’est la fin de cette Europe que la gauche a tellement fustigé, à commencer, en France, par Mélenchon qui pour l’occasion, au-delà de son emportement feint, aurait mieux fait de reconnaître que c’est exactement ce qu’il demande depuis des années; son collègue espagnol du mouvement Podemos Pablo Iglesias a, par sa part, vivement salué l'accord.
Dans ces circonstances, il faut bien rendre à César ce qui lui appartient: cet accord est notamment le fruit d’une politique européenne ambitieuse voulue et menée par le président Macron. Il est de bon ton chez nos voisins français de le vouer aux gémonies; il faut bien reconnaître qu’il a su modeler, avec la coopération des 26 autres états membres, une UE plus solide, plus solidaire et plus fédéraliste. Qui s'en plaindra?

Et le Royaume-Uni dans tout ça?
Si le Royaume-Uni était encore membre de l’UE, on peut imaginer qu’il aurait fermement refusé cet accord, comme il l’a fait à plusieurs reprises pour des sujets similaires par le passé. Ayant décidé et lancé les opérations de son fameux Brexit, il ne touchera aucun montant de la part de ses 27 anciens coreligionnaires; il devra assumer seul son plan de relance interne.
Alors que le délai pour un accord sur le Brexit est fixé officiellement au 31 décembre 2020 (réellement au plus tard au début octobre pour laisser aux parlements nationaux des 27 le temps de l'approuver ou non). Le royaume de Sa Majesté a énormément souffert de la crise sanitaire et peine encore à relever la tête. Une éventuelle seconde vague de COVID-19 à l’automne et la perspective d’un no deal avec l’UE pourrait rendre sa situation catastrophique.

Et la Suisse?
Dans un premier temps, la Suisse va bénéficier indirectement de ce plan de relance colossal. L’UE étant son premier partenaire économique extérieur, elle a tout intérêt à ce que celui-ci ne s’effondre pas, en particulier au regard de son industrie d’exportation et de son tourisme. Une économie qui redémarre chez nos voisins (à condition que ce soit véritablement le cas) ne pourra que soutenir l'économie intérieure de la Suisse.
Politiquement, la Confédération négocie péniblement depuis plusieurs années un accord-cadre avec l’UE. On a souvent présenté notre partenaire européen comme faible, à bout de souffle, écartelé par ses guerres intestines et incapable de se donner un cap. Après l’épisode du Brexit où l’UE a fait preuve d’une remarquable unité, sans discordance apparente, après le plan de relance du 21 juillet, l’îlot suisse voit ses voisins s'organiser autour de lui et prendre des décisions qui concerneront plus de 500 millions d'habitants sans avoir voix au chapitre. Il serait particulièrement mal venu aujourd’hui de la part des citoyens helvétiques de couper les ponts avec cette union renforcée en suivant les dérives populistes de l’UDC en septembre.

J. Lovey

10 juillet 2020

Sainte-Sophie et le sens de l'Histoire

Aujourd'hui, sous la pression exercée depuis de nombreuses années par Recep Tayyip Ergodan, la plus haute instance juridique de Turquie, a décidé de changer le statut de Sainte-Sophie, certainement le bâtiment le plus emblématique d'Istanbul. D'un musée et d'un espace de dialogue orientalo-occidentale, il a été décidé d'en faire à nouveau un lieu de culte musulman.



Pour rappel, en 325, l'empereur romain Constantin ordonne de faire construire, sur les rives du Bosphore un monument exemplaire destiné à "la Sainte Sagesse" (Αγία Σοφία). Des recherches archéologiques récentes laissent à penser que ce chantier s'est fait sur les ruines d'un ancien temple dédié à Apollon. Il s'agit ainsi indéniablement d'un monument à la gloire de la pensée, au sens que la philosophie grecque lui a donné. Dès 360, l'Empire étant devenu chrétien, Constance II la consacre comme église épiscopale de Constantinople.

