4 août 2017

Petite discussion entre amis

Voilà, voilà, les amis. Entre apéro et Paléo, plage et bronzage, voyage et badinage, escapade et escalade, nous avons tous profité du soleil généreux que nous offre ce bel été. Nous en arrivons même à nous dire, entre deux verres de blanc pris sur une terrasse le soir à 22h00, alors qu’il fait encore 25°, que le réchauffement climatique a du bon!

Et c’est là que quelqu’un vient casser l’ambiance, devinez qui? Non, le réchauffement climatique n’est pas bon, non, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. Les glaces de l’Arctique et de l’Antarctique se décomposent, de même que nos glaciers, sécheresse et inondations se multiplient aux quatre coins du monde, des milliers d’hectares de forêts partent en fumée, un tiers des terres du globe est menacé de désertification, la déforestation met en danger la plupart des forêts tropicales et subtropicales d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie, la forêt équatoriale amazonienne et toutes les espèces animales et végétales qu’elles abritent ainsi que les peuples indigènes qui y vivent. Les océans et les mers suffoquent sous les déchets et polluants de toute sorte. Plus de la moitié des populations de poissons, d’oiseaux, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles ont disparu durant ces 40 dernières années. Des espèces emblématiques comme l’orang-outan et le gorille, notre proche cousin, sont en voie imminente d’extinction. En Suisse plus précisément, dans un rapport publié il y a deux semaines, la Confédération s’inquiète de l’état alarmant de notre biodiversité. Près de la moitié des milieux naturels et plus d’un tiers des espèces animales et végétales sont menacés. Et à partir du mercredi 2 août, l’humanité a épuisé l’ensemble des ressources que la planète peut renouveler en un an et vivra donc « à crédit » jusqu’au 31 décembre 2017. A bout de souffle, j’attends les réactions qui ne se font pas attendre.

« Et c’est quoi la solution, d’après toi? » Prenant mon courage à deux mains, je prononce le terme abhorré: décroissance. Au milieu du vacarme qui s’ensuit, je poursuis vaillamment. Non, je n’ai pas envie de revenir à la bougie (quoique…j’adore les bougies), non je n’ai surtout pas envie de renoncer à mon lave-linge. Non, je ne veux pas vivre en ermite. Par contre, je veux vivre en être responsable, responsable envers mes prochains, envers ma descendance, envers ma planète. Je veux revenir à des valeurs comme la sobriété, le partage, la solidarité, la convivialité. Toutes ces valeurs qui sont le contraire de l’individualisme qui gangrène notre société. La décroissance est une philosophie de vie joyeuse, un projet de société révolutionnaire, un changement profond de mentalité. Un projet politique en faveur d’une économie solidaire attentive au bien-être et à la qualité de vie des individus, ainsi qu’à leur environnement, loin des exigences de productivité, de rentabilité et d’accumulation du profit (en faveur de quelques-uns), qui constituent la logique du système économique dominant actuellement. Quelques exemples: réparer au lieu d’acheter à nouveau, échanger, partager, faire du troc, prêter, faire du covoiturage, renoncer à la villa individuelle ou en acheter une déjà construite, rénover au lieu de démolir, choisir là où il existe l’habitat coopératif et sinon, encourager les communes et les villes à mettre en avant ce type d’habitat, ne pas gaspiller, acheter de la qualité dans tous les domaines et user jusqu’au bout, manger des aliments de proximité, partager à tour de rôle les repas avec des voisins, faire ses courses et aller boire le café ou l’apéro à pied, éviter les vols low cost, etc...

Profitant des quelques secondes de silence offertes par mes amis abasourdis, j’enfonce le clou: nos responsables politiques et les chefs d’entreprise devraient avant chaque décision se poser la question essentielle du philosophe français Jean-Claude Michea, né en 1950: « Quels biens une société décente devrait-elle continuer à produire, au bénéfice de qui, dans quelles conditions concrètes, et avec quelles conséquences immédiates et à long terme sur l’environnement ou sur notre propre humanité? » De l’utopie totale, entends-je ricaner plus ou moins amicalement. Non, les amis, l’utopie c’est de croire que nous pouvons continuer à croître. Et c’est là que j’assène avec une joie non dissimulée une citation de Serge Moscovici (ne pas confondre avec Pierre, pas du tout le même genre …): « Tout ce qui croît finit par s’écrouler sous son propre poids ».

Très belle fin d’été, les amis!

Bernadette Murisier

1 commentaire:

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