3 mai 2017

Cachez, s'il-vous-plaît, ces mendiants que nous ne saurions voir

Entremont Autrement a reçu dernièrement un avant-projet de loi visant à interdire la mendicité dans notre canton. Celui-ci demande:

  • que l'on interdise la mendicité dans tous les espaces accessibles au public
  • que l'on inflige une amende aux contrevenants
Cette proposition émane de Nadine Reichen, ancienne députée UDC du district de Sierre, qui estime sans doute qu'avec le port du voile dans les écoles, le Valais tient là une seconde priorité: celle de lutter contre les mendiants.


Première surprise, les défenseurs de ce texte ne livrent aucun chiffre démontrant la nécessité de légiférer dans ce domaine. Combien y a-t-il de mendiants en Valais? Où se trouvent-t-ils? Combien de réseaux organisés de mendiants la police cantonale a-t-elle démantelés ces dernières années? Une simple promenade sur les places publiques montre pourtant que la mendicité n'est pas le principal défi qui devrait préoccuper nos villes. Madame Reichen se bat donc sur un principe plutôt que contre une réalité tangible.


La suite de l'argumentation laisse encore plus perplexe. D'après diverses déclarations de l'intéressée dans la presse, notre canton ne pourrait pas se permettre de voir augmenter le nombre de ses mendiants, car ceux-ci nuiraient à l'image touristique de nos vallées. On croit rêver! Alors que les partisans de ce projet se targuent de vouloir lutter contre les bandes organisées, on comprend entre les lignes que leur souci principal est d'offrir une image lisse et ripolinée à nos hôtes. "Cachez, s'il-vous-plaît, ces mendiants que nous ne saurions voir". Pousseront-ils la tartufferie à prétendre qu'après le manque de neige et le franc fort, les nécessiteux sont les nouveaux fléaux qui accablent notre économie touristique?

L'article 4 apporte le coup de grâce. Le projet de loi indique que les contrevenants seront passibles d'une amende allant de 50.- à 1000.- CHF! Comment peut-on, avec un minimum de bon sens, écrire une bêtise pareille? Des gens réduits au dénuement le plus total devraient de surcroît s'acquitter d'une amende pour avoir osé tendre une main? Il est visiblement plus aisé d'interdire la mendicité que d'affronter le regard gênant d'une personne dans la détresse.

Soyons parfaitement clair, il faut évidemment lutter contre les réseaux organisés de mendiants, notamment ceux venus des pays de l'Est, mais nul besoin pour cela de charger notre législation d'un tel texte. Les dispositions légales existantes concernant la traite des êtres humains et le crime organisé sont largement suffisantes.

La lutte contre la pauvreté doit être une des priorités des politiciens de ce canton. Il faut bien entendu proposer un encadrement adapté aux personnes dans le besoin, les accompagner lorsque cela est nécessaire dans leur réinsertion sociale et leur permettre de vivre correctement et dignement.


Il est étonnant de constater que cette idée provient de milieux qui revendiquent continuellement leurs valeurs chrétiennes. Pourtant l'Evangile de Saint-Matthieu précise bien: "J'avais faim et vous m'avez donné à manger, j'avais soif et vous m'avez donné à boire. [...] Amen, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait".


Au-delà des considérations bibliques, Madame Reichen se trompe de cible: de même qu'on n'éradique pas une maladie en fustigeant ceux qui en souffrent, on ne règle pas le problème de la pauvreté en s'en prenant aux pauvres.

J'invite les députés valaisans qui ont accepté cette proposition à réviser leur jugement et à oser revenir en arrière lorsqu'une apparente bonne idée se révèle être un projet funeste.

J. Lovey
Entremont Autrement

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