2 août 2020

Tirons ces loups

Le 27 septembre 2020 le peuple suisse est appelé à voter sur la révision partielle de la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages. Une fois encore ce débat enflammé me touche et m’amène à écrire quelques mots.

Premier constat, la loi actuelle légiférant la chasse date de 1985, période durant laquelle plus aucun loup ne vivait en Suisse. Avec le retour de l’animal dès 1995 puis des premières meutes dès 2012, notre pays compte aujourd’hui près de 80 loups, principalement dans notre canton. En plus de parcourir nos forêts, le loup tue. Il tue pour se nourrir, mais pas seulement, et laisse malheureusement derrière les traces de son funeste passage, des paysannes et paysans en colère, découragés et fatigués. Ces mêmes femmes et hommes qui travaillent tous les jours, dimanches compris, dans des conditions difficiles pour entretenir nos paysages.

Dès lors, l’animal alimente les débats politiques ou de bistrots, contribuant également à nous monter les uns contre les autres. D’un côté les éleveurs ou chasseurs sans cœurs et sans scrupules, prêts à tuer par soif de victoire et de virilité ; de l’autre les défenseurs bourgeois, écolo-bobo-romantico, d’une nature dans laquelle ils ne vivent pas. Des discussions sourdes, des éleveurs et éleveuses en à bout de nerfs, des citadins ravis de leurs balades alpines du week-end, rien ne semblait pouvoir un jour rallier les deux camps. Jusqu’à cette proposition de révision partielle de la loi fédérale qui définit les animaux sauvages protégés, les espaces animales pouvant être chassées et les périodes de protection. « Enfin ! », ai-je pensé, enfin un équilibre entre préservation et protection.



Concrètement, cette nouvelle loi apporte les ajustements suivants :
  • Les cantons seront obligés de tenir compte des principes du développement durable et des exigences de la protection des animaux lorsqu’ils réglementent et organisent la chasse.
  • Douze espèces de canards sauvages seront désormais protégées de la chasse. De plus, la période de protection de la bécasse des bois est plus longue.
  • Sur le plan national, environ 300 voies de liaison naturelle des animaux sauvages seront protégés pour ainsi restés connectés. Des ponts et des passages souterrains seront construits pour les animaux aux abords des voies de chemin de fer et des routes.
  • La Confédération participera financièrement davantage à la surveillance cantonale de la faune.
  • Les agriculteurs devront ériger des clôtures respectueuses de la faune sauvage.

Globalement, nous pouvons donc à mon sens considérer que ces propositions sont bien des améliorations d’une vieille loi complètement obsolète.

Seulement voilà, reste le débat éternel du loup. En ce sens, voici les modifications proposées :
  • Ce sont les cantons qui pourront désormais décider de faire abattre les membres d’une meute avant que des dégâts ne soient causés. Cet abattage est évidemment soumis à plusieurs conditions : le canton devra agir de manière proportionnée et ne pourront pas intervenir dans une meute qui reste éloignée des troupeaux et des villages. De plus, il devra justifier au préalable la nécessité de ces tirs auprès de la Confédération.
  • Le loup demeure une espèce protégée et les meutes seront conservées. La Confédération et les associations de protection de la nature pourront toujours recourir contre une décision cantonale d’abattage.  
  • En ce qui concerne les loups solitaires et comme c’est déjà le cas aujourd’hui, le canton peut autoriser le tir d’un loup solitaire lorsque des dégâts sont occasionnés en dépit de mesures de protection des troupeaux de moutons et de chèvres. Dorénavant, il pourra également autoriser l’abattage d’un loup solitaire lorsque ceux-ci présentent un comportement attirant l’attention (intrusion dans une bergerie ou vagabondage sans crainte dans un village par exemple).
  • Enfin, la loi révisée renforce les obligations des agriculteurs et agricultrices en matière de protection des troupeaux. Pour qu’une indemnisation soit versée pour les chèvres et les moutons tués, il faudra que les animaux soient protégés par un chien ou une clôture.

