12 septembre 2017

Pourquoi Entremont Autrement se trompe

Ce que j'apprécie tout particulièrement dans le mouvement Entremont Autrement c'est qu'on y garde toute sa liberté d'expression, y compris lorsque l'on n'est pas d'accord avec ses positions officielles. Je sors donc aujourd'hui d'une certaine réserve pour exprimer l'incompréhension que suscite chez moi le NON de mes camarades à la réforme de la prévoyance vieillesse 2020, en démontant un certain nombre d'arguments que j'estime fallacieux.

"Le relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans est inacceptable"
Et pourquoi donc?
Je ne peux pas concevoir que des gens qui réclament à longueur d'années une vraie égalité hommes-femmes, la refuse quand celle-ci peut se concrétiser. L'égalité exige que l'on fasse tomber les régimes spéciaux qui distinguent encore, au niveau des retraites, les hommes et les femmes. Toute égalité comporte des avantages et des inconvénients, ici il s'agit malheureusement d'un inconvénient. Il n'y a aucun argument rationnel pour refuser cette juste correction.
Le fait que l'égalité salariale ne soit pas encore pleinement réalisée - bien que légalement déjà existante - ne peut pas servir d'argument pour refuser une adaptation de l'âge de la retraite des femmes. On ne justifie pas une inégalité au moyen d'une autre inégalité. Imaginez que l'on retourne l'argument dans l'autre sens: "nous n'avons pas besoin d'égalité salariale, car les femmes partent déjà à la retraite une année plus tôt". L'ineptie de cet argument digne de la cour d'école saute aux yeux.
Il convient de lutter efficacement contre les disparités salariales entre les hommes et les femmes, mais cela est un autre sujet, qui n'a rien à voir avec la présente réforme.

"Cette réforme n'est pas sociale"
Pourtant 500'000 femmes en profiteront directement: celles qui ne rentrent pas dans les standards de la cotisation LPP. Augmenter l'AVS, même modestement, est un avantage indéniable pour elles.

"Cette réforme n'assure pas la pérennité de l'AVS à long terme"
Effectivement, la réforme PV2020 sur laquelle nous voterons le 24 septembre prochain n'assure pas l'AVS au-delà de 2030. Il faudra une nouvelle réforme des retraites après celle-ci.
Est-ce une raison pour refuser celle qu'on nous propose? Non, bien entendu. Depuis 20 ans, les Suisses ont renvoyé au gouvernement toutes les propositions faites, il est temps aujourd'hui d'avancer dans ce dossier crucial. La réforme proposée n'est pas parfaite, la suivante ne le sera pas non plus. Mais c'est comme cela que l'on avance dans ce pays, au moyen de petits pas qui permettent gentiment de construire un édifice pérenne.
Refuser PV2020, c'est prendre le risque de voir les caisses se vider encore plus vite. Cette réforme offre un bol d'air avant d'engager de nouveaux gros chantiers.

"Nous renégocierons une nouvelle réforme en cas d'échec"
La gauche idéaliste aime à penser que lors des prochaines réformes, elle pourra faire passer ses projets (renforcement du premier pilier, augmentation des rentes, flexibilisation de l'âge du départ à la retraite, etc). Elle oublie cependant bien vite qu'elle est très minoritaire dans ce pays (et cela depuis sa fondation). Plusieurs projets "de gauche" n'ont d'ailleurs pas passé la rampe face au peuple: AVS+, impôt sur les successions.
En cas d'échec de PV2020, la majorité PLR-UDC du Conseil national reviendra - et ils l'ont déjà annoncé - avec une proposition de hausse de l'âge de la retraite à 67 ans. Que ferez-vous alors? Vous lamenterez-vous pour dénoncer ce coup de force inacceptable? Il est absolument illusoire d'imaginer qu'avec de bons sentiments et la fleur au fusil, nous parviendrons à raisonner cette droite bourgeoise-là, pour qui la retraite à 67 ans est le Graal!

"Luttons mieux contre l'évasion fiscale pour compenser les pertes de l'AVS"
Il est évident qu'il faut lutter beaucoup mieux et beaucoup plus volontairement contre l'évasion fiscale. Par contre, on ne finance pas durablement une assurance sociale en récupérant de l'argent dans un tout autre domaine. L'AVS doit être stabilisée par elle-même, en interne d'une certaine manière, c'est le seul moyen d'en assurer la survie à long terme. Alors rêvons, quand les caisses seront vraiment dans le rouge, le peuple acceptera-t-il peut-être plus volontiers des idées qui aujourd'hui n'ont aucune chance.

