4 janvier 2017

Restera-t-il du temps pour parler des vrais sujets?


Le Valais politique est en ébullition depuis l'annonce de la candidature de Nicolas Voide aux côtés d'Oskar Freysinger. Le 23 décembre, c'était le lancement du Rassemblement citoyen Valais emmené par Jean-Marie Bornet qui faisait les gros titres. Plus tôt encore, la réconciliation entre Stéphane Rossini et Esther Waeber-Kalbermatten qui permettait de mettre en place une liste ouverte à gauche.
On le voit, la campagne des cantonales 2017 a commencé depuis plusieurs semaines; depuis des mois pour certains, comme le PDC, qui a annoncé ses candidats en mai dernier déjà. Et si à l'heure où j'écris ces lignes quelques politiciens peaufinent encore l'officialisation de leur candidature, la liste des prétendants est quasiment connue de tous.

Et pourtant, je suis frappé qu'on ne parle dans cette campagne - comme dans la plupart des précédentes d'ailleurs - que de stratégie, d'alliances ou de reports de voix. Au café du commerce et sur les réseaux sociaux, on se demande si Rossini peut obtenir suffisamment de voix dans le Haut pour être élu, si Voide doit être évincé du PDC, si le Chablais va se mobiliser derrière Pottier ou si Freysinger fera plus ou moins que 50'000 voix. Tout ce que le Valais compte de commentateurs et d'analystes du dimanche ne parle que de cela. A croire que la politique n'est qu'un gigantesque concours hippique où il s'agit de miser sur le bon cheval.

Mais ce sont justement ces jeux politicards, ces arrangements à la petite semaine, voire ces combinazioni qui exaspèrent les citoyens et qui font qu'aujourd'hui une part importante de l'électorat ne se déplace même plus jusqu'aux urnes.

Dans une démocratie, il est fondamental que l'on débatte de projets et de vision politique plus que de stratégie électorale. Voici quelques questions qui intéressent les Valaisannes et les Valaisans et sur lesquelles on entendrait volontiers les candidates et candidats au Conseil d'Etat*:

  1. Quelle politique comptez-vous mettre en place au niveau cantonal pour accompagner la transition touristique en cours (désintérêt croissant pour le ski, manque de neige, ...)? Reconnaissez-vous d'ailleurs la réalité de cette transition?
  2. Comment comptez-vous favoriser une meilleure répartition des richesses entre les communes du canton? Comment comptez-vous vous assurer que les femmes obtiennent le même salaire que leurs collègues masculins? Quels moyens comptez-vous mettre en place pour lutter contre le dumping salarial?
  3. Comment comptez-vous réformer nos institutions politiques de manière à ce qu'elles s'adaptent aux nouvelles réalités vécues par la population valaisanne? Comment faire en sorte que toutes les opinions soient entendues dans l'espace public?
  4. Comment comptez-vous diminuer l'exode des cerveaux (étudiants valaisans ne rentrant pas au canton après leurs études) et leur offrir des postes de travail intéressants en Valais?
  5. Comment comptez-vous accompagner la transition du marché du travail en cours (notamment dans le domaine de la construction) en développant de nouveaux secteurs d'activité?
  6. Comment ressouder les liens entre les deux parties linguistiques du canton?
  7. Quelles réponses apporter au niveau cantonal à la digitalisation de nos modes de vie: ubérisation de l'économie, robotisation des tâches et risque de suppressions d'emplois, cours de codage informatique dans les écoles, protection des données privées?
  8. Comment protéger notre environnement (qui reste notre meilleur argument touristique) et à la fois permettre un développement harmonieux des populations locales?
  9. Quelles mesures concrètes comptez-vous prendre pour instaurer une plus grande transparence dans la gestion de la chose publique, afin d'éviter de nouvelles "affaires" dans notre canton?
  10. Comment comptez-vous répondre à l'énorme défi énergétique auquel notre canton fait face? Faut-il recantonaliser totalement ou partiellement les infrastructures hydrauliques? Comment positionner notre canton comme leader dans le domaine des nouvelles énergies?
Ayant voulu me limiter à dix questions, j'ai dû faire des choix. Il serait néanmoins intéressant de parler aussi d'infrastructures (A9, écoles, routes), de fiscalité, de santé et de sécurité. Parmi ces questions, la plupart sont déjà arrivées sur la table du Conseil d'Etat, certaines ont même été débattues au Grand Conseil. Mais la population a le droit de savoir ce que ses futurs représentants pensent de ces thématiques importantes.

Pour être parfaitement honnête, il convient de préciser que plusieurs candidats ont tenté de parler de ces sujets de fond: Jean-Marie Bornet a recensé 80 propositions pour le Valais, Stéphane Rossini en annonce 100 pour les semaines à venir et Christophe Darbellay une dizaine de thèmes. Alors pourquoi n'en parlons-nous pas? Pourquoi en restons-nous désespérément au niveau des pâquerettes?

Il appartient désormais aux candidats, tous partis confondus, de reprendre la main sur cette campagne et d'imposer leurs projets et leur vision dans les discussions. Il en va de leur responsabilité. Et du respect envers les citoyennes et les citoyens de ce canton.

J. Lovey
Entremont Autrement

* NB: La liste n'est, bien entendu, pas exhaustive, ni structurée de manière particulièrement logique, mais elle a le mérite de recentrer les politiques sur les préoccupations des citoyens (même si tout le monde ne se reconnaîtra pas dans toutes ces interrogations). Chacun est d'ailleurs libre d'ajouter ses propres questions dans les commentaires.

1 commentaire:

  1. Heureux de lire...enfin un article évoquant ce que les citoyens attendent des politiciens en mal de gloire ! Le problème, pour beaucoup d'entre eux, réside dans le fait qu'ils ne possèdent ni la capacité de s'exprimer correctement, ni celui de nous offrir une prise de position compréhensible ! Ils jouent, ils critiquent les éventuels concurrents, ils occupent leurs journées à ne rien offrir de concret !

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