19 août 2017

Réflexion pour la rentrée scolaire

A l’heure où nos petits chérubins commencent leur année scolaire, j’aimerais vous faire partager un extrait de l’essai Les Yeux Ouverts, paru en 1980, aux éditions Le Centurion. Les Yeux Ouverts rassemble un ensemble d’interviews de l’écrivaine et poète Marguerite Yourcenar (1903-1987), qui fut la première femme élue au sein de l’Académie française. Cet extrait n’a rien perdu de son actualité.

« Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation d’un enfant. Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.
Marguerite Yourcenar

Il apprendrait que les hommes se sont entre-tués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.

On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles.

On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.

On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.

En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique et aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions de ce monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.

On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.

Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses importantes plus tôt qu’on ne le fait »

Marguerite Yourcenar

Texte proposé par Bernadette Murisier

1 commentaire:


  1. Vous avez d’excellentes lectures.
    Je vous félicite et vous encourage à poursuivre votre chemin.

    Un admirateur
    Zufferey de Cratogne (comme Catogne mais avec un r)

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