Chers amis d'Entremont Autrement et d'ailleurs, il s'agit aujourd'hui d'être réalistes. La réforme PV2020 est loin d'être idéale: elle impose une baisse cruelle du taux de conversion du 2e pilier, elle crée une cassure générationnelle entre les cotisants de moins de 45 ans et les autres, elle n'assure pas à long terme notre système de retraites. Par contre, cette réforme est la seule que nous ayons. Elle est le fruit de compromis arrachés difficilement par les élus à Berne. Elle apporte de plus une revalorisation des rentes du premier pilier de 70.-, c'est modeste mais beaucoup pensaient que ce ne serait pas possible.

Je vous invite donc à abandonner un certain dogmatisme et à considérer le problème des retraites dans sa réalité et dans son urgence en votant OUI à cette réforme le 24 septembre.

J. Lovey

7 commentaires:

  1. Non, l'argument de l'inégalité salariale n'est pas digne d'une cour d'école. Ton propos est plutôt insultant envers les femmes qui donnent déjà énormément à la Suisse (maternité, éducation des enfants, travaux non rémunérés, bénévolat, prise en charge de leurs parents et beaux-parents, garde des petits-enfants et tout cela en plus de leur travail). Avant de réformer l'AVS, attaquons-nous à cette inégalité qui est une honte pour la Suisse (qui porte sur 7,7 milliards de francs de manque à gagner)et l'AVS n'aura plus besoin d'être réformée. Ce n'est pas dogmatique, c'est logique.

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  2. J'ai longtemps hésité avant de glisser mes 'NON' dans l'enveloppe de vote. La seule raison à l'origine de mon hésitation est que je suis convaincu que la droite (conservatrice, libérale et extrême), qui est depuis toujours majoritaire aux chambres fédérales, ne proposera certainement jamais un paquet aussi 'soft' que celui proposé au vote actuellement pour régler la problématique du financement de l'AVS.
    Deux points essentiels pour moi ont fait pencher ma balance. La première touche à l’imposition. Je me suis toujours battu afin que l’écart de moyens entre citoyens diminue au lieu de continuer à s’amplifier. L’augmentation de la TVA creusera davantage ce gouffre et je ne peux l’accepter pour financer une sécurité sociale. La deuxième touche à l’égalité homme/femme. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître que les femmes sont prétéritées dans notre système économique. Avec la réforme proposée, l’écart homme/femme tendra à se creuser et non l’inverse.
    Pour ces deux raisons, je ne soutiendrai pas la réforme proposée, tout en sachant que la droite ne proposera rien de plus attrayant dans le futur pour régler la problématique du financement de l’AVS, mais que le peuple ne soutiendra probablement jamais une proposition de réforme plus dure dans les urnes.
    P.S. : le OUI de Josué et mon NON, démontre juste que certains de nos curseurs n'ont pas la même importance dans notre décision sur ce vote, mais par contre, il ne remet en aucun cas en cause notre amitié réciproque ni notre engagement pour un monde plus juste et équitable.

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  3. Enfin un peu de bon sens, on ne retrouvera plus jamais la possibilité d'un tel compromis au conseil national, qui s'est joué à une voix contre le PLR et l'UDC, toutes les prochaines solutions seront merdiques. Merci à Josué de nous le rappeler.

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  4. Moi femme, je ne voterais jamais oui à ce projet. Et voilà quelques exemples chiffrés qui illustrent bien pourquoi : https://twitter.com/Oli3979/status/907905479220846592

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    1. Effarants les chiffres ....

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  5. Bravo Josué, c'est exactement ça. Je vote depuis quelques années pour Entremont Autrement et je ne comprends vraiment pas la position de votre comité.

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  6. Chers Ami-e-s d'Entremont Autrement,
    J'ai découvert avec beaucoup d'étonnement la position de votre comité sur le dossier Prévoyance 2020.
    Le contexte démographique et les nouvelles réalités de la société rendent une réforme de la prévoyance vieillesse nécessaire.
    Cette dernière est en rade depuis plusieurs années.
    Le projet présenté est équilibré et le seul politiquement réaliste avec la majorité politique de droite au Parlement.
    Faire de la politique, c'est vouloir influencer le réel.
    Faire bouger les choses, c'est dire OUI à ce paquet.
    Chaque voix comptera dans les urnes le 24 septembre !

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