15 mai 2016

LPMA : vers quelle société nous amène-t-elle ?

Pour une raison de forme tout d’abord, je voterai non à la modification de la Loi sur la procréation médicalement assistée. Le 14 juin 2015, le peuple a accepté à 61,9% l’article constitutionnel relatif à la procréation assistée et au génie génétique dans le domaine humain. Cet article devait permettre aux couples porteurs d’une maladie génétique grave d’avoir des enfants non touchés par cette maladie. 

Dans une première version de la mise en œuvre de cet article, le Conseil Fédéral voulait n’autoriser le DPI (diagnostic préimplantatoire) qu’aux couples risquant de transmettre à leurs enfants une maladie héréditaire grave qui risque de se déclarer avant l’âge de 50 ans et contre laquelle il n’existe pas de thérapie.

Or, le Parlement a voulu aller plus loin et a demandé que la loi définitive prévoie que tous les embryons conçus en éprouvette peuvent être examinés avec toutes les techniques génétiques à disposition, puis sélectionnés (screening). Ainsi, les embryons révélant une anomalie chromosomique telle la trisomie 21, ou d’autres anomalies chromosomiques beaucoup moins graves, pourraient être détruits avant l’implantation. Cette loi que le Parlement a élaborée ne correspond donc tout simplement pas à ce que le peuple a voté et cette manière de faire est inacceptable.

Voilà pour la forme.

En ce qui concerne le fond du problème, je fais miens les arguments du Comité Interpartis, rassemblant une cinquantaine de parlementaires issus de tous bords qui craint que « cette modification de la constitution, prétendue inoffensive, ouvrirait grandes les portes à la sélection d’êtres humains ». En effet, la loi proposée par le Parlement s’éloigne totalement du concept de maladie grave et fait craindre un risque d’eugénisme. Ce terme n’est pas trop fort puisque le Conseil Fédéral lui-même l’a utilisé lorsqu’il combattait au Parlement la proposition « screening ». Au surplus, cette manière de procéder créerait inévitablement un nombre beaucoup plus élevé d’embryons surnuméraires.

Au lieu de 50 à 100 analyses par an concernant seulement les graves maladies héréditaires, ce serait alors tous les 6000 couples (et plus) qui pourraient faire examiner leurs embryons et les faire détruire s’ils ne leur conviennent pas. Le danger de dérives relatives à la sélection plane sur cette loi. Membre du Comité Interpartis, Mathias Reynard a clairement souligné que la loi présentée reste très vague : « Il n’est décrit nulle part quelles maladies héréditaires ou caractéristiques chromosomiques sont dignes de sélection ou pas. L’exemple de la Grande-Bretagne nous montre que la liste des critères de sélection ne cesse de s’allonger. A moyen terme, cela mènera à des tests globaux de normalité allant à l’encontre de la diversité humaine. » Rappelons ici par exemple qu’aux Etats-Unis, depuis de nombreuses années, des milliers de couples ne souffrant pas d’infertilité utilisent le DPI pour choisir le sexe de leur enfant. Même si cela sera interdit en Suisse, il est évident que des pressions émanant des milieux scientifiques ainsi que des enjeux financiers énormes feront évoluer le DPI vers de nouvelles applications.

En outre, la loi ne favorisera aucunement les progrès de la médecine. Au contraire, les recherches sur les maladies héréditaires et les anomalies chromosomiques risquent de diminuer fortement, voire disparaître. Ne serait-ce pas plutôt du côté de la recherche que l’effort devrait être mis ?

Pour terminer, et au-delà de toutes considérations religieuses, morales ou éthiques, la question se pose de savoir vers quelle société nous voulons nous diriger. Une société dominée par l’individualisme, la technologie et la science, une société qui nous donne le pouvoir de décider quels êtres humains sont dignes ou indignes de vivre, une société sur laquelle plane le danger de la recherche de l’être parfait ou une société solidaire, diversifiée et chaleureuse qui inclut tout naturellement dans ses trajectoires et dans sa philosophie les personnes dites handicapées.

Et puis, une dernière question qui pourrait créer un débat à elle toute seule : quels sont les critères qui définissent une personne handicapée ? Parce que, je ne sais pas vous, mais moi quand je suis en face d’une personne dite handicapée, je me sens souvent plus handicapée qu’elle …

Bernadette Murisier

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