4 novembre 2010

Orsières dans la tempête de la grande histoire. (VII)

Notre feuilleton a fait s'éloigner désormais ses protagonistes extrémistes qui se sont emparés de l'affaire d'Orsières pour déstabiliser le gouvernement et l'armée, Léon Nicole et Athur Fonjallaz.
Reste encore à dire deux mots du déclencheur de l'affaire, le pasteur Estoppey dont le puritanisme est une forme d'extrémisme particulière. Revenons sur le fait initial. Le Journal de Genève en a parlé le 20 août 1924, bien avant la parution du livre de Fonjallaz et de l'intervention de Nicole à Berne.
L'affaire s'est déroulée en septembre 1923 à Orsières.
(...) Le commandant du 1er corps d'armée, M. le colonel Bornand fit sa toilette après la manoeuvre. Il était dans sa chambre, et son vêtement ressemblait fort, dit-on, à celui qu'on se plaît à donner à la vérité lorsqu'elle sort du puits.
Le malheur voulut qu'il fut aperçu, d'une fenêtre de la maison d'en face, par un pasteur qui, lui, était habillé, et portait sur son uniforme le galon de sergent. Le pasteur - M. Estoppey, pour ne point taire son nom - se rendit, vous le supposez, auprès du colonel, et l'informa charitablement qu'aucun angle mort ne le mettait à l'abri des regards indiscrets de ses voisins?
- Que non pas: le sous-officier resta muet jusqu'à la fin du service, et, ce jour-là, envoya une plainte au Département militaire fédéral contre le colonel.
- C'était idiot? direz-vous sans doute. Incontestablement.
(...)
Le sergent Estoppey invoque sa conscience de chrétien convaincu et ses sentiments patriotiques pour maintenir ses dires: à ses yeux, le colonel Bornand n'est pas seulement apparu à la fenêtre d'Orsières, il s'est "exhibé", exhibition voulue et prolongée.

Ce petit fait est intéressant car le puritanisme n'appartient pas seulement aux pasteurs, il est aussi l'un des fondements du catholicisme intransigeant d'ici. Et il a été plus d'une fois ridicule lorsqu'on a également tenté de monter en épingles des affaires anodines. On se souvient par exemple de la dénonciation de certains manuels scolaires accusés de pornographie par René Berthod, il y a de nombreuses années. Et l'actualité toute récente autour de l'affaire des manuel d'éducation sexuelle avec l'intervention de Claude Roch montre que ces temps de puritanisme ne sont pas terminés. D'autres en parleront un jour. Ce qui a perdu le pasteur puritain, prude, pudibond, mômier et vertuiste, c'est qu'il s'attaquait à l'intouchable armée, il allait donc être utilisé comme martyr du militarisme par ceux dont il se serait bien passé du soutien et comme allié pour assouvir des vengeances personnelles comme celles d'Arthur Fonjallaz, discrédité depuis cette tentative.

(à suivre)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vous êtes cordialement invités à laisser un message. Les commentaires peuvent être modérés. Les utilisateurs anonymes sont tolérés, mais la modération des commentaires anonymes répond à des critères plus sévères. Merci de votre courtoisie.