20 mars 2016

Un rapport un peu mince

Le rapport des experts concernant l’affaire de Verbier a été diffusé. Le président de la commune a reconnu ouvertement que la loi avait sciemment été détournée, Le Gouvernement valaisan a désigné une commission chargée d’examiner cette affaire… et le tour est joué. Finis les jeux de bac à sable. Tout va rentrer dans l’ordre et tout le monde est content.

Vraiment ?

D’abord, le texte publié laisse forcément un goût d’inachevé. Il y manque des paragraphes sans doute importants mais surtout, il ne s’agit que d’un résumé puisque seules 9 pages sont à la disposition du public alors que le rapport complet en comporte 59. La version fournie est signée par l’un des deux experts, Pierre-André Veuthey, qui ne s’est guère exprimé sur le sujet semble-t-il. Elle a été reconnue conforme à l’original par Me Sébastien Fanti, sans mention particulière concernant les paragraphes manquants. Enfin, elle n’a pas été signée par l’expert Léonard Bender, ce qui laisse quand même entendre une certaine réserve de sa part quant au procédé.

D’emblée, on constate que sur les 3 questions posées par la commune, seules 2 figurent dans le résumé de l’expertise. La dernière a été gommée. Pourquoi ? Le président Rossier estime que les experts sont allés «au-delà du mandat de base». Leur zèle aurait dû se limiter aux 12 dossiers déjà connus du Nouvelliste. Mieux encore, le président avoue que «ce mandat a fait l’objet d’un contrat oral». Pour un mandat à Fr 45'000.- (comme le président s’est plu à le préciser), on aurait pu s’attendre à un mandat clair, précis et écrit. On aurait pu aussi s’attendre à ce que les experts puissent présenter eux-mêmes leurs conclusions (Bagnes n’est pas la FIFA). Que peut-on attendre, dès lors, de la nouvelle expertise confiée à l’ancien juge fédéral Claude Rouiller qui devra simplement «établir un rapport complémentaire sur les points qui n’ont pu être étudiés par les experts précédents» (lesquels ?) «et sur les faits qui pourraient être imputés au président de la commission communale des constructions». Et les autres ? Evidemment, on ne va pas chercher des poux aux autorités communales puisqu’elles ont déjà avoué leur faute en toute candeur et qu’elles ont agi pour une si noble cause.

Comment pourra-t-on s’assurer que les pratiques illégales observées ne concernaient que les quelques dossiers examinés ou qu’elles sont limitées strictement au territoire de la commune de Bagnes, alors que le président lui-même a laissé entendre une certaine complicité des autorités cantonales ou qu’à Zermatt, on faisait encore pire? Là, évidemment, c’est trop en demander.

Là où cela frise le ridicule, c’est quand le conseil communal déclare en réaction à l’affirmation des experts selon laquelle aucun mandat clair n’avait été donné à la commission des architectes mise en place au plan communal que c’est faux. Il y avait bien une «directive de fonctionnement». Mais elle n’a jamais été communiquée aux membres de la commission (sic), allez savoir pourquoi.

Bon. On comprend bien que la commune aurait préféré que ce dossier reste confidentiel et que tout puisse continuer comme avant. Mais face à un tel gâchis, difficile de déceler une volonté ferme de tourner la page et de mettre un terme à des pratiques aussi douteuses qu’inconvenantes.

Antoine Cretton, Entremont Autrement

3 commentaires:

  1. Lamentable. Et Monsieur Rossier ose parler de transparence.

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  2. Excellent article M. Cretton !

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  3. Léonard Bender nous précise qu'il a bel et bien signé la version du rapport remise à la presse. Dont acte.

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