18 juin 2009

Le zoom d’Antoine : DIEU PARDONNE, MOI PAS !

C’est Adolphe Ribordy, l’ancien rédacteur en chef du Confédéré, qui se fend d’une lettre ouverte au Ministre français du Budget, Eric Woerth, pour lui dire tout le mal qu’il pense de lui en particulier et des Français en général (Confédéré No 22, pages 10 et 11).
Le Ministre a eu le toupet de dire qu’il voulait contrer le sacro saint secret bancaire suisse, rien moins que ça. Dodo en est tout offusqué et le dit avec le mépris grandiloquent qu’il assène avec une emphase désopilante depuis une génération dans son canard favori : deux pages qui touillent allègrement dans l’ordre et le désordre la dotation de la Caisse de crédit entre 1940 et 1945, l’Edit de Nantes, l’esclavage et la colonisation, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Talleyrand, Philippe le Bel et quelques autres, dans un raccourci historique assez saisissant. Il n’y manque même pas le passage de Napoléon à travers l’Entremont et les factures impayées laissées sur sa route, dont l’une était due à un ailleul de Dodo, ce qui est évidemment impardonnable.
Tout ça pour dire quoi, au fait ? Que le secret bancaire, c’est bien puisque ça sert à protéger la sphère privée d’Adolphe Ribordy (sic).

Courageux mais pas téméraire, Adolphe Ribordy espère que cette lettre ouverte parviendra à son destinataire, ce qui ne manquera pas d’emporter son intime conviction. Mais au fait, est-ce que ça signifie qu’il ne la lui aurait pas envoyée ? Ou alors douterait-il que le Ministre soit abonné au Confédéré ?

Antoine Cretton


A défaut de pouvoir mettre un lien sur la page spécifique du Confédéré, nous reproduisons ici in extenso la lettre d'Adolphe Ribordy... présumant de l'accord de son destinataire.

Monsieur le Ministre,

J’ai lu avec intérêt votre volonté de contrer la Suisse, mon pays, dans sa volonté de maintenir le secret bancaire.
J’en suis profondément offusqué.

D’abord une précision.
Le secret bancaire suisse est moins là pour protéger des avoirs de personnes fuyant un fisc confiscatoire comme le vôtre que pour protéger ma sphère privée.
Les Suisses lors de deux votations populaires l’ont confirmé.
Votre méconnaissance du sujet ne m’étonne pas tant l’ouverture politique des élites françaises est nulle, j’ai pu le vérifier maintes fois.
Cela dit vous avez aussi vos secrets et mais nous n’en demandons pas la levée.
Ainsi dans l’affaire des frégates de Taiwan, la Suisse a réglé ce dossier alors que vous en êtes encore à invoquer le secret défense pour protéger vos amis politiques corrompus.
Et je ne parlerai pas de la manière dont a été dotée en argent la Caisse de crédit et dépôt entre 1940 et 1945 !
Schématiquement nous pourrions dire que nous lèverons notre secret bancaire quand vous lèverez votre secret défense et vos pratiques gouvernementales douteuses.

Histoire

Monsieur le ministre votre vision focalisée sur l’argent qui échapperait à votre fisc démontre une petitesse d’analyse étonnante.
En effet imaginons que la Suisse, apeurée par vos menaces, décide de lever le secret bancaire et de vous transmettre les informations sur vos contribuables ayant placé leur argent en Suisse, croyez qu’un seul Français gardera ses avoirs en Suisse. ?
C’est donc bien que derrière le secret bancaire se cache d’autres intentions malfaisantes.
J’y reviendrais
Mais avant faisons un peu d’histoire pour atténuer votre arrogance bien française.

L’Edit de Nantes

Si la Suisse, après avoir donné sa jeunesse aux armées des souverains d’Europe pour s’entretuer, est devenue une place financière, c’est parce qu’un de vos grands rois à révoquer l’Edit de Nantes faisant venir en Suisse, à Genève et Bâle notamment, tous les protestants, leurs fortunes, leur savoir-faire.
En 2009 encore les Lombard, Odier, Mirabaud sont encore des banques privées portant témoignage de cette sotte mesure mais nous nous voilà place financière.
Lorsque vous visiterez votre homologue allemand M. Steinbruck, dites-lui aussi que si le secret bancaire a eu une protection légale en Suisse c’est parce que les nazis poursuivaient les avoirs juifs jusque dans nos banques.
Donc je vous rassure les bêtises politiques de nos deux grands voisins nous serviront encore à l’avenir.

1798

Lors que les troupes françaises, en 1798, ont envahi la Suisse, elles ont pillé les richesses des villes et cantons suisses. Ce sont des milliards d’euros d’aujourd’hui que vous devriez nous rembourser.
Bonaparte lorsqu’il passa en Suisse pour Marengo a laissé des factures impayées dont l’une à un de mes aïeux alors pensez que mon témoignage a une réelle valeur !

