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23 août 2025

Maximum 6 milliards ?!

À l’occasion de chaque dimanche de votations fédérales, un fascicule d’informations est édité et transmis à chaque électeur et électrice via l’enveloppe de vote qu’il.elle reçoit par courrier postal. À l’intérieur de ces fascicules, tout texte soumis au vote est publié en son entier et accompagné d’explications les plus complètes, neutres et objectives possibles. 

Le Conseil fédéral et le parlement y émettent leurs arguments et donnent leur recommandation de vote en faveur ou en défaveur de chaque objet. Le comité d’initiative ou comité référendaire en font de même.

Lors de la votation fédérale du 20 septembre 2020 portant sur l’acquisition de nouveaux avions de combats, il en a été de même. Ainsi, dans le fascicule concernant cette votation on retrouve les explications, les arguments et recommandations de vote des uns et des autres, et le texte soumis au vote populaire. En page 12 dudit fascicule, il est clairement écrit que le projet du Conseil fédéral et du Parlement prévoit l’acquisition de nouveaux avions de combat pour un montant maximum de 6 milliards de francs. En pages 77 et 78, par deux fois, ce coût maximal est à nouveau clairement repris. Enfin, en page 84, dans le texte soumis au vote, il est clairement spécifié que doit être respecté un volume de financement ne dépassant pas les 6 milliards de francs (sauf variation de l’IPC) pour l’acquisition de nouveaux avions de combat.

                Voir ici la vidéo d'explication datée d'août 2020


Aujourd’hui, moins de 5 ans plus tard, le nouveau conseiller fédéral en charge de notre armée viens nous dire que oui…mais non. Oui, la Suisse a bien signé un contrat avec une clause limitant les coûts d’achat d’avions de combat à 6 milliards de francs. Mais en fait non, parce que le premier bureau conseil n’a pas été de bon conseil.

Au final, au-delà du quelque milliard que la Suisse devra débourser en sus pour ce matériel militaire, c’est un beau gâchis et un sacré coup de couteau dans le dos de la démocratie. Cette duperie, parce qu’il faut bien la nommée comme cela, n’arrangera en rien la lente érosion en cours du taux de participation aux votations populaires. 

Tout politique, défenseur d’une saine et vivante démocratie, devrait s’engager pour davantage de transparence et de respect des promesses données.

P.S. : Alors Viola ! Pour vous et vos alliés, c’est toujours au max 6 milliards ?


                    Forma - J'ai menti

Urbain Gaillard

Membre du comité d'Entremont Autrement

6 novembre 2020

Financement du matériel de guerre: notre argent tue !

Voici une lien vers un très bon texte de Christophe Clivaz, qui défend le OUI à l'initiative sur le financement du matériel de guerre. 

Il nous a donné également son accord pour reprendre et publier son texte sur notre blog: 

Urbain Gaillard


5 novembre 2020 

Notre argent, via nos caisses de pension, finance aujourd’hui la production de bombes et d’armes chimiques qui sont utilisées dans différents pays autour du globe.

Il ne faut pas nous voiler la face : la réalité, c’est que notre argent tue ! En tant que ressortissant d’un pays qui revendique sa tradition humanitaire, je n’en suis pas vraiment fier.

C’est pour remédier à cette situation que l’initiative “Pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre” vise deux choses. Premièrement, interdire à la Banque nationale suisse ainsi qu’aux institutions de prévoyance de financer les entreprises dont plus de cinq pour cent du chiffre d’affaires annuel provient de la production de matériel de guerre; deuxièmement, mettre en place des normes similaires sur les investissements des banques et des assurances aux niveaux national et international.

Un commerce mortifère

Les Verts s’engagent depuis leur création pour la paix et le désarmement dans le monde. Ils ont soutenu ces dernières décennies les initiatives populaires visant cet objectif, et il en va de même cette fois-ci.

    Les institutions financières suisses comme la Banque nationale ou les grandes banques investissent des milliards chaque année dans ce commerce mortifère

A chaque fois qu’une initiative s’oppose à l’exportation ou à la production de matériel de guerre, c’est toujours la même rengaine, les mêmes arguments que l’on entend de la part des opposants. Cette initiative n’échappe pas à la règle: la Suisse serait trop petite pour faire bouger les choses au niveau international; ce serait trop compliqué au niveau administratif; nos retraites seraient en danger, car nos caisses de pension ne pourraient plus investir comme elles le souhaitent; les emplois seraient menacés dans l’industrie et la finance.

