10 janvier 2011

Clôtures abandonnées: pièges mortels pour les animaux sauvages

Lu dans la Tribune de Genève du 7 janvier 2010.

Les barrières et enclos abandonnés dans la nature après la pâture se transforment en piège pour le gibier. Afin d'améliorer cette situation, prévention et collaboration entre les différents acteurs sont les clés.

Les animaux restent accrochés par les pattes, le cou, les hanches ou les cornes jusqu’à ce que mort s’en suive.

Si elles ne sont pas enlevées ou posées au sol après la pâture, les clôtures peuvent devenir des pièges mortels pour les animaux sauvages. En Valais, des agriculteurs, des forestiers et des chasseurs misent sur le dialogue et apportent des solutions concrètes.

Pas une année ne se passe sans que des bêtes soient prises au piège dans des treillis métalliques, des filets synthétiques et autres barbelés abandonnés ou encore utilisés comme parc à bovins ou à moutons. Les animaux restent accrochés par les pattes, le cou, les hanches ou les cornes jusqu’à ce que mort s’en suive ou sont dévorés vivants par les renards.

Les chevreuils paient le plus lourd tribut. Bien que plus gros et plus grands, les cerfs et les bouquetins sont aussi touchés. Aucune statistique ne permet d’évaluer précisément l’ampleur du problème.

«Nous savons toutefois que chaque année, du gibier est ainsi pris au piège», indique Peter Scheibler. Le chef du service valaisan de la chasse et son équipe s’appuient sur la législation pour agir. Elle stipule que dès la fin de la pâture, le fil de fer barbelé doit être retiré ou posé au sol.

La loi sur la chasse ne mentionne rien en revanche sur les autres types de clôture. L’ordonnance sur les contributions d’estivage complète en partie cette lacune en confirmant le caractère temporaire des filets sur les alpages.

Bagnes et Orsières pionnières

Les clôtures qui se transforment en piège entre novembre et avril sont soit abandonnées, souvent depuis des dizaines d’années, soit un agriculteur négligent a omis de les ôter. Dans les deux cas le problème est récurrent et concerne tout le territoire cantonal, «ce qui rend la prévention difficile», note Peter Scheibler.

Des solutions se dessinent en revanche au niveau local. Les communes de Bagnes et d’Orsières jouent les pionnières depuis plus d’une année.

A l’origine de leur action, une forêt protectrice dont le rajeunissement posait problème. Roland Métral, ingénieur forestier au service valaisan des forêts et du paysage explique: «Nous avons constaté que des clôtures situées en lisière empêchaient une bonne circulation du gibier qui, contraint de rester là, abroutissait les jeunes pousses».

L’ingénieur évoque alors le problème au sein d’un groupe de réflexion forêt-faune de la région de Martigny et réussit un tour de force: mettre autour d’une même table des propriétaires de forêts, des chasseurs et des agriculteurs.

L’affaire de tous

Dès le début 2010, tout ce petit monde tire à la même corde. Les agriculteurs sont invités à indiquer au cadastre s’ils utilisent des clôtures, de quels types et si des parcs abandonnés se trouvent sur leur terrain. De quoi établir un précieux inventaire et un outil de gestion pour l’avenir.

Puis, durant l’été dernier, chasseurs, forestiers, agriculteurs et jeunes en atelier de vacances parviennent à démonter bénévolement quatre parcs en treillis abandonnés sur la dizaine signalés par des exploitants agricoles. «Un travail ardu qui a parfois nécessité l’aide d’un treuil», raconte Roland Métral.

Cette même année, une solution est aussi trouvée pour les clôtures en treillis encore utilisées: «Nous avons proposé aux agriculteurs d’y créer une porte afin de permettre au gibier de circuler», explique Pascal Tornay, conseiller agricole auprès du service valaisan de l’agriculture. Des clôtures à mailles plus fines sont également conseillées.

Ce mois encore, Bagnes et Orsières rendront leur rapport et espèrent bien poursuivre le travail et faire des émules dans d’autres communes. «Car le problème des clôtures concerne tous ceux qui bénéficient de la forêt, du chasseur au promeneur en passant par le champignonneur», souligne Pierre-Yves May, président de la Diana de Bagnes.

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