On ne compte plus au fil des ans le nombre de détériorations que subi cet édifice: plus d'une dizaine de tremblements de terre, des incendies, quelques pillages. Justinien Ier confia sa reconstruction partielle à Isidore de Milet au VIe siècle, en y ajoutant des matériaux précieux de nombreuses régions du pourtour méditerranéen et d'Europe continentale: Sainte-Sophie (son nom francisé, mais ne faisant référence à aucune sainte) se voulait alors une forme de condensé de l'universalisme chrétien.

Siège du patriarcat de Constantinople (église d'Orient), notamment occupé par les illustres Grégoire de Naziance et Saint Jean Chrysostome (respectivement, Docteur et Père de l'Eglise), elle est le joyau de la culture byzantine jusqu'à la prise de la ville par les Ottomans de Memet II en 1453. Elle est alors transformée en mosquée et perd de facto son statut de basilique chrétienne. Outre les contreforts qu'on lui adjoint pour solidifier la structure, c'est l'arrivée des premiers minarets qui vient changer le visage de Sainte-Sophie. L'héritage chrétien n'est pas pour autant démoli; si quelques symboles trop visibles de ses origines sont retirés, les multiples mosaïques et fresques subsistent. 

Au XIXe siècle, l'ancienne basilique fera l'objet d'importants travaux de restauration. En 1934, à la tête de la révolution kémaliste en Turquie, Atatürk transforme Sainte-Sophie en musée et envoie ainsi un signal extrêmement fort à toute la nation turque et aux autres pays: Sainte-Sophie est un haut lieu de l'universalisme et un lieu de rapprochement des cultures.

Sainte-Sophie est un édifice d'une beauté incomparable. Son large dôme, ses multiples fresques et mosaïques, ses multiples contreforts et arcboutants, son mindar, et ses flèches de minarets en font incontestablement une des merveilles du monde. Elle incarne également de nombreux symboles: le pont entre l'Occident et l'Orient, entre le christianisme et l'islam, entre l'Antiquité et l'époque contemporaine. Peu d'autres monuments sont autant chargés d'histoire et de signification.

En forçant cette décision aujourd'hui, l'Etat turc rompt avec une laïcité qu'il avait déjà particulièrement mise à mal ces dernières années. On peut penser que cet événement est purement anecdotique au vu des nombreux défis qui attendent notre époque, au niveau économique, au niveau sanitaire, au niveau social. Je pense qu'au contraire il ne l'est pas. Ce sont souvent les petits détails qui font la grande Histoire.

Affaire à suivre.

J. Lovey

28 avril 2020

Science et politique: deux logiques bien différentes

Jamais les conférences de presse du Conseil fédéral n’avaient à ce point intéressé la population. La télévision publique interrompt régulièrement ses programmes pour des interventions en direct de Berne (ça n’arrive que rarement en temps normal), les journaux en ligne diffusent des « suivis en continu » de la situation depuis près de deux mois. Ces conférences de presse sont devenues des rendez-vous cathodiques bien chorégraphiés: les conseillers fédéraux, Alain Berset en tête, annoncent leurs décisions et détaillent les mesures pour endiguer la progression du virus; puis, les scientifiques, parmi lesquels Daniel Koch dont le visage est devenu familier au pays entier, apportent une caution aux décisions politiques et répondent aux différentes questions techniques.

C’est ce duo complémentaire qui, dès le début, a permis à la Suisse de jouer une partition si bien rodée.
D’Alain Berset on attend la fermeté de celui qui décide, qui dirige; mais aussi la compassion de celui qui sait la rigueur des mesures qu’il impose à la population. Un mélange de nécessité implacable et de compréhension.
De Daniel Koch, on attend le raisonnement scientifique et l’émotion maîtrisée. Ce ton de l’homme de science qui a accumulé beaucoup d’expérience au fil de sa longue carrière et qui ne se laisse pas impressionner par les événements. Un certain flegme qui rassure. Il en a vécu d’autres.
A les voir se répartir les rôles si aisément, le politique et le scientifique semblent mener un pas de danse parfaitement synchronisé.

Or, les logiques qui les animent sont très différentes.

