5 juin 2018

« Je voulais vous dire »… « Halte aux Jeux !!!! »

« Je voulais vous dire »… « Halte aux jeux !!!! » Ce raccourci amusant de deux ouvrages, en préambule, pour vous inviter à une ultime réflexion.

Dans le débat médiatique actuel qui commence à agacer tous les citoyens en Valais, j’ai eu envie de prendre de la distance et essayer de poser un regard mi-amusé, mi-réflexif sur ce cirque organisé par des personnes intéressées à promouvoir un divertissement-business personnel dans notre canton.

D’abord, les affiches : « Des jeux qui nous rassemblent » ! Slogan incroyable ! Alors que c’est le contraire qui se passe en Valais : je n’ai jamais assisté à des échanges aussi clivants avec la perspective que les opposants à ces Jeux veulent la mort du Vieux Pays, la destruction du tourisme, l’enterrement des remontées mécaniques. Ce sont des « ringards », opposés à tout projet, et ils devraient se taire pour ne pas exprimer une voix discordante !

Mais je vais quand même essayer de vous faire partager une réflexion, parce que je ne supporte plus l’arrogance et le mépris des promoteurs de ces Jeux pensant avoir le monopole d’un « rêve » pour le Valais.

Et, pourtant, moi, je rêve d’un Valais où l’on ne réduirait pas les prestations sociales, les subventions aux caisses maladies, le salaire de base des jeunes enseignants, l’aide aux enfants en difficulté, les crédits pour l’enseignement, dans le but de faire des économies et retrouver les chiffres noirs dans le budget cantonal…

Je rêve d’un coin de ce pays où il n’y aurait plus 1/10 de la population vivant sous le seuil de pauvreté dans un pays riche…

Je rêve d’une nature qui ne serait pas bétonnée de la plaine au sommet des plus belles montagnes des Alpes…

Je rêve d’une eau potable qui ne serait plus utilisée pour fabriquer de la neige artificielle afin de permettre à des touristes de glisser, avec sous leurs spatules, la richesse de nos enfants et petits-enfants.

Je rêve que cette eau précieuse soit préservée, économisée, valorisée, car elle vaudra en 2040 plus chère que le pétrole !

Je rêve d’un tourisme quatre saisons imaginatif, rassembleur, durable et partagé par les Valaisans avec leurs hôtes. Que celui-ci soit développé avec réflexion, détermination, mais sans course aux profits immédiats et indécents, afin que nos enfants et petits-enfants puissent encore construire et habiter dans nos vallées.

Je voulais vous dire … que l’homo sapiens, même assis, permettra à l’Humanité d’aller plus loin que l’homo olibrius se revendiquant Valaisan, à la suite d’un acte de réaction violente et ridicule.

Enfin, je n’accepte plus cette suffisance, ce mépris des promoteurs des Jeux qui, faute de réflexion et d’arguments, escamotent le débat démocratique et se gargarisent de formules publicitaires vides de sens. La seule chose de « durable » dans leur projet, ce sont leurs slogans exprimés et ressassés à longueur de discussions.

Je n’ai pas apprécié que l’on m’importune jusque dans ma boîte aux lettres avec un livre d’un mégalomane capricieux.
Je ne le renverrai pas, comme tant d’autres, parce qu’il ne vaut même pas les frais d’un courrier.
Je ne le brûlerai pas non plus, car ce papier glacé encrasserait la cheminée.

Non, à l’occasion d’un déplacement occasionnel à Martigny, je le déposerai dans les containers (il y en a 3) du parking des Portes d’Octodure.

Je vous invite à faire de même, que vous l’ayez lu ou pas. Et ce, sans sac blanc de tri ! S’il devait y avoir des amendes, il serait très facile de trouver le nom de l’auteur, selon le principe du pollueur-payeur. Je n’ai rien à trier, car je n’ai rien demandé ! D’autant plus que Christophe D, le conseiller d’Etat dira à Florence D, la présidente, de ne lui infliger qu’une amende symbolique et que cela compensera l’empreinte carbone laissée par l’hélicoptère qui l’a, lui aussi, déposé sur une arête du Cervin.

Et puis, il n’est pas trop tard : pour tous ceux qui sont allergiques aux slogans martelés à longueur d’entretiens, aux chiffres indécents pour la majorité des Valaisans, je vous encourage à voter NON en vous livrant ceci :
« Derrière la belle vitrine des Jeux Olympiques, qu’y a-t-il en vérité ? On nous montre de superbes et fringants athlètes, mais on nous dissimule l’envers du décor : la souffrance de tous, l’échec de la plupart, l’inévitable dérive du dopage.
Il faut mettre fin à l’hypocrisie et dire ce qu’est le sport de haut niveau aujourd’hui : une entreprise d’exploitation de l’homme par l’homme, où la seule règle du jeu est le profit, quel qu’en soit le coût humain.
Courir plus vite, sauter plus haut, être le plus fort : il est temps de remiser cet idéal enfantin et de proposer un modèle d’olympisme enfin humaniste. »

Non, ce n’est pas une réflexion personnelle, ni celle d’un exalté valaisan réfractaire, mais celle d’Albert Jacquard, dans un ouvrage de 100 pages lues en 1 heure et d’où l’on émerge avec une conscience plus aiguisée de l’humanité.

Albert Jacquard est biologiste, spécialiste en génétique des populations. Dans une série d’ouvrages qui sont autant de best-sellers, il a dénoncé l’idéal de compétition qui anime nos sociétés. Il s’attaque ici à l’idole la plus spectaculaire de notre temps : les Jeux Olympiques.

« Un c… qui marche ira toujours plus loin qu’un intellectuel qui reste assis. » CC dixit.
Ainsi pour paraphraser l’auteur de la Porte d’Octodure, un intellectuel humaniste écrivant des réflexions aussi profondes, nous emmènera toujours plus loin qu’un c… assis dans une voiture au cheval cabré, aussi rapide soit-elle !

Le petit ouvrage d’Albert Jaccard s’intitule « Halte aux Jeux » et pour une dizaine de francs vous permettra de poser une réflexion éloignée des débats primaires, de prendre de la hauteur,… ce qui n’est déjà pas mal pour des Jeux d’hiver !

Extrait:
Albert Jacquard
« Officiellement, il s’agit de rencontres loyales où chacun manifeste au mieux ses talents. Le mot d’ordre est partout répété : « L’important, c’est de participer, non de gagner. »Mais il est difficile de ne pas déceler dans cette formule une bonne dose d’hypocrisie, tant l’accent est mis à toute occasion sur la nécessité de gagner. Cela est vrai, bien sûr, pour les athlètes sur la piste, mais ce l’est aussi pour les villes qui concourent en vue d’obtenir la mission d’organiser les prochains Jeux ou pour les nations qui consacrent des crédits à préparer une délégation. A chaque échelon, tous n’ont qu’un but, la victoire. »
 A. J. Halte aux Jeux page 82

Ce petit objet vous aidera peut-être à prendre la décision de bon sens en disant NON le 10 juin.

Pierre-André Pélissier

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