Si l’on sort du strict débat émotionnel, on peut se rendre compte que cette loi se lit comme un dialogue entre deux mondes opposés. D’un côté il s’agira de protéger les éleveurs et éleveuses dans leur travail et d’un autre de les responsabiliser et de tout mettre en œuvre pour assurer la protection de leurs animaux. Pourrait-on trouver meilleure alternative ?

Reste le dernier argument des opposants : « nous ne devons pas vouloir maitriser et dominer la nature ». Mais la maitriser et la dominer ont deux significations complètement opposées. Les hommes et les femmes qui y vivent et y travaillent tous les jours sont les premiers conscients qu’on ne la domine pas, bien plus que de nombreux citadins laissant trainer leurs ordures après leur pique-nique. En revanche il est important pour eux de pouvoir continuer à travailler dans des conditions dignes. Leur labeur demande plus de passion et de respect pour la nature qu’on ne peut imaginer, à nous de respecter leur travail.

Je voterai donc OUI à cette nouvelle loi sur la chasse car elle répond concrètement à cette guerre d’usure qui dure depuis bien trop longtemps dans notre canton. Elle est juste et appropriée à la situation actuelle, elle est adaptée à la nature et non aux égos. Elle définit un juste milieu, un équilibre précieux entre l’environnement ainsi que les hommes et les femmes qui font un travail de fou pour en prendre soin, et c’est bien tout ce qui compte.

Roxanne Di Blasi Giroud

4 commentaires:

  1. Qui a peur du grand méchant loup ?
    Pas moi, pas moi, pas moi...

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  2. NON à cette loi inique.

    Delphine Klopfenstein Broggini explique très bien pourquoi vous avez parrfaitement tort, Mme Giroud.

    Alors que l’Europe entrait en confinement au début du printemps, la nature, débridée, libérait ses animaux sauvages. N’a-t-on pas vu, avec émotion, des sangliers se promener dans les rues de Barcelone ou des cygnes glisser sur les eaux de la lagune vénitienne ? Ce sont des mêmes animaux ou presque dont on reparle aujourd’hui. Le 27 septembre prochain, la population suisse devra en effet se prononcer sur la révision de la loi sur la chasse. Un intitulé court et qui porte bien son nom. En quelques années de débats, nous sommes passés d’une loi rédigée pour la protection des animaux sauvages à une loi qui les traque. De son nom complet, la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages est devenue une loi d’abattage.

    Dans sa nouvelle mouture, la loi permet au Conseil fédéral, en tout temps et sans l’avis du Parlement ou du peuple, d’étendre la liste des espèces « régulables ». Les animaux ciblés par de nouveaux tirs seraient le lynx, le castor, la loutre, le héron cendré ou le canard harle bièvre. Les espèces menacées sont par ailleurs toujours sujettes à la chasse, comme le coq de Bruyère, la perdrix des neiges ou la bécasse des bois, ce bel oiseau, dont le plumage ressemble à des écailles, pro du camouflage et qui, tapis au sol, saura peut-être échapper aux chasseurs !

    Le principe du tir préventif surgit aussi de la loi. Des dégâts ne sont plus requis pour réguler une population. Autrement dit, on est dans l’anticipation et la probabilité de causer des dommages, avec une marge d’interprétation et d’évaluation. Cela d’autant plus que les cantons sont désormais seuls à bord pour décider de l’abattage ou non : les animaux sont en proie à l’appréciation cantonale, plus perméable aux groupes de pressions locaux.

    Et le loup dans tout cela ? Cet animal de légende, entre peur et divination, est aussi l’animal qui régule naturellement les ongulés, comme les cerfs, les chevreuils ou les sangliers, permettant à la forêt de mieux se renouveler. Pour le tenir éloigné des moutons, les chiens de protection des troupeaux jouent un rôle central.

    Pour respecter les animaux sauvages, assurer leur diversité mais aussi protéger les forêts de montagne, il faut refuser cette loi. Ce débat devrait aussi nourrir la réflexion sur notre rapport au sauvage et à cette idée immuable de vouloir toujours domestiquer le monde.

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