La politique ne craint rien tant que l’incertitude. Elle craint toujours de prendre une décision qui pourrait être rendue caduque par un événement mal calculé. Les hommes et les femmes politiques aiment pouvoir prendre des décisions qu’ils espèrent pérennes. Lorsque les événements leur donnent tort, la population crie au scandale, à l’incompétence, au manque de vision. Le politicien souhaite que chaque jour qui passe vienne montrer le bien-fondé des décisions qu’il a prise, vienne appuyer la vision qui est la sienne. Une partie de son travail consiste à paver l’avenir de certitude, à éliminer le doute.

Le scientifique, au contraire, vit dans l’impermanence, dans ce qui est mouvant. La crise du coronavirus l’a bien mis en lumière: la science progresse par tâtonnement, par petits pas. Chaque jour surgissent de nouvelles hypothèses qu’il s’agit d’interroger. Le cas d’un patient qui ne correspond pas à la description standard de la maladie implique que l’on explore de nouvelles pistes, que l’on remette en question les certitudes qui semblaient pourtant acquises la veille. Dans la démarche scientifique, l’erreur est un stimulus, un aiguillon qui va faire progresser la connaissance. De nombreuses découvertes sont le fruit d’une erreur, d’un écart minime à la norme qui ouvre un abîme. C’est d’ailleurs ainsi que Pasteur a découvert le vaccin contre la rage. La science se nourrit de l’erreur, car c’est ce qui la fait progresser. Le doute n’y est pas une faiblesse, mais une vertu.

Le doute, 5ème obstacle de la méditation pleine conscience - 12/21

Le doute est angoissant pour le politique, il est enthousiasmant pour le scientifique.

Ces deux visions si différentes, presque antagonistes, ont pourtant trouvé dans le duo que forment Alain Berset et Daniel Koch un équilibre. Science et politique semblent avoir trouvé ensemble un compromis bien helvétique. Et cela fonctionne! N’en déplaise aux éternels rageux et pseudo-experts des réseaux sociaux qui ont su se rendre insupportables depuis le début de la crise. Il faudra bien, malheureusement, leur consacrer un article à l’occasion.

L’exemple suisse nous enseigne que pour nous, citoyens, cela exige d’accepter que le message politique puisse receler quelques incohérences, que ce qui était vrai hier ne le soit plus forcément sous la même forme demain. Le Conseil fédéral se met ainsi toutes les semaines en danger, en prenant le risque de modifier ses ordonnances, d’infléchir sa politique, d’assumer d’éventuelles incohérences. Comme dans un voyage au long court, il y a un cap, mais de multiples inflexions de trajectoires peuvent rendre la direction peu lisible.

Finalement, le grand public doit également accepter que la science ne peut pas fournir des données définitives. Les connaissances sur le virus du mois d’avril ne sont plus exactement celles du mois de mars; si cela peut sembler déroutant, c’est en fait plutôt encourageant, cela veut dire qu’on a progressé, que notre degré de connaissance à augmenter.

Entre la science et la politique, nul besoin de choisir. Il suffit d’espérer que l’équilibre tienne.

J. Lovey

3 août 2019

Le calme n'est toujours pas revenu à Bagnes

Si le proverbe dit: « Nendard, Savoyard, Bagnard, trois diables à confesser » est parfois encore usité de part et d’autre de nos chères vallées latérales, il convient de relever une nuance quant à son emploi. Si jusqu’ici nos chers ancêtres, poussés par le besoin, se lançaient dans des actions pouvant s’accommoder de la morale, il apparaît aujourd’hui - et Dieu nous en préserve - que nous ne sommes, du moins pour la grande majorité d’entre nous, plus dans le besoin.

Pourtant, les « bagnarderies », comme elles ont tendances à être appelées affectueusement, n’ont jamais autant fait parler d’elles que ces dernières années. En effet, le sentiment de toute puissance des autorités locales corrélé par des finances publiques florissantes a eu tôt fait d’amener ses dernières à se comporter et se sentir comme au-dessus des lois en vigueur.