Dans le cas de l’initiative “pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre”, ces arguments ne tiennent tout simplement pas la route. Ils sont là uniquement pour faire peur à la population, qui témoigne de la sympathie pour l’initiative. Ils sont révélateurs de la vision des opposants, qui, une fois encore, privilégient les aspects économiques et financiers aux aspects éthiques et de responsabilité sociale.

La Suisse joue un rôle décisif au niveau mondial

En interdisant le financement de l’industrie de l’armement, l’initiative vise à contribuer à ce que la Suisse ne participe pas de manière indirecte aux conflits actuels et à prévenir des guerres futures. Cela peut paraître une goutte d’eau dans l’océan, mais ce n’est pas le cas: je vous rappelle que la Suisse est une des plus importantes places financières mondiales et joue ainsi un rôle décisif. Les institutions financières suisses comme la Banque nationale ou les grandes banques investissent des milliards chaque année dans ce commerce mortifère. En 2018, la place financière suisse a investi pas loin de 10 milliards de dollars américains dans des entreprises productrices d’armements, soit plus de 1000 dollars par habitant·e suisse. Par l’importance de sa place financière, la Suisse doit montrer l’exemple et entraîner dans son sillage d’autres pays.

Double jeu

Cette initiative vise aussi la cohérence avec le principe de neutralité, pierre angulaire de notre politique extérieure. Or, aujourd’hui, la Suisse joue un double jeu. D’un côté, elle se veut championne de la promotion de la paix dans le monde,  de l’autre, elle vend des armes. Où est la logique?

La cohérence, c’est de voter OUI à cette initiative. Pour que notre argent ne serve pas à financer du matériel de guerre !

9 septembre 2020

AIR2030 : Le prix de la sécurité

Suite à l'article d'Antoine Wasserfallen contre l'achat de nouveaux avions de combat et à la prise de position de notre comité et de nos élus, nous publions ici, dans une volonté de pluralisme, la réaction d'Alexandre Vautravers, colonel EMG et rédacteur en chef de la Revue militaire suisse.

La sécurité a un prix, certes, qui peut se chiffrer aisément. L’insécurité en revanche a un coût, beaucoup plus élevé et qui peut se révéler très difficile à estimer. Une fois la catastrophe en vue, ce coût est parfois impossible à assumer. La politique de sécurité de la Suisse a pour objectif de trouver le bon équilibre entre les risques et les moyens d’y répondre.

Une police d’assurance ne se calcule pas en fonction des frais administratifs de l’entreprise, ou du prix de la publicité, ou encore des déplacements des ses agents ou vendeurs. Le prix est fonction de ce que l’on veut assurer, protéger ou défendre. Le budget de la défense, quatre milliards de francs annuels ou 0,7% du PIB, est aujourd’hui adéquat pour assurer la protection et l’appui ou l’intervention, en cas d’urgences majeures sur notre territoire. Le renouvellement des forces aériennes se fera dans le cadre du budget ordinaire de l’armée. Il ne coûtera pas plus cher au contribuable helvétique.


L’armée suisse est vouée à demeurer encore longtemps la « réserve stratégique » du pays. Car la police ou la protection civile sont des organisations cantonales. Selon le principe de subsidiarité, c’est dans les mains de l’armée que l’on trouve : les biens logistiques et sanitaires, les troupes spécialisées pour appuyer les organisations « feux bleus » (police, hôpitaux, services techniques), l’aide en cas de catastrophe, sans oublier la police aérienne. Tous ces moyens sont payés et entretenus par le budget ordinaire de l’armée - une organisation constituée d’une centaine de milliers de citoyens-soldats ou de réservistes, encadrée par quelques milliers de professionnels.

Parmi les nombreuses obligations d’un Etat, on trouve celui de protéger sa population et les biens qui s’y trouvent, les évènements qui s’y déroulent. Depuis les années 1990, le nombre de formations de combat de l’armée suisse a été sensiblement réduit : des quelque 200 bataillons de fusiliers de la guerre froide, il ne reste désormais plus que 20 bataillons d’infanterie. Le Conseil fédéral souhaite cependant conserver un « noyau » et des compétences dans le domaine de la défense, au cas où la situation internationale devrait continuer à s’assombrir, ou au cas où il faudrait pouvoir coopérer avec nos voisins. Rappelons que l’on compte aujourd’hui une quarantaine de conflits armés à travers le monde, dont plusieurs aux frontières, voire au sein de l’Europe. La majorité de nos moyens militaires sont désormais orientés vers la protection des infrastructures critiques, des zones urbaines densément peuplées, la résilience de la société et de notre activité économique.