Les crimes

Si l’Histoire dit les faits on ne peut s’empêcher de dresser la liste des monstruosités des « puissances » dont vous prétendez être et de porter un jugement moral
Ainsi de l’esclavage à la colonisation, de l’impérialisme aux boucheries contemporaines, de la lâcheté à la collaboration, etc. vous avez tout expérimenté. Mon pays est resté à l’écart de ces crimes.
Pendant ce temps la Suisse n’est plus en guerre depuis 5 siècles, a reçu en 1871, 84'000 soldats français sur son territoire et dans le même temps créait la Croix Rouge et invitait après la 1ère Guerre mondiale à Genève, les peuples à la paix..
La Guadeloupe nous rappelle que vous ne parvenez pas à quitter les lieux de vos crimes.
Dès lors vous remarquerez que la somme du bilan, en terme de civilisation, nous est plutôt largement favorable.
Bon allez-vous me dire et les droits de l’homme ?
En Suisse ils étaient pratiqués depuis la fondation du pays en 1291. C’est qu’ici M. le Ministre, c’est le peuple qui a le dernier mot et non une élite qui fait de votre pays une oligarchie.
Ensuite les USA l’ont appliqué avant vous et je vous rappelle que deux des grands penseurs de ce temps là Jean-jacques Rousseau était suisse et que Voltaire habitait prudemment à 1 km de Genève.
Talleyrand, l’un de vos plus fins hommes politiques, a dit au Congrès de Vienne en 1815 que le monde état divisé en cinq continents : L’Europe L Amérique, l Asie, l’Afrique et Genève ( il entendait la Suisse). Vous devriez vous en inspirer.

La France de la fraction

La France a eu des moments forts dans son histoire qui ont fait l’admiration de la Suisse et en particulier de la partie francophone de ce pays.
Or désormais vous n’êtes qu’1/ 28 d’Otan, 1/27 d’UE, 1/20 du G20 et 1/30ième de l’OCDE, Je constate donc que vos cris contre vos petits voisins sont des cris de meute et non plus d’un pays souverain.
C’est dommage sachant que nous abritons 100’0000 de vos compatriotes (et une centaine de plus depuis vos sarcasmes alors que 30 « repentis » fiscaux sont venus vous voir si j’en crois le Canard Enchaîné ! Parmi ces résidents j’en connais quelques-uns uns qui sont pourtant protégés par votre secret défense pour trafics gouvernementaux). Par ailleurs la Suisse donne du travail à 100'000 frontaliers dont près de 20’000 dans la banque ! Nos entreprises emploient 400'000 Français en France.
Quand les fonds convoités seront à Singapour et que la Suisse sera encore plus en récession par votre faute, vous irez demander à cet Etat cité lointain, la générosité dont nous faisons preuve à votre égard.

Personnel

J’aurai pu vous parler, Monsieur le Ministre, de la déroute d’Andersen dans l’affaire Enron votre ancien employeur ce qui a motivé peut-être chez vous cette paranoïa fiscale, du non-accès par votre épouse aux avoirs protégés de Liliane Betancourt dans les comptes suisses, du chalet de la belle-mère de votre président à Crans Montana et d’autres détails croustillants de vos amis politiques et de leur relations étranges avec la Suisse, mais là n’est pas mon propos.

Conclusion

Comme le cri de de Molay sur le bûcher face à Philippe le Bel, selon la version de Maurice Druon, je peux clamer que d‘ici trois ans, Brown, Steinbrück et Woerth auront disparu de leur fonction ! .
Monsieur le Ministre oubliez votre arrogance naturelle, votre esprit dominateur, - croyez-vous un seul instant que la Suisse sans le secret bancaire améliorera la situation politique, économique et sociale française ? Dites-vous simplement que lorsque l’on a des voisins comme la Belgique, le Luxembourg, la Suisse il faut les cajoler, les protéger et non les agresser et tout faire pour les appauvrir.
Vous le savez comme moi, vous n’en avez pas les moyens et nous ne sommes plus aux temps où les rois expulsaient les banquiers juifs et lombards pour renflouer les caisses publiques.
La Suisse a toujours été méfiante avec ses « grands « voisins, et dispose d’un plan B, C et même E dans ses tiroirs ( dites-le à Mme Lagarde !).
En un mot le secret bancaire sera maintenu non pour vous, mais pour les Suisses qui le veulent pour eux et c’est un vote populaire qui le confirmera.. Il n’est pas sûr d’ailleurs que si les Français votent sur ce thème ils ne décident pas eux aussi d’en avoir un.

Si vous gagnez ce bras de fer vous n’aurez pas un € de plus et en perdrez selon nos analystes financiers € 20 milliards.
En bon ministre du budget ce dernier chiffre doit vous faire réfléchir si votre président vous en laisse le loisir.

En espérant que cette lettre vous parviendra, recevez, Monsieur le Ministre, mes salutations les plus fiscales.

Adolphe Ribordy

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