Peu à peu, sous l’influence des milieux de la construction, et afin de ne pas se dédire dans leurs rôles de seigneurs des lieux, une majorité des conseillers bagnards ont sombré dans une passivité coupable. Atteint de cécité ou parfois de surdité, ils n’ont plus jugé utile de prendre en compte les signaux d’alarme provenant de leur propre administration ou encore du Conseil général. Au contraire, dans certains cas, ils ont même tout fait pour que les signaux d’alarme se taisent, J’en veux pour preuve les départs successifs au sein du Service des constructions de manière plus ou moins forcée et l’inefficience du contrôle interne réduit dans ses capacités d’investigation par l’impossibilité d’accéder à certains dossiers.

En somme, de 2012 à 2016, le Conseil Communal a évolué dans un environnement où la seule loi qu’on respectait à Bagnes était celle de l’omerta. Trois ans plus tard, le calme n’est toujours pas revenu dans la commune de Bagnes dont les coffres débordent d’un argent dont la provenance mériterait qu’on s’y intéresse de plus près. Loin de régler les problèmes, de nombreux dossiers importants de la législature ont été mal gérés. Les régularisations d’anciens dossiers traînent tant le canton et l’exécutif communal sont occupés à se rejeter la responsabilité de leurs erreurs respectives. Les pressions sur le personnel sont monnaie courante. L’opacité des informations transmises au Conseil général et à la population sont quasi totales.

Dernièrement, le groupe Entremont Autrement au Conseil général a offert la possibilité aux conseillers généraux de voter à bulletin secret, espérant que dans l’intimité des urnes certains osent se permettre un vote de conscience plutôt que d’obédience. La majorité n’a pas souhaité profiter de cette perche tendue : préférant docilement accepter des comptes qui renferment les coûts d’installation d’un IRM que personne parmi l’exécutif communal ne prétend et n'assume avoir autorisé. À ce degré d’amateurisme ou d’incompétence, la démonstration que nous avons atteint les limites de notre système de milice n’est plus à démontrer. La majorité PDC-PLR en le niant à l’heure de voter les comptes a renouvelé son attachement à un système qu’elle est malgré tout incapable de réformer. Elle peut se vanter d’avoir aujourd’hui fait de Bagnes la risée de la Suisse romande en matière de gestion des constructions et des institutions. Il appartient désormais à l’autorité de surveillance qu’est le Conseil d’Etat d’agir – et autrement que par un énième rapport- et ceci pour le bien de Bagnes, des Bagnardes et des Bagnards.

Sophie Juon
Pierre Troillet
Baptiste Fellay
Jonathan Darbellay
Josué Lovey
Jasmine Lovey
Roxane Di Blasi

9 juillet 2019

Netflix veut bannir le tabac de ses productions. Mais foutez-nous la paix!

Le géant américain du streaming a annoncé qu'il allait bannir la cigarette de ses futures séries à moins que cela ne soit requis par les faits historiques ou par l'adéquation avec l'intrigue:
Netflix said that going forward, all new shows it commissions will exclude smoking and e-cigarette use, except for “reasons of historical or factual accuracy.” (Source)
 Cette annonce qui semble totalement anecdotique est en fait révélatrice du climat social ambiant. 


Aujourd'hui les méfaits du tabac sur la santé ne font plus aucun doute; de multiples études internationales démontrent le lien fort de cause à effet entre sa consommation et le développement de cancers. Prévenir les consommateurs et limiter l'accessibilité du produit, notamment auprès des plus jeunes, semblent de bonnes mesures de santé publique.

Pour autant, le réseau américain voit tout faux. Le magazine Variety accuse "les représentations de la fumée" d'être responsables d'un attrait puissant auprès du jeune public. Cette idée qui consiste à penser que le simple fait de voir une cigarette à l'écran renforce le degré de "coolitude" de la substance est aujourd'hui pourtant largement contesté. On sait - et cela risque d'en surprendre plus d'un - que les adolescents sont capables de faire la différence entre la fiction et la réalité; ils n'imitent ainsi pas bêtement et béatement tous les comportements à risque qu'ils voient sur internet et dans les séries télévisées. Ce n'est pas parce que l'on a suivi avec fébrilité La Casa de Papel que l'on projette pour autant de braquer une banque.

