6 février 2018

JO Sion 2026: Choisir entre conscience et responsabilité ou vanité et course en avant…

Ce texte d'Yves Ecoeur est d'abord paru sur le blog de l'1dex et sur son mur Facebook. Nous le reproduisons ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Lettre ouverte aux Valaisannes et aux Valaisans


Je sais, je ne suis pas un bon client pour les JO. Ne possédant pas de télé et passant plus de temps dans mes baskets ou sur mes skis de fond qu’à regarder un petit écran, je ne fais pas partie du public cible de la manifestation. Oui cependant je m’enthousiasme pour des exploits sportifs et je regarde parfois, il est vrai plutôt des disciplines que je pratique ou un Mundial de foot par exemple. Ceci dit je ne rédige pas cette lettre pour moi donc je devrais faire fi des premiers éléments personnels. Mais je ne peux pas taire le second et omettre que je ne me suis jamais rendu ni à Sotchi, ni à Lillehamer (pourtant déjà été en Norvège) ni à Nagano et j’en passe. Ceci simplement pour dire que oui j’ai entendu parler ces lieux, certains en bien comme Lillehamer et d’autres pas. Par contre, oui je suis passé par St-Moritz ou Alberville et pas à cause des JO passés. Ainsi réfutons le premier argument évident qui est celui des retombées futures d’éventuels JO: Celles-ci sont très négligeables sur le long terme et même de nombreux touristes habituels ne viendront pas durant les JO et iront en France, Autriche ou Italie tout proche. Reviendront-ils après avoir découverts la qualité d’infrastructure et surtout l’accueil dans ces régions? La question mérite d’être sérieusement étudiée.
Les questions et objections de nature environnementale entre autre ont déjà été présentées par les Verts (entre autres objections soulevées) et je ne vais donc pas y revenir car des arguments solides on été présentés. Cependant il faut savoir que durant les 15 jours à un mois d’activité intensive les inconvénients et l’impact sur la nature seront massifs, il ne faut pas le négliger ni peindre le diable sur la muraille mais juste en être conscient.

Une question de confiance oui.
Un rapide regard sur la liste du CIO fait froid dans le dos: entre les marquis, comtes et autres nababs et potentats (je sais je suis férocement démocrate et n’apprécie pas le népotisme) il faut bien y regarder pour trouver de sympathiques sportifs et personnes désintéressées. Il y a certes des purs, aussi, cependant il y a de nombreuses personnes à la tête de fédérations sportives qui sentent le soufre. Souvenez-vous des descentes de police à Zürich dans le cadre des affaires de la FIFA… Et bien, ce sont ces gens-là qu’il faudra convaincre si le oui l’emporte en juin. Pas sûr qu’un carton de golden ou d’abricots de Moret fruits à Martigny ou un carton de fendant de Varone à Sion fera l’affaire… Le comité de candidature est-il prêt à mettre en place la stratégie gagnante et les moyens spéciaux idoines? Je le dis tout net, je n’ai aucune confiance dans l’appareil du CIO malgré les efforts honnêtes de certaines personnes qui y sont actives.
Evidemment je crois en l’enthousiasme des éventuels futurs bénévoles, et des sportifs accomplis ou encore en herbe et qui veulent les JO ici. Dommage de les décevoir par une position critique, je sais. 

Une question de priorités
Pour rappel nous votons sur la Constitution en mars et l’on entend le Conseil d’Etat s’exprimer (en tout cas Monsieur Favre) presque uniquement sur les JO dont la votation a lieu en juin, cherchez l’erreur… Déjà maintenant l’éclat des lumières olympiques attire toute l’attention et les énergies. Imaginez si on les obtient automne 2019! Finies les arguties concernant une nouvelle constitution car ce qui comptera ce sera uniquement les JO: tu penses bien le monde nous regarde! Faudra pas être trop regardant sur des conditions de travail, sur cinq arbres mal placés ou sur d’autres aspects du vivre ensemble si tout est conditionné par l’ambition, ou plutôt la vanité, qui fera avancer ce canton durant ces prochaines années. A la lecture des commentaires sur les réseaux sociaux je n’ose imaginer l’union sacrée obligatoire qui règnera en Valais durant plusieurs années. Obligation de participer, d’aimer les JO à nous, et interdiction de critique sous peine de se faire traiter de pisse-froid, négatif, anti-jeunes tout cela est (déjà) au programme.

Pour moi les urgences climatiques dont les effets sont déjà présents (éboulements, avalanches de nouvelle nature, inondations etc) doivent être au centre de la stratégie cantonale. De même le vivre-ensemble entre générations et entre cultures, ou la question d’une croissance consciente et partagée représentent des défis centraux qui méritent un plan d’action valaisan et national qui n’a rien à voir avec l’organisation des JO. La conscience et l’intelligence à mettre en œuvre pour relever ces défis doivent prévaloir et les moyens trouvés pour les JO seraient mille fois mieux investis pour ces causes. Développer une politique et une éducation vantant la complémentarité et l’émulation plutôt que la compétitivité, voilà la direction à prendre. Ou, et pour faire peur à certains, introduire des moments de méditation en pleine conscience dans le cursus scolaire ferait plus de bien à la paix entre les peuples que deux semaines de bastringue olympique… Je sais je rêve… de ranimer la flamme humaine !

Yves Ecoeur

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