18 février 2018

Pourquoi une constitution? Pourquoi une constituante? (suite)

Cet article est la suite d'une première chronique parue la semaine dernière.

Si le canton du Valais décide de se doter d’une nouvelle constitution, qui doit la penser, la rédiger? Le grand Conseil ou une assemblée spécialement élue pour l'occasion?

On l’a vu précédemment, l’exercice de rédiger une constitution est une affaire de siècle. A exercice exceptionnel, organe exceptionnel! Et ceux qui soutiennent une nouvelle constitution soutiennent également l’élection d’une Constituante, soit un organe législatif spécialement élu pour rédiger une constitution.

Certains pensent que l’élection d’une constituante est un luxe que le canton du Valais ne peut pas se permettre. Ils préfèrent que la nouvelle Constitution soit écrite par le Grand Conseil: ils soutiennent que le Grand Conseil est plus compétent (par rapport aux néophytes d’une Constituante). De plus, une Constituante, cela coûterait cher, plus cher que si la Constitution était écrite par le Grand Conseil. Les services de l'Etat estime cet exercice à un coût compris entre 4 et 5 millions.

En fait, cette question n’a rien à voir avec les compétences, ni avec les coûts (il faudra définir un budget pour une nouvelle Constitution, qu’elle soit rédigée par l’un ou l’autre des organes).

Il s’agit avant toute chose d’une question d’idéal. Certains vont me taxer de rêveuse, mais une Constituante est élue avec un but unique, sur lequel elle peut se concentrer, sans se faire distraire par les affaires courantes d’un parlement.

Peu de personnes ont la chance dans leur vie de participer à la rédaction du texte qui sera le fondement de la société dans laquelle ils vivent. Les candidats à une Constituante, et les élus, sont réunis par un idéal: préparer le texte fondamental qui va guider les générations à venir. Bien évidemment, certains auront aussi des motivations plus politiques (se montrer, se faire connaître), mais il n’en reste pas moins qu’au départ une idée commune les anime tous.

Il faut aussi reconnaître que dans tous les cantons où une Constituante s’est attelé à cette tâche, des personnalités sont apparues; des femmes et des hommes ont ressenti un intérêt pour la vie politique; ils ont senti le besoin de s’engager par après pour la vie citoyenne. Peut-on en Valais se permettre de passer à côté d’une pareille opportunité de susciter des vocations?

Enfin, une Constituante, c’est aussi la chance d’avoir une plus large représentativité de la société, une plus grande diversité (en terme d’âge, de sexe, de professions, d’origine) que le Grand Conseil. C’est aussi la chance de sortir de la politique politicienne et de se focaliser sur des valeurs. Il ne s’agit pas d’opposer le monde politique à la société civile (en fait, au Grand Conseil, il n’y a que des représentants de la société civile: qui, à part quelques rares exceptions, ne vit que par et pour la politique?). Il s’agit d’élargir le spectre: certaines personnes ne veulent pas s’engager en politique, car elles ne veulent pas s’affilier à un parti. Par contre, s’engager pour une période limitée de quatre ans dans un but déterminé (rédiger une nouvelle constitution), cela peut susciter un intérêt auprès de ces personnes.

Il ne s’agit là que de quelques raisons de préférer une Constituante au Grand Conseil. C’est pour ces raisons notamment que je choisirai la Constituante plutôt que le Grand Conseil le 4 mars, et que je vous invite à faire de même.

Sophie Juon
Présidente d'Entremont Autrement

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