Au nom d'un certain hygiénisme moral, nous souhaiterions désormais corriger les vices de la société en les éradiquant des oeuvres artistiques. A l'image du Pape Pie, au XIXe siècle, qui, suivant sa volonté de restreindre la luxure de ses ouailles, fit émasculer les statues vaticanes et les orna de grotesques feuilles de vigne. La production artistique n'a pas besoin de ces élans de puritanisme, de ces tartufferies de la bien-pensance:
"Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées." Molière, Le Tartuffe, III, 2 (v. 860-862)
Si Netflix s'attaque maintenant à la cigarette, il y a fort à parier que ce mouvement ne connaîtra pas de limites: toutes les causes méritant un traitement égal.
L'art s'est toujours approprié les vices et les turpitudes de l'âme. On ne peut peindre la condition humaine en en représentant seulement les grandeurs et en omettant les bassesses. Pas d'héroïsme, sans la possibilité de la décadence.

Imagine-t-on enfin les plus grands chefs-d'oeuvres passés au crible de cette pudibonderie? Paris est une fête d'Hemingway sans alcool, Le Colonel Chabert de Balzac sans effusions de sang,  Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos en langage épicène, Les Misérables de Victor Hugo sans vol, Belle du Seigneur de Cohen sans adultère, les Demoiselles d'Avignon de Picasso rhabillées pour éviter le stupre, la série Breaking Bad sans métamphétamine, Le Parrain de Francis Ford Coppola sans chantage?

Le quotidien Le Temps a publié ce printemps la liste des 50 "meilleurs livres de langue française" depuis 1900 (il y en a plus de 60 dans les faits). Faites-le calcul, lesquels auraient survécu à cette nouvelle norme?

Je crois profondément à la force de l'éducation, à la nécessité d'accompagner les jeunes à la découverte des oeuvres. On ne prépare par les adolescents à la vie en leur masquant une partie de la réalité, mais en leur donnant les outils pour l'affronter.

J. Lovey
(Ces propos n'engagent que leur auteur)




21 mai 2019

Du danger d’un nouveau référendum

Le Royaume-Uni s’enlise depuis de nombreux mois dans le Brexit.

Le peuple britannique a tourné le dos en juin 2016 à l’UE, après un vote historique qui a réuni 51,89% des votants contre le projet européen. Quelques mois après le scrutin, Theresa May, nouvelle première ministre de la Couronne, déclencha la procédure de sortie. Celle-ci aurait dû devenir effective le 29 mars dernier, mais des intérêts partisans, y compris au sein du parti conservateur, une incapacité à ratifier un accord pourtant difficilement négocié avec l’Union européenne et un soupçon d'esprit mélodramatique ont occasionné plusieurs reports de la date de sortie du Royaume-Uni de l’UE. La situation actuelle est ubuesque: à quelques jours des législatives européennes, l'Angleterre doit participer aux élections, alors qu’elle projette de sortir avant la fin 2019 de l’Union. Nommer des députés qui ne siègeront pas!

Dans ce maëlstrom politique qui semble vouloir repousser aux calendes grecques la départ des Britanniques, Theresa May propose ce soir aux députés de son pays un second référendum sur le Brexit si cela peut permettre de débloquer la situation.

Loin de moi l’idée de vouloir donner des leçons à nos voisins d’outre-Manche - je les plains plus que je ne le raille -, mais je ne peux m’empêcher de trouver cette « solution » de Theresa May intenable. Le peuple s’est prononcé en 2016, certes à une très courte majorité, mais le résultat final est indéniable. Le Royaume-Uni a décidé de quitter l’UE.

L’incapacité des politiciens du Parlement anglais à approuver l’accord conclu par la première ministre ne devrait pas remettre en cause le vote dans son entier. Comment interpréter les résultats d’un nouveau référendum? En cas d’acceptation de l’accord par le peuple, le Brexit deviendrait alors effectif et le Royaume-Uni sortirait de l’Union. Mais dans le cas contraire? En cas de rejet de l’accord? Faudrait-il l’interpréter comme le refus d’un Brexit ou comme un maintien du Brexit, mais avec de nouvelles conditions? Ce référendum ne règlerait rien.