La Suisse est un petit pays, mais un pays qui compte dans les relations internationales. Plus de 177 pays y comptent une, voire plusieurs représentations permanentes. Trente-huit organisations internationales y disposent d’un siège. Et plus de 420 organisations non-gouvernementales y coordonnent leurs opérations à travers le monde. De très nombreuses conférences et rencontres internationales y ont lieu – dans le domaine de la santé, de l’action humanitaire, du droit international, du commerce mondial, de la propriété intellectuelle, de la finance et du développement. Abandonner la souveraineté aérienne signifie condamner, à moyen terme, les bons offices de la Suisse, sa neutralité et sa place privilégiée dans les relations ou le commerce international. Les rencontres, sommets et conférences se tiendront désormais ailleurs, dans des Etats qui assument leurs obligations et sont en mesure d’assurer l’organisation et la sécurité de ces évènements et des diplomates ou des personnalités qui s’y rendent.

La politique de sécurité de la Suisse est neutre, pragmatique, prévoyante, polyvalente. Elle se fonde sur une analyse des risques, l’adaptation à la situation internationale. Elle agit à long terme et investit dans des outils capables d’assurer à long terme la sécurité de la population vivant en Suisse, contre un grand nombre de menaces et dans un grand nombre de scénarios possibles. Notre sécurité requiert la collaboration de nombreux services – des services de santé à la protection civile, en passant par les pompiers. Mais dans les airs, au-delà de la durée de vie de nos F/A-18 en service actuellement, une relève sera nécessaire en 2030. C’est pourquoi le vote du 27 septembre 2020 compte. Le « oui » dans l’urne est le témoin de notre confiance et de notre responsabilité. Il en va de la sécurité à long terme de la Suisse et de sa place dans le monde.

Alexandre Vautravers
Rédacteur en chef, Revue militaire suisse (RMS+), 9.09.2020

5 septembre 2020

Un petit pays, perdu dans son "air2030"

OPINION
La petite Suisse veut se défendre. Pour rien. Contre personne. Pas d’ennemis. Pas de problèmes. Mais des fantasmes.

Une psychothérapie, oui. Un concept de défense, non.

200 km x 300 km à défendre (deux cents par trois cents kilomètres). Un mouchoir de poche. Parcouru en six minutes … six minutes, deux minutes dans un sens et trois minutes dans l’autre, la moitié, si en vitesse supersonique. Il faudrait en outre des avions encore plus rapides et soi-disant efficaces, pour gagner encore deux petites minutes ?


LE PROBLEME
On avait 34 avions acquis à grand prix entre le prix de base et les options supplémentaires pour plus de quatre milliards de francs (quatre milliards !). Quatre avions de l’achat précédent sont déjà tombés. Avec des Concitoyens morts (parfois deux par appareil). 
Il nous en reste trente. Ils vieillissent.

On veut les remplacer : qui veut ? l’armée suisse. Mais qu’est-ce que l’armée a à dire ? Rien, en fait, elle obéit.

La règle (le dogme) est que nous devons disposer d’une police du ciel suisse (pour deux et trois minutes de surveillance). On se croirait dans un conte de fées. La moitié du territoire si on se dépêche vraiment. Selon la vitesse en fonction du mur du son, mach 2, disons 1,8 avec les nouveaux modèles, économiques qui vont moins vite, tiens on peut ?).

L’armée n’a donc pas à s’exprimer. Elle prendra ce qu’on lui donne.

Ce sont les Affaires étrangères, le Département Fédéral des Affaires Étrangères (DFAE) qui doivent confirmer que c’est réellement une exigence de nos États voisins que nous faisions la police de notre ciel. Sans position des Affaires étrangères la position de l’armée est nulle et non avenue. Oups !

Sans cette position certifiée et réelle la population doit s’opposer.

Parlons "boutique"

LES AVIONS
Côté équipement, les mêmes fautifs, l’armée, qui croit pouvoir choisir toute seule, désire un chèque en blanc. Entre six et vingt-quatre milliards de francs suivant combien on compte et comment on évalue. Dit-elle.

Mais là une seule approximation compte : le calcul de combien d’avions sont vraiment nécessaires. 

Surprise : si on est économe et qu’on achète intelligemment, on peut se contenter de deux avions en patrouille (vous vous rappelez ce pays de deux cents par trois cents kilomètres) ?

