23 janvier 2013

L'absentéisme au parlement, une enquête d'Urbain

L'absentéisme avait inspiré Basile Darbellay dans un papier publié dans le Peuple Valaisan. Plus récemment c'est Urbain Gaillard qui s'est intéressé au sujet. Quand on s'engage avec enthousiasme dans un mandat politique ou qu'on y aspire, on a de la peine à comprendre ceux qui semblent manquer d'assiduité.

Dans l'édition du lundi 17 décembre 2012, le NF dans ses pages suisses reprenant un article de l'ATS a consacré une demi-page à l'absentéisme des conseillers nationaux. Urbain Gaillard sur notre blog s'est immédiatement interrogé sur la pratique bernoise de nos élus en publiant les statistiques.

Un échange courtois s'en est suivi entre le désormais conseiller communal d'Orsières, Urbain Gaillard, et le rédacteur du Nouvelliste en charge des pages politiques Jean-Yves Gabbud. Le journaliste a promis de compléter l'enquête, il a donc, selon ses propres mots, pris contact avec les parlementaires valaisans se trouvant avec plus d'absences que la moyenne pour avoir leurs explications, et annoncé sur notre blog que le résultat de son enquête paraîtrait dans le journal, ce qui fut fait.

Une naissance et quelques enterrements

Les réponses étaient honorables, les absences au plénum sont le signe d'une intense activité politique.
A la veille de Noël on a pu lire dans le Nouvelliste que Christophe Darbellay n'a manqué qu'un jour de plénum, à la naissance de sa fille. Qu'il est énormément sollicité, mais jamais loin donc toujours présent pour les votes importants. Oskar Freysinger expliqua   «Le rôle d'un conseiller national ne se limite pas à ce qui se passe dans la salle. Il doit rencontrer des gens, convaincre, communiquer avec les médias. De plus, il a de multiples tâches de représentation.» Yannick Buttet dit à peu près la même chose et précisa avoir raté plusieurs votes en raison d'un enterrement. Jean-René Germanier précisa qu'il y a des votes plus importants que d'autres. En bref, chacun était d'accord pour dire que les absences ont profité au canton.

 Débat d'Ouverture/EA sur la LAT, photo AC

Urbain Gaillard proposa à son correspondant journaliste de poursuivre l'enquête également vers tous les conseillers et non pas seulement vers ceux qui avaient été pris en faute, puis dans un acte citoyen,  il décida de les interroger lui-même. Il n'y est pas allé par quatre chemins.

Interview croisé de Mathias Reynard et Stéphane Rossini


Urbain Gaillard: 
Les explications avancées par vos collègues MM. Freysinger, Buttet, Darbellay et Germanier concernant leurs absences (3 à 7 fois supérieur aux vôtres) lors des votes parlementaires vous semblent-elles fondées et recevables ?

 
Stéphane Rossini à une réunion d'EA, archives photos Antoine Cretton

Stéphane Rossini:
Je n'ai pas à me prononcer sur les absences de mes collègues. C'est de leur unique responsabilité. Certains "taux" d'absence sont cependant peu admissibles. Toutefois, l'activité politique de milice (alors que de facto nous sommes professionnels et que la population attend un engagement professionnel, pour preuves tes questions…) est très compliquée du point de vue organisationnel et on ne peut pas sous-estimer, voire nier cet état de fait.

Mathias Reynard:
Je ne suis pas là pour juger mes collègues parlementaires et je tâche simplement, de mon côté, de faire preuve de sérieux et de respect pour ma fonction ainsi que pour les électeurs. Il m'arrivera sans doute de devoir aussi rater des votes pour des raisons personnelles ou professionnelles mais je ferai tout mon possible pour que cela se produise le moins souvent possible. Il est clair que nous avons tous des emplois du temps très chargés et que nous devons assumer de multiples casquettes. Mais l'argument selon lequel l'absentéisme s'explique par l'intense activité politique ne tient pas. Stéphane Rossini était vice-président du PSS et assume actuellement la présidence de la Commission de la santé publique. Il était malgré tout un des parlementaires les plus présents lors des votes. D'autres exemples sont d'ailleurs tout aussi intéressants, dans tous les partis : Yvan Perrin (0% de votes manqués) ou encore Adèle Thorens (3% de votes manqués) occupent ou ont occupé tous deux des fonctions à la tête de leur parti.

Urbain Gaillard: 
En ce qui vous concerne, quel est le secret ou les motifs de votre faible absentéisme ?

Mathias Reynard:
Nous possédons tous un "beeper" qui nous informe lorsqu'un vote approche. Nous avons ainsi le temps de revenir dans la salle si nous sommes en séance ou en interview dans les alentours. J'ai pour ma part raté des votes par exemple lors d'un vendredi matin (jour des nombreux votes finaux) : j'étais cloué au lit avec une forte fièvre, incapable de me rendre au Parlement. Mais, en général, je ne rate que 3-4 votes par session.

Mathias, Urbain et Stéphane fin 2010 au Châble, AC

Je considère que je suis élu (et payé!) par les citoyens pour voter et qu'il est donc logique d'être présent dans la salle pour cela.

Stéphane Rossini:
Il y a des impératifs qui ne peuvent pas toujours être conciliés, par exemple en ce qui me concerne parfois : les examens universitaires ou des séances fixées par ma direction. Les absences peuvent donc arriver. Par contre, personnellement, je donne systématiquement la priorité aux séances et aux votes. Cela se concrétise par une organisation des séances internes durant les sessions (qui sont nombreuses) à proximité de la salle et lors de débats sans vote et non pas dans les bureaux de l'administration ; cela passe aussi par le refus de rencontrer des visiteurs (même valaisans!) lorsqu'il y a des votes. Professionnellement, cela suppose aussi une étroite collaboration des collègues, ce qui est heureusement mon cas, mais pas forcément pour tous.

Urbain Gaillard: 
Les citoyens électeurs et contribuables ne sont-ils pas en droit d'exiger une plus grande assiduité et discipline de ses élus ?

Mathias lors de la soirée électorale pour les communales (photo AC)

Mathias Reynard:
Certainement, oui. Je trouve positif qu'un site comme politnetz.ch communique ces informations. La transparence me semble nécessaire. La population a le droit de savoir comment votent ses élus à Berne. Je suis d'ailleurs persuadé que cela pousse les élus à se montrer plus sérieux, étant donné que nos électeurs auront connaissance de ces informations lors des prochaines élections. La population a conscience qu'il est très difficile d'être toujours présent lors des votes. Mais c'est une pression plutôt saine sur les politiques.

Viola Amherd est resté inatteignable malgré une sollicitation par mail.

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