5 août 2017

Le premier août à Bagnes

Lors de la traditionnelle fête de Saint-Pierre à Versegères, les deux Conseillers communaux du Martinet se sont exprimés à midi devant la population présente. Le Président de la commune s'est quant à lui exprimé le soir. Ci-dessous, le discours prononcé par Antoine Cretton.

Chers amis bagnards, chers concitoyens,
Chers visiteurs de passage, chers amoureux de la région,

C’est la première fois que l’on m’offre l’occasion de manifester publiquement mes sentiments patriotiques et je tiens à remercier les organisateurs de cette journée de leur invitation qui m’honore.

Le 1er août ne célèbre pas nos origines. On sait que bien avant la naissance de Jésus-Christ, des hommes et des femmes peuplaient déjà cette belle vallée et défendaient cette terre face à toutes sortes d’envahisseurs. Ils ont certainement imprimé à cette région des mœurs particulières et une langue que certains se font un devoir de réhabiliter et de conserver.

Non, le 1er août célèbre la création de la Suisse, pays qui rassemble des êtres aussi différents que le Genevois des Pâquis et le membre de la Landsgemeinde d’Appenzell.

Aussi différents que le Zürichois de la Bahnofstrasse et le dzodzet gruyérien.

Aussi différents que le berger de l’alpage de Louvie et le Tschäggättä du Lötschental…

Et on se demande bien comment ces individus ont pu se rassembler sous un même drapeau, comment ces ingrédients ont pu fabriquer la sauce helvétique, une sauce que beaucoup nous envient.

Car entre la raclette d’Eddy Baillifard et le Schabziger du Pfanenstock,

entre le papet vaudois et le Birchermüesli,

il y a bien plus de différences qu’entre le gorgonzola et le camembert, qui viennent pourtant, eux, de pays différents.

Mais bref, il semble que la fondue moitié-moitié se soit imposée en Suisse, pays du consensus, malgré les luttes fratricides qui ont opposé jadis ses habitants.

A l’époque, le Morgenstern était un argument bien plus convaincant que les arrêtés fédéraux, d’où une méfiance ancestrale envers tout ce qui vient d’ailleurs : de St Maurice d’abord, de Sion ensuite, puis de Berne et pire encore de la communauté européenne.

C’est sans doute ce qui a permis de développer une fierté bien helvétique traduite en une formule simple, sur laquelle tout le monde arrive à se mettre d’accord à défaut de se comprendre : Y en a point comme nous !

Mais revenons à la vallée de Bagnes.

Ici comme ailleurs, aux siècles passés et plus encore en ce siècle, des hordes d’étrangers ont débarqué. Ils ont trouvé que nos paysages étaient grandioses, notre eau limpide, notre air pur, notre lait abondant, nos fromages goûteux et nos vins et nos filles inégalables.

C’est ainsi que depuis les années soixante du siècle passé, le tourisme est né. Désormais, nous n’étions plus seuls au monde, à défricher nos botzas, à cultiver nos pentes arides, à ramasser nos bolets, à construire nos chalets ou à profiter du ski en hiver et de la randonnée en été.

Désormais, il n’y a plus guère de famille d’ici qui ne compte pas au moins un patronyme exotique dans son arbre généalogique. Et même si certains nostalgiques le regrettent, le fameux drapeau suisse à croix blanche sur fond rouge ne représente plus seulement les descendants d’authentiques autochtones, mais aussi des gens venus d’autres horizons. La domination de Jules César et de ses armées, à une époque très lointaine, a dû laisser quelques traces dans nos pédigrées bien avant l’arrivée des saisonniers.

La célébration du 1er août prend donc une signification un peu différente. C’est l’occasion de rappeler que sans les travailleurs immigrés et sans les touristes fortunés qui ont afflué des pays alentours, nous ne serions pas tels que nous sommes aujourd’hui. Les anthropologues vous diront d’ailleurs que le mélange des races est une garantie de pérennité d’un peuple.

J’aimerais donc aujourd’hui remercier tous les "étrangers" qui ont choisi un jour cette vallée pour y poser leur malle ou y construire leur jacuzzi, parce que nous leur devons beaucoup. Nous leur devons bien sûr une certaine prospérité économique mais nous leur devons aussi un renforcement vital dont nous avons tout lieu d’être fiers.

Merci à la jeunesse de Saint-Pierre qui perpétue une noble tradition. La fête patronale favorise les liens d’amitié qui lient la population. Elle permet aussi aux autorités communales que nous représentons aujourd’hui, Jean-Baptiste Vaudan et moi-même, de vous dire leur reconnaissance pour la confiance que vous leur témoignez.

Je vous souhaite à tous et à toutes, une excellente fête du 1er août, un très bon après-midi et une joyeuse soirée.

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