Dans un contexte totalement différent, de plus en plus de scrutins en Suisse sont attaqués devant les tribunaux: création d’un centre des congrès à Montreux, volonté de l’extrême-gauche d’invalider le vote de dimanche sur RFFA pour vice de forme, recours du PDC contre le refus de son initiative pour une meilleure fiscalité des couples mariés. La palme revient à l’UDC qui a souvent dénoncé les lois d’application de ses initiatives populaires.

Réapprenons le fair-play en politique. On ne réécrit pas les règles de la politique après la partie.

A titre personnel, et pour clore cet article, je souhaite ardemment que les Britanniques restent dans l’Union. N’étant ni Européen, ni citoyen de Sa Majesté, je dois bien admettre que mon opinion personnelle ne vaut strictement rien. Je doute d’ailleurs qu’Entremont Autrement se prononce officiellement dans ce dossier. Remarquez, ça ne manquerait pas de panache!

J. Lovey

23 mars 2019

EA invité dans l'émission Forum de la RTS

Hier soir, Entremont Autrement a eu les honneurs de l'émission Forum sur RTS La Première.

Josué Lovey, ancien vice-président de notre mouvement, a été interviewé sur nos dix ans. Au programme: arrivée d'Entremont Autrement dans le district, thématiques défendues et constructions illicites de Verbier.

En bonus: peut-on imaginer d'autres mouvements similaires ailleurs en Valais?

Interview à réécouter ci-dessous.

10 mars 2019

Eric Stauffer lorgne du côté d'Appel Citoyen

Fâché contre le PDC qui a refusé de lui dérouler le tapis rouge en l'adoubant sur sa liste au Conseil national, Eric Stauffer règle ses comptes. Il accuse les démocrates-chrétiens d'être des "lâches".



Jamais en reste d'une pirouette, il dit maintenant vouloir se tourner vers Appel Citoyen "qui a percé lors de la Constituante" pour monter une liste et trouver des soutiens ailleurs en Suisse afin de former ensuite un groupe parlementaire à Berne. On se demande d'ailleurs s'il ne confond pas avec le RCV, car l'ex-trublion de la politique genevoise oublie une chose importante: Appel Citoyen s'est engagé à ne présenter des candidats QUE lors de l'élection de la Constituante. Cela est d'ailleurs rappelé sur leur blog et dans leurs statuts:


"Servir puis disparaître" dit le blog d'Appel Citoyen. Peut-être qu'Eric Stauffer devrait s'en inspirer...

J. Lovey

P.S.
A noter que M. Stauffer n'a pas encore contacté Entremont Autrement, mais on cherche des candidats pour les communales à Bourg-Saint-Pierre si jamais. 😂


5 janvier 2019

Entremont Autrement fête ses 10 ans!

Le mouvement Entremont Autrement se prépare à fêter son 10e anniversaire en 2019.

10 ans à vouloir changer la politique de ce district, 10 ans déjà que nos membres sont passés de l'utopie aux actes.

Quand on se penche sur les archives de notre mouvement, on se rend compte qu'il est difficile de fixer une date de fondation absolument claire. Les premières discussions autour d'EA sont nées à l'automne 2008, entre quelques personnalités de la région qui en avaient marre des listes électorales fermées et qui souhaitaient un renouvellement de la vie politique locale. Sauf erreur de ma part (mais notre archiviste me corrigera le cas échéant), la première trace écrite que nous ayons de l'existence d'Entremont Autrement date du 20 décembre 2008, sous la forme d'un email groupé. L'existence publique d'EA commence le même jour avec le tout premier article sur ce blog que nous reproduisons ci-dessous.



La première assemblée générale d'Entremont Autrement a eu lieu le 8 janvier 2009 à Sembrancher, c'est à ce moment-là que la décision a été prise de lancer une liste alternative lors des élections au Grand Conseil du mois de mars.

Au-delà de cette question de date, c'est surtout le chemin parcouru en une décennie qui force le respect. D'une liste "hétéroclite" et "sans aucune chance" au moment de son annonce aux douze élus que nous comptons aujourd'hui, le visage politique de l'Entremont a changé.

Alors 10 ans, l'âge de raison?

Nous nous préparons à fêter cet anniversaire avec vous tout au long de l'année 2019. De nombreuses actions et annonces sont en gestation. Restons connectés.


