C’était le temps des fleurs, on ignorait la peur…………on était jeune et on croyait au Ciel.
C’était le temps où l’on n’avait rien, je veux dire rien sur le plan matériel (pas de voiture, pas d’argent, pas de fringues, pas de bijoux, pas de terrain), mais tout sur le plan humain : des parents qui étaient là, mais pas trop, pas tout le temps, sans nous couver, sans trop en faire, qui nous laissaient vivre et devenir adultes à notre manière, des frères et sœurs souvent nombreux, avec qui l’on partageait chambres à coucher, salle de bains, disputes et fous rires, des amis, pleins d’amis, de copains, de copines que l’on retrouvait dans les bistrots ou dans la rue et avec lesquels on partageait joie de vivre et insouciance. On marchait beaucoup, on passait des journées entières dans cette nature bouleversante qu’on aimait et dont on pressentait par moments, avec tristesse, la mise en danger. Dans nos discussions interminables, des mots comme salaire, revenu, hypothèque, terrain à bâtir, carrière, construction, n’avaient cours. On se fichait de l’héritage qu’auraient pu laisser nos parents comme de notre première clope. On se réjouissait d’avoir des enfants. Les éduquer nous paraissait si simple, ils n’avaient besoin que d’amour, d’attention, et encore d’amour et … c’est tout.
C’était une autre époque, c’était dans un autre monde, c’était le temps des fleurs.
Aujourd’hui, lorsque j’entends les réflexions de vieux qui n’ont jamais été jeunes et de jeunes qui sont déjà vieux pour contrer la révision de la LAT, je me sens mal. Lorsque j’entends parler de notre vieille mère la terre uniquement en termes financiers et en tant que vulgaire objet de placement, de profit et de spéculation, alors que depuis des millénaires elle nous nourrit et nous comble de ses bienfaits, je me sens mal. Lorsque j’entends les jérémiades d’enfants gâtés qui ont peur de ne pas hériter de ce terrain sur lequel ils veulent ériger ce qu’ils pensent être leur bonheur, je me sens mal. Lorsque je vois mes concitoyens, habitants du pays le plus prospère du monde, trembler de peur à l’idée de, peut-être, perdre quelques milliers de francs, j’ai honte. Lorsque je sais que la grande majorité des Valaisans choisiront de prendre le risque de voir notre superbe paysage, dont nous avons par ailleurs tant besoin pour le tourisme, enlaidi, détruit et inutilisable pour les générations futures, je me dis que notre société a mal à ses valeurs.
Lorsque je plonge mon regard dans les yeux innocents de mes petits-enfants, j’y vois une immense confiance. .. et je me sens triste.
B***