22 février 2014

L'éducation selon Oskar Freysinger

Dans mon dernier texte, je m'insurgeais des coupes budgétaires dans l'éducation en rappelant qu'Oskar Freysinger détenait également une part de responsabilité dans cette affaire. Quelques jours plus tard, ce dernier publie cette réponse indirecte : L'école, c'est le futur.
À la lecture de ce titre, je m'attends à lire des idées de réformes, des concepts visionnaires, des propositions concrètes. Au lieu de quoi, il ne nous livre qu'une sorte de critique des méthodes pédagogiques actuelles.

L'école, c'est le futur


En réalité, le titre nous induit en erreur. Quand un article s'intitule l'école, c'est le futur, on ne s'attend pas y trouver une défense de l'école du passé; le sujet principal - les désormais fameuses coupes budgétaires - est totalement éludé au profit d'une attaque des nouvelles méthodes pédagogiques.
On peut trouver ça étonnant de la part du Conseiller d'Etat en charge de l'éducation. Si les méthodes pédagogiques appliquées aujourd'hui ne le satisfont pas, n'a-t-il pas le pouvoir voire même le devoir de présenter des projets de réformes concrètes? Cela ne serait-il pas moins schizophrénique que d'attaquer l'enseignement dont il est le chef?
Et de là à dire que la "Chine forme chaque année, par des méthodes éprouvées, des centaines de milliers d’ingénieurs, de médecins… ou de professeurs hautement compétents"... Si les Chinois sont si bien formés, comment se fait-il qu'il n'aient pas encore obtenus la démocratie puisque, comme il le dit lui-même, "démocratie et formation vont de pair"? La Chine et l'URSS sont-elles les meilleurs exemples sur lesquels doit s'appuyer notre société?

Les leçons de l'histoire


D'après lui, si l'Union Soviétique avait appliqué des méthodes pédagogiques semblables à celles que l'on applique aujourd'hui, elle aurait perdu contre Hitler et n'aurait pas pu aller sur la lune. L'occident devrait en tirer une leçon, donc retourner aux méthodes qui ont fait le fameux succès de la Russie que nous connaissons tous. Un argument plutôt surprenant qui m'a laissé pantois!

En fait, de véritable leçon, Oskar Freysinger n'en donne aucune; un comble pour un ancien professeur!
Aucun chiffre, aucune étude, rien de concret n'est dit dans cet article pour corroborer ses vues, pas même le moindre exemple isolé. La seule leçon que l'on retire de tout cela, c'est que la génération qui est en cours de formation sera plus ou moins analphabète et causera la perte de notre canton. 

Je ne peux m'empêcher d'éprouver une certaine vexation à la suite de cet article. J'ai fréquenté il n'y a pas si longtemps l'école primaire et le CO d'Orsières, puis le collège de Saint-Maurice au terme duquel j'ai obtenu ma maturité gymnasiale, remise en mains propres de notre Conseiller d'Etat actuel qui nous a félicité et nous a dit que nous étions l'avenir de ce Canton. Aujourd'hui, j'apprends du même homme que c'est tout juste si nous savons lire et nous exprimer convenablement? N'y aurait-il pas un brin d'hypocrisie dans l'air?

Malheureusement pour lui, on m'a justement appris à ne pas croire tout ce qu'on me dit et je constate que la Suisse est toujours un pôle de compétitivité, que nos universités attirent des professeurs venus de tous les horizons et que la recherche helvétique a une renommée mondiale. Somme-nous en train d'être "évincés de toutes les aires de la connaissance de pointe"? Rien n'est moins sûr et, si quelque chose entrave la formation helvétique, c'est justement le genre d'initiative qu'il défend avec son parti.



Inutile de noyer le poisson


Personne n'est dupe, la tromperie est trop visible pour passer inaperçue. C'est bien joli de "s'engager à faire de l'école un sujet central de nos préoccupations et de nos efforts communs" ou de prétendre "au prochain exercice de ce genre, j'entrerai en résistance". Mais c'est maintenant que nous la voulons cette résistance, pas l'année prochaine! Les Valaisans veulent des engagements concrets. Les promesses, ça reste du vent et depuis quelques temps on en a suffisamment pour alimenter nos éoliennes pendant plusieurs années!
De nombreux Valaisans ont voté pour le professeur que M. Freysinger était, pensant qu'il serait de taille à combattre pour l'éducation de notre Canton. Il veut plus de moyens pour l'école valaisanne? Qu'il commence peut-être par convaincre son propre parti de la nécessité d'augmenter les budgets!

Je reprendrais pour finir sa conclusion qui est sûrement la phrase la plus sensée de son texte: "Le Valais mérite mieux qu’une école au rabais élaguée par des économies de bout de chandelle"!


Jonathan Darbellay

4 commentaires:

  1. Bravo Jonathan,
    Excellente réponse!

    P.S. J'ai beaucoup ri en voyant ta première illustration...

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  2. Les familles, tout spécialement celles des classes moyennes et pauvres, sont en train de payer sur tous les fronts pour les baisses d'impôt que la majorité C et C leurs ont octroyés. On leur avait promis du rêve, dès demain ils devront faire face à la réalité.

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  3. La pédagogie, le seul sujet sur lequel Oskar a peut-être raison...

    http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Lev_Vygotski

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  4. Merci pour cet article.
    Je reste choqué après la lecture de l'article d'Oskar...
    Je ne crois pas savoir, qu'à l'époque de nos grands-parents le valais brillait, par son potentiel intellectuel.
    Une école bien faite pour les premiers de classe doux et malléable à souhait, une école pour produire les fameux moutons des affiches du PARTI.
    Pour les autres rebelles, un peu moins doué, ou avec une difficulté quelconque c'est le bonnet d’année au fond de la classe.
    Je sais de quoi je parle car dans les années 70 l'école était encore bien inspirée de ces pratiques "Soviétique". J'ai la chance d'être dyslexique, et cette école "Stalinienne" vous écrase, vous définit comme crétin des alpes et vous oublie. C'est seulement par un parcours personnel après l'école que j'ai peu faire mon école d'ingénieur.
    Je suis satisfait du chemin parcouru par l'école entretemps, car ma fille également dyslexique a pu avoir un peu plus d'écoute et d'espace pour évoluer.
    Ceci dit, veuillez m'excuser des inévitable fautes en tout genre que je produis. L'école "Soviétique" n'a pas pris soin de mon français. Ce n’est de toute façon pas facile avec un dyslexique...
    Michel B.

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