J. Lovey

7 novembre 2018

Daniel Moulin en débat


NF du 7.11.18

Extraits:

Pour les six débatteurs de la Rencontre du «Nouvelliste» consacrée à la place de la religion dans la future Constitution, le Valais est un canton suffisamment laïc.

***

Au moment d’évoquer le préambule de la future Constitution, les débatteurs ont critiqué la menace du président de l’UDC du Valais romand concernant la formule «Au nom de Dieu tout-puissant!» Cyrille Fauchère a récemment affirmé dans «Le Nouvelliste» qu’il refuserait la nouvelle Constitution, si ces termes n’étaient pas repris.

«Cette attitude est digne du chantage au dessert que l’on fait à un enfant de 6 ans», lance Daniel Moulin, d’Appel Citoyen.

Bruno Perroud sourit: «Ce chantage est assumé. Bienvenue dans le monde politique! Vous croyez que les Haut-Valaisans ne poseront pas leurs conditions?» Le candidat UDC ne ferme cependant pas la porte à des formulations légèrement différentes, s’accommodant par exemple de celle imaginée par Stève Bobillier: «Au nom de Dieu tout-puissant et en vertu du bien commun».

 *** 

Aucun débatteur ne remet en question la perception d’un impôt religieux par les communes. «Une suppression de cette contribution aurait des conséquences négatives, car les Eglises assurent des tâches d’utilité publique», argumente Daniel Moulin. Le candidat d’Appel citoyen souhaiterait néanmoins que le contribuable, qui ne désire pas s’acquitter de cet impôt facultatif, soit mieux informé du processus d’exonération.




P.S de l'archiviste: On remarquera que "le PDC Damien Clerc dont le nom du parti comporte le terme chrétien" a lui-même un nom très adéquat pour débattre sur le cléricalisme!

Sur le même sujet, on peut lire le papier de position d'Appel Citoyen paru le même jour.
Ce papier est signé Josué Lovey (Coordination) Thierry Dewier, Robert Burri, Michel Galliker, Michelle Grandjean, Jean-Pierre Lonfat, Denis Mabillard, Avdullah Mala, Olivier Marcoz, Myriam Mechta, Emmanuel Theler, et Jacky Villettaz

1 novembre 2018

Retour à la raison du Conseil fédéral

Article en ligne du Nouvelliste, 31.10.18
Depuis plusieurs années, Entremont Autrement prend clairement position contre les exportations d'armes. De très nombreux articles sur notre blog ont été consacrés à cette thématique, notamment sous l'impulsion d'Urbain Gaillard, suivi par plusieurs chroniqueurs au fil des ans.

Aujourd'hui, le Conseil fédéral retire son projet d'extension des exportations d'armes aux pays en guerre civile. Nous sommes évidemment soulagés que cette proposition néfaste et immorale soit remisée au placard. Cette reculade salutaire nous enseigne deux choses:

- en Suisse, la pression populaire, incarnée dans le débat d'idées, dans la concertation, dans l'expression publique, dans l'argumentation permet concrètement d'écarter de mauvaises idées. A condition que les autorités politiques soient prêtes à discuter et à entendre les objections des citoyens. Le journal Le Temps révélait cette semaine d'ailleurs que le Conseil fédéral n'était pas unanime sur ce projet. Il n'y aucune honte à avoir de mauvaises idées, il faut juste savoir reconnaître parfois que l'on est allé trop loin. Le Conseil fédéral fait preuve aujourd'hui de bon sens.
- un récent sondage sur notre page Facebook montrait la très forte opposition de la population aux exportations d'armes aux pays en guerre. Ce sondage n'avait aucune valeur scientifique (ne s'appuyant que sur les internautes volontaires), mais il indiquait une tendance très claire. D'autres sondages plus représentatifs ont montré que ce refus des exportations d'armes était partagé par une large proportion des Suisses. L'argument économique ne permet pas de justifier toutes les errances. Maintenir des emplois en Suisse est certes une volonté louable, mais qui ne saurait primer sur notre responsabilité vis-à-vis des pays en guerre. La Suisse est dépositaire de la Convention des droits de l'homme et des conventions de Genève (qui régissent le droit de la guerre). En cette période où l'UDC remet en cause les engagements de la Confédération avec les pays voisins, il est bon de rappeler que la Suisse est un partenaire fiable et responsable.

