11 septembre 2020

Congé-paternité

Le PLR et l’UDC suisses s’opposent au congé paternité de deux semaines en votation ce mois-ci. La démarche peut paraître étrange, puisqu’au fond il semble qu’une majorité des Suisse·sse·s, sondé·e·s à plusieurs reprises sur le sujet ces dernières années, se sont déclaré·e·s favorables à une telle mesure. Mais alors pourquoi le congé paternité pose-t-il autant problème ?

La répartition traditionnelle genrée au sein du couple n’est pas un concept dont on vient facilement à bout. Le modèle classique familial bourgeois, à savoir le père pourvoyeur et la mère au foyer, s’impose à la fin de la Deuxième guerre mondiale. A la sortie de l’une des guerres les plus sanglantes de l’Histoire, la crise démographique mais aussi morale dans laquelle la société évolue pousse le politique et le monde économique à présenter un modèle de stabilité : le modèle familial traditionnel, qu’on imagine avoir fait ses preuves. En réalité la femme, en dehors de la bourgeoisie aisée, n’est jamais restée toute sa vie dans son foyer. Ce modèle triomphe dans les années 50 et est finalement défié lorsque durant la période de plein emploi des années 60 les femmes commencent à travailler également pour mettre du beurre dans les épinards. Dès lors, les rôles genrés familiaux s’étiolent pour finalement être mis à mal par la libération sexuelle et l’investissement des femmes dans le monde du travail. Ces dernières, bénéficiant petit à petit de formations supérieures et autres que l’école ménagère, peuvent travailler dans des domaines nouveaux et beaucoup plus rémunérateurs que ceux traditionnellement rattachés à leur genre. Dès lors, la nécessité d’un congé maternité était indéniable. En effet, l’accouchement n’est pas une mince affaire et cela demande un certain temps d’adaptation au sein de la vie familiale. Et, dans ce congé, les hommes deviennent les grands perdants. En effet, le congé octroyé aux hommes pour une naissance est dérisoire : un jour, l’équivalent de celui d’un déménagement. A cette échelle, la naissance d’un enfant paraît relativement peu importante.


Le système patriarcal passe à l’action lorsqu’une idée risque de lui nuire. En effet, les femmes souvent discriminées à l’embauche, pour des questions de salaire ou encore simplement d’opportunité de carrière sont péjorées en raison de la naissance d’enfants, et non pas les hommes. Un congé paternité reviendrait à distribuer un peu mieux les cartes. En effet, la naissance d’un enfant n’impacterait pas uniquement le travail, le salaire ou l’embauche d’une femme mais aussi dans une moindre mesure ceux de l’homme. Le congé paternité de deux semaines n’est certes pas suffisant pour enrayer un système bien rodé ; néanmoins, il est le premier pas vers le congé parental qui selon de nombreux observateur·rice·s pourrait accomplir l’égalité des genres au travail. En répartissant comme le couple l’entend un tel congé parental, l’homme pourrait se retrouver à travailler moins que son épouse pendant cette période et pourrait même envisager plus facilement de baisser son pourcentage de travail, ce qui reste encore aujourd’hui l’apanage des femmes. Si les principales raisons évoquées pour justifier la différence de salaire entre un homme et une femme sont justement ces questions de maternité et de coût pour la société, alors le congé paternité premièrement et, peut-être un jour, le congé parental pourront œuvrer vers plus d’égalité.

Que dire de plus ? Selon certain·e·s, ce congé coûterait trop cher à l’économie. Mais la question du coût d’un congé se mesure à son utilité. Or, les hommes souhaitent être plus investis dans leur famille, créer une relation de qualité avec leurs enfants : pourquoi les en priver ? Les cas d’inégalité des genres sont rarement en défaveur des hommes. Pourtant, actuellement, ces derniers ne profitent pas d’un congé, qui, bien moins conséquent que celui des mères, semble être une demande tout à fait justifiée dans une société démocratique et moderne ayant inscrit l’égalité des genres dans sa constitution. Laissons les hommes devenir des pères et pas seulement des travailleurs.

Jasmine Lovey

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