Allez, soyons généreux avec notre force de protection, disons quatre appareils à la fois. (Il faudra gérer les croisements.) On pourrait dire deux en vol et deux en réserve par patrouille (4 en tout). 

Pour voler douze heures (12h) de suite, disons trois patrouilles, et on obtient douze (12) avions au total. Rafale avec Dassault (France) par exemple peut vraiment faire voler ces douze avions trente jours (voir leurs sites internet).

Avec toutes les escadrilles on "tient" notre ciel donc au moins trente jours de suite (maîtrise de 30 jours, qui dit mieux ?). Eh oui, c’est possible à peu d’appareils et de frais. On se demande qui fait les calculs dits de "projection".


ANECDOTE
Demandez combien de F/A 18 volent aujourd’hui ou demain, actuellement : davantage que deux à la fois c’est difficile pour l’armée suisse ! … qui tente d’atteindre la couverture intégrale du ciel en fin d’année … Bonne chance, dans un pays où déjà en mars 1990 ‘Le Canard Enchaîné trimestriel se moquait de notre aviation qui demandait à être attaquée les jours de semaine axu heures de bureau’, ce qui est encore le cas jusqu’à la fin de cette année. Quand je vous disais qu’on nous ment.

Peu de gens le savent : mais seule la moitié des F/A18 mondiaux vole actuellement par manque de pièces détachées. L’auteur qui a tenté de mettre sur pied un tel atelier de production de ces pièces en Suisse le sait bien. Pour le budget revisité du nouvel avion de combat, on prendra donc une modeste option de douze appareils supplémentaires à dix pour cent de coût supplémentaire, aux douze appareils de base et on a vingt-quatre appareils en cas de conflits. On sait compter. Eh oui.

LE CHOIX DU MATERIEL
Notre armée a de la peine à choisir, malgré les évaluations publiques et les choix disponibles : pas de problème : là aussi on peut aider. Prenons donc l’avion Rafale (Dassault) de nos voisins français. On échappe à la sphère intercontinentale américaine et on se rapproche d’un voisin bienveillant qui partagera équipements, recherche, développement et industrialisation avec nous. Tout autre choix est a-b-s-u-r-d-e. Absurde, oui. Cet avion français actuel est excellent et nos bienveillants et efficaces voisins développent des programmes d’industrialisation cohérents qui peuvent être partagés (justement en accord compensatoire) avec nous. Dans une langue commune, avec une culture commune, et une vision géopolitique partagée. Des gens comme nous. Vraiment.

LES COUTS
Ici c’est le discount. Si on n’achète que douze avions Rafale de base entre les prix du marché indien ou égyptien (prix des marchés actuels de l’appareil) on s’en sort à un milliard de francs (plus ou moins dix pour cent). Les douze unités en discount et leasing de plus à dix pour cent de leur prix (car en option). Total : 1,2 mia maximum. Le cinquième du prix d’achat de l’armée, et le coût de maintenance le plus bas du monde (oui, l’armée française optimise les coûts de navigation). Total : je le répéte, car on nous a rebattu les oreilles des quatre à six milliard d’achat, 1,2 mia au lieu des quatre à cinq milliards supplémentaires, pour une excellente efficacité. On nous a encore menti. (En dénigrant des voisins.)

COMPENSATION
On (la Confédération par l’armée) nous dit que ces programmes sont compensés par des achats identiques auprès de nos industries : eh bien avec les Américains cela n’a pas marché à plus de 70-75% en général. Même moins. Et avec un fort déséquilibre contre la Suisse romande ou italienne. Même le Contrôle fédéral des finances a constaté une vraie gabegie dans ce domaine.

CONCLUSION
Non à cet achat. Le message est biaisé. Les priorités politiques ne sont pas fixées par le bon département fédéral. Le budget est quintuplé. Il ne reste plus qu’à s’opposer … et au pire freiner aux quatre fers pour obtenir le choix continental avec la France en cas de défaite aux urnes. 

PS: Lors de la défaite (éventuelle) aux urnes le prochain article expliquera pourquoi l’absurde ou ridicule F35 ou le lourd Eurofighter ne font (justement) pas le poids face au Rafale. Nous, les alternatifs, les Verts, en politique, on s’adapte. Oui, on peut. Et en outre cela coûte beaucoup moins cher. Des milliards. Excusez du peu !

Antoine Wasserfallen, professeur, docteur ès sciences techniques EPFL, ancien consultant pour le groupe de compensation du programme d’armement de l’avion F/A 18

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