Aujourd'hui, je suis fier que ce pays se souvienne de ses engagements et de sa responsabilité d'état stable et prospère dans la communauté des nations.

8 septembre 2018

Pas de visa chinois pour un journaliste du Temps, le Conseil fédéral se plie.

"Il ne s'agit que de commerce", J. Schneider-Ammann, Aargauer Zeitung
Les relations entre la Confédération helvétique et la Chine sont au beau fixe depuis plusieurs années. On se souvient de l’accord de libre échange inédit entre les deux pays, au nez et à la barbe de la plupart des pays européens. Les voyages réguliers de membres du gouvernement suisse en Chine et la venue sur nos terres de Xi Jinping pour une visite d’Etat exceptionnelle en janvier 2017 ont permis de sceller une relation commerciale forte.

Le conseiller fédéral Schneider-Ammann est en déplacement officiel dans l’Empire du Milieu jusqu’à dimanche. A cette occasion, plusieurs journalistes sont également invités à couvrir l’événement. A l’exception notable des journalistes du Temps. Ceux-ci se sont, en effet, vu refuser leur visa par le gouvernement chinois. Le journal a-t-il déplu au régime par le passé? Aucune raison claire n’est évoquée par l’ambassadeur de Chine en Suisse. La rédaction en chef du quotidien romand a donc décidé de ne pas couvrir ce voyage dans ses colonnes.

Que la Chine ait un problème de longue date avec notre conception de la liberté de la presse est un fait avéré. On connaît la censure des réseaux sociaux en Chine, on sait que Google y a modifié ses cartes afin d’intégrer le Tibet dans les frontières de l’Empire, on connaît la forte prévalence des médias d’Etat.

Il est nettement plus gênant que le Conseil fédéral se plie aux exigences de son grand partenaire en matière de liberté de la presse: l’an dernier, lors de la visite de Xi Jinping en Suisse, les journalistes n’avaient pas été autorisés à poser des questions au dirigeant chinois, violant ainsi la tradition politique de notre pays. Le Conseil fédéral avait paru emprunté, mais n’avait pas commenté la situation. Aujourd’hui le conseiller fédéral Schneider-Ammann serre des mains et signe des contrats en Chine avec un gouvernement qui accorde des visas sélectifs à nos médias nationaux. Quand un journaliste de l’Aargauer Zeitung le lui fait remarquer, le ministre libéral-radical affirme « qu’il ne connaît pas le dossier en détail » et que son département « a fait tout ce qu’on pouvait attendre de lui ». Lorsque le journaliste alémanique lui demande si - après ses nombreux voyages en Chine - il a développé un intérêt particulier pour ce pays, il affirme tout de go que pour lui « il ne s’agit que de commerce et qu’il n’a jamais vraiment eu de temps pour découvrir le pays ».

Quand parviendra-t-on enfin en Suisse à envisager nos relations avec les autres états autrement que comme de pures relations économiques? Quand refusera-t-on de brader nos valeurs (droits de l’homme, liberté d’expression et liberté de la presse notamment) sur l’autel des accords commerciaux? Le conseiller fédéral Schneider-Ammann commet aujourd’hui une faute regrettable. 

Qu’on ne se méprenne pas: il est important pour nos entreprises que nous puissions tisser des liens étroits avec nos partenaires étrangers; la Chine en fait bien évidemment partie. Pour autant, peut-on accepter qu’à plusieurs reprises notre Etat, siège international du Conseil des Droits de l’Homme à Genève, bafoue ses valeurs fondamentales? Le jeu n’en vaut pas la chandelle. La Suisse est un petit état, mais est reconnue pour sa crédibilité. Je crois fermement que notre pays a un rôle à jouer dans la mise en place d’un monde libre, prospère et pacifique, à condition qu’il ait le courage de ne pas abdiquer à la vue du premier yuan.

J. Lovey

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