15 septembre 2021

Le postulat pour le respect du français académique ne respecte ni le français, ni l'académie.

POS_2019.12.476_POS_2019.12.476_Pour le respect du français académique 

POSTULAT 
Auteur: UDC, par Damien Raboud, Alexandre Cipolla, Cyrille Fauchère et Blaise Melly

Objet: Pour le respect du français académique 

Date 11/12/2019 Numéro 2019.12.4 

Fort de ces considérations, nous demandons à ce que tous les services de l'Etat appliquent les règles et directives de la bonne utilisation de la langue française, en soient les garants et les promeuvent en toutes circonstances, dans toutes leurs productions, et qu'ils n'en dérogent pas à des fins idéologiques ou pour tout autre dessein. 

Telle est la conclusion du postulat signé par messieurs Raboud, Cipolla, Fauchère et Melly, pour le respect du français académique. La dream team de l'UDC en matière d'érudition. 

Or ce postulat s’achève par une horrible faute d’accord, dont la règle ne relève pas de l’académie mais de la grammaire élémentaire: l’adjectif «fort» s’accorde avec le sujet «nous» dont il est épithète et doit donc s’écrire au pluriel. L’adjectif «fort» n'est invariable que dans la locution se faire fort de, se déclarer assez fort. Elle se faisait fort d'amener Octavie à des confidences.

Quant à l’horrible tournure «nous demandons à ce que», nos suisses indépendants, qui récusent les juges étrangers, se moquent, en l’employant, de l’Académie qui l'a proscrite et du même coup paradoxalement plaident pour une application contraire de la conclusion de leur propre postulat. Les éminents Damien Raboud, membre de la commission interparlementaire de contrôle de la Convention scolaire romande, Alexandre Cipolla, enseignant auprès de l’EPIC et de l’EPSC, le Dr. Cyrille Fauchère, collaborateur scientifique à l'Université de Fribourg avec charge de séminaire et proséminaire au Département de Patristique et d'Histoire de l'Eglise et enfin Herr Professor Doktor Blaise Melly, professeur d'économétrie au département d'Economie de l'Université de Berne  n'appliquent pas les règles et les directives de la bonne utilisation de la langue française au moment où ils postulent que ces règles et directives soient contraintes par décision du gouvernement. On ne peut imaginer plus grossier.

Le tour demander à ce que est assez récent. Au début du vingtième siècle, il ne figurait dans aucun dictionnaire. Quand il apparaît, à son sujet grammatici certant, « les grammairiens débattent ». Certains le considèrent comme fautif. Quelques-uns, moins sévères, constatent bien que la locution conjonctive à ce que résulte d’un étrange mélange entre la construction où l’objet est une subordonnée complétive (demander que l’on se taise) et celle où l’objet est un infinitif prépositionnel (demander à sortir), mais n’en blâment pas pour autant l’usage. D’autres enfin proscrivent ce tour en signalant qu’il est inutilement lourd. Nous partageons ce point de vue et nous rappellerons donc que demander à ce que n’ajoute rien au sens de demander que et que, en matière de langue, le plus souvent, entre deux mots ou locutions, il faut choisir les moindres.

L'Académie Française, 6 avril 2017.


Le régent

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