11 décembre 2018

Le Matin Dimanche révèle une affaire ubuesque


UBUESQUE Dans un cabinet, propriété de la Commune, plusieurs dizaines de milliers de francs ont été investis pour accueillir une IRM. Mais il n’y a aucune trace d’une décision.


JULIEN WICKY

Installé il y a un peu plus d’une année dans un cabinet médical au cœur de la station de Verbier, un appareil d’imagerie par résonance magnétique (IRM) ne peut pas être utilisé. Les images qu’il produit au niveau des chevilles et des genoux notamment sont floues. Les causes précises n’ont pas pu être établies, mais on penche pour une perturbation du champ électromagnétique qui pourrait être due à la structure de l’immeuble. Pour le savoir, il faudrait pour cela sortir cet appareil de plus de 7 tonnes de son local qui est devenu un véritable sarcophage.

L’engin en tant que tel n’a pas été acheté et appartient à la société exploitante, mais il a fallu faire d’importants travaux pour faire entrer l’appareil et pour que la pièce le supporte. Les décomptes ne sont pas encore définitifs, mais les documents en notre possession évaluent ce montant à environ 227 000 francs dont environ 100 000 francs auraient servi exclusivement pour installer l’IRM dans la pièce. Pour résoudre le problème, il faudrait donc engager de nouveaux travaux. Sauf que lasituation se trouve aujourd’hui totalement bloquée puisque de grosses zones d’ombre subsistent sur les décisions qui ont permis l’arrivée de cette machine dans ce cabinet, propriété de la Commune de Bagnes.

En effet, la Municipalité avait initialement décidé «d’accorder un crédit de 1,8 million de francs» pour rénover l’entier du centre médical, mais aucune trace de cette IRM dans le projet. Contactée, la Commune nous assure, par la voix de son président, Eloi Rossier, que l’installation de cet engin relève de la responsabilité exclusive du médecin et ajoute «que le Conseil communal n’a jamais donné son accord.» Or les travaux ont été payés et suscitent des débats houleux dans la station.

Signe du malaise, les deux conseillers communaux responsables du dossier, en charge de la santé et des constructions, ont refusé de valider les paiements relatifs à l’IRM. L’un d’eux, Antoine Cretton, confirme. «Il n’était pas question de signer ces factures, faute de pouvoir s’appuyer sur une décision du Conseil communal concernant l’installation de cette machine et les travaux nécessaires, d’autant moins si c’était au médecin de s’en acquitter.» 

Locataire, le médecin nie devoir payer 


Locataire de ce cabinet, le docteur Hicham El Ghaoui, est formel. «J’ai demandé à la Commune s’il était possible d’installer cet appareil et j’en ai obtenu l’autorisation. J’aurais accepté de payer si j’avais pu devenir propriétaire. La Commune n’en a pas voulu. Mais à aucun moment il n’a été question que je paie pour la mise en conformité du local, je suis locataire.» Il a par ailleurs fallu l’intervention de la police pour escorter la machine. Et le médecin d’ajouter que la commune a résilié son bail pour juin 2019 et lancé un appel d’offres avec une augmentation de 150% du loyer. «Et cela au nom des rénovations réalisées.» Il reconnaît cependant avoir signé les décomptes pour «admettre l’utilité médicale de ces travaux».

Décision unilatérale? 


Plus troublant encore, l’architecte communal Antoine Wasserfallen affirme qu’un préavis négatif a été délivré dès le début sur l’installation de cette IRM. Des travaux trop complexes et trop coûteux auraient motivé cette décision. Entre les lignes, il semble donc évident qu’une autorisation communale était indispensable. L’IRM étant installée, qui a engagé les travaux et validé les paiements? Plusieurs sources évoquent des décisions qui pourraient émaner du président, mais ce dernier nous répète que la Commune n’a jamais donné son accord. Pourtant, il nous assure que les factures ont toutes été payées sur la base du crédit prévu, sans répondre sur l’auteur malgré nos demandes. Mais le dossier est en train de faire des étincelles dans la Commune. D’autant que le décompte final serait, surtout à cause de l’IRM, bien plus élevé que le budget d’origine. Pierre Troillet, élu de la formation minoritaire Entremont Autrement au Législatif communal, promet déjà «d’exiger la production des factures et de toutes les pièces, faute de réponses satisfaisantes».


Matin Dimanche 9 décembre 2018

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