20 février 2013

LA REVISION DE LA LAT VUE AUTREMENT

C’était le temps des fleurs, on ignorait la peur…………on était jeune et on croyait au Ciel.

C’était le temps où l’on n’avait rien, je veux dire rien sur le plan matériel (pas de voiture, pas d’argent, pas de fringues, pas de bijoux, pas de terrain), mais tout sur le plan humain : des parents qui étaient là, mais pas trop, pas tout le temps, sans nous couver, sans trop en faire, qui nous laissaient vivre et devenir adultes à notre manière, des frères et sœurs souvent nombreux, avec qui l’on partageait chambres à coucher, salle de bains, disputes et fous rires, des amis, pleins d’amis, de copains, de copines que l’on retrouvait dans les bistrots ou dans la rue et avec lesquels on partageait joie de vivre et insouciance. On marchait beaucoup, on passait des journées entières dans cette nature bouleversante qu’on aimait et dont on pressentait par moments, avec tristesse, la mise en danger. Dans nos discussions interminables, des mots comme salaire, revenu, hypothèque, terrain à bâtir, carrière, construction, n’avaient cours. On se fichait de l’héritage qu’auraient pu laisser nos parents comme de notre première clope. On se réjouissait d’avoir des enfants. Les éduquer nous paraissait si simple, ils n’avaient besoin que d’amour, d’attention, et encore d’amour et … c’est tout.

C’était une autre époque, c’était dans un autre monde, c’était le temps des fleurs.

Aujourd’hui, lorsque j’entends les réflexions de vieux qui n’ont jamais été jeunes et de jeunes qui sont déjà vieux pour contrer la révision de la LAT, je me sens mal. Lorsque j’entends parler de notre vieille mère la terre uniquement en termes financiers et en tant que vulgaire objet de placement, de profit et de spéculation, alors que depuis des millénaires elle nous nourrit et nous comble de ses bienfaits, je me sens mal. Lorsque j’entends les jérémiades d’enfants gâtés qui ont peur de ne pas hériter de ce terrain sur lequel ils veulent ériger ce qu’ils pensent être leur bonheur, je me sens mal. Lorsque je vois mes concitoyens, habitants du pays le plus prospère du monde, trembler de peur à l’idée de, peut-être, perdre quelques milliers de francs, j’ai honte. Lorsque je sais que la grande majorité des Valaisans choisiront de prendre le risque de voir notre superbe paysage, dont nous avons par ailleurs tant besoin pour le tourisme, enlaidi, détruit et inutilisable pour les générations futures, je me dis que notre société a mal à ses valeurs.

Lorsque je plonge mon regard dans les yeux innocents de mes petits-enfants, j’y vois une immense confiance. .. et je me sens triste.

Bernadette Murisier

7 commentaires:

  1. Lentremontant de l'autre bordmercredi, 20 février, 2013

    Merci Bernadette de démontrer ici qu'en premier lieu on peut encore faire de la politique pour des idées, en défendant un idéal, un projet de société loin des considérations de certains politiques vendus à l'économie et aux conglomérats d'intérêts qui se gargarisent de perte, de rentabilité, de plus value, de bénéfice, de profit le tout arrosé de millions quand ce n'est pas de milliards, sans considération pour le bien-être des habitants, des citoyens.

    Merci de croire aux gens plutôt qu'aux chiffres, merci de croire à la profondeur de l'être plutôt qu'à l'accumulation des avoirs, merci d'oser, merci d'être visionnaire !

    Du fonds du coeur merci d'être réaliste et d'aujourd'hui continuer à croire et à défendre l'impossible !

    Plein succès dans tes futurs engagements politiques !

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  2. Très beau texte et hélas tellement vrai!

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  3. Merci Bernadette de replacer notre "pacha mama" au centre des préoccupations!A force de courses au superflu, nous oublions de VIVRE ! Il faudrait peut-être se rappeler que lorsque nous quitterons cette terre, les cercueils n'auront pas de coffre-forts ! Merci pour les générations de demain.

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  4. Bernadette, il est très probable que la majorité d'orserains et d'entremontants, après lecture de ton texte, te prendront encore plus pour une douce rêveuse.
    Moi, j'ai vraiment apprécier l'approche utilisée et une fois de plus me retrouve en plein accord avec toi.
    Ma déception automnale était à la hauteur de ma volonté de nous voir sièger ensemble.
    MERCI de nous rester fidèle et toujours aussi déterminée.

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  5. Merci beaucoup à vous quatre. Toi, l'Entremontant inconnu (je me permets de te tutoyer puisque tu le fais), comment se fait-il que tu sois de l'autre bord ? Tu ne veux pas changer ?

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  6. Bonjour Bernadette, je pense que c'est une saine reflextion, mais n'imaginer pas que la plupart des gens sont sans considérant pour vos propos, je ne suis pas d'accord, La propriété fait partie de notre patrimoine familial et profitant de la chance peut-être d'être seule enfant de famille nous avons résister a la tentation de vendre un patrimoine dans une grande station, heureusement nous sommes quelques peu en contigu de celle-ci! J y fait pâturer mes bêtes pour en faire du fromage et de la viande!mais de l'autre cote l'aberration de la politique agricole favorise egalement l'exstensification des surfaces agricoles et la non-production , le degré d'auto-approvisionnement de notre pays va en souffrir, il y a pas que la LAT qui endiguerait cette errosion des terres, mais aussi le manque d' objectivité de quelques ecolo qui voit l'agriculture comme un jardinier sans produits et je ne pense pas que du temps de nos ancêtres la question de compensation paysagères des agriculteurs était prépondérantes, le seul soucis était de vivre et faire vivre! Donc l'aberration existe des deux cotées merci de votre bonne lectures!

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  7. Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait que la politique agricole qui encourage les paysans à produire de moins en moins est aberrante et qu'à la longue, ce ne sera ni plus ni moins notre auto aprovisionnement qui en souffrira (d'où l'importance de la LAT qui sera sensée protéger les terres agricoles restantes). Les grands gagnants seront les importateurs et les distributeurs... qui s'en mettent déjà plein les poches. La Suisse n'est autosuffisante dans sa production alimentaire qu'à 50% (environ) et je ne comprends pas que très très peu de politiques se soucient de cette situation. A croire qu'ils sont tous ligotés par les puissants lobbys de l'importation .. .

    Et une chose aussi me révolte. C'est que les normes de production en Suisse au niveau de l'écologie et de la protection des animaux sont les plus sévères du monde (ce que je trouve très bien) mais qu'en même temps on importe à tout crin des denrées de pays dont les normes sont bien moins sévères et dans lesquels la protection des animaux est quasi nulle. Et quand j'entends des gens dire que les produits suisses sont trop chers, j'ai les cheveux qui se dressent sur la tête.

    Bravo en tout cas d'avoir su conserver votre patrimoine et de n'avoir pas cédé aux sirènes du profit immédiat.

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