21 juin 2017

Aux origines du terrorisme

Le terrorisme semble faire de plus en plus partie de notre société et bien que chaque attentat soit condamné fortement, il apparaît presque que l’on s’habitue à les voir faire la une des journaux. Et si le 11 septembre résonne souvent dans nos têtes comme étant le premier attentat dont ma génération se souvient, il devient ainsi évident de lier terrorisme à islamisme. Mais l’histoire du terrorisme est longue et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas l’islam qui l’a produit.

La Terreur, en France, sous Robespierre.
L’on peut retenir deux dynamiques dans le terrorisme. Celui pratiqué par un Etat et celui pratiqué par un groupe d’individus. La première mention du terme terrorisme intervient dans le cadre d’un terrorisme étatique et fait référence à la période de la Terreur en France au XVIIIe siècle et se définit comme un mouvement dressé contre les citoyens opposés à l’autorité. La guillotine révèle toute son efficacité et a donc pour fonction de terroriser la population et ainsi tout individu qui peut potentiellement se dresser contre un pouvoir établi. Le tout est repris dans d’autres types de régime, le but étant de dissuader par la terreur et la violence toute rébellion: le nazisme et le bolchévisme en ont été des exemples probants au XXe siècle encore. Ce terrorisme étatique se caractérise alors par un besoin de légitimité par la violence, il assoit son autorité en détruisant ce qui s’oppose à lui et permet ainsi d’imposer une norme intolérable mais obligatoire pour les personnes opprimées.

Massacre de Haymarket Square à Chicago
Le terrorisme particulier est quant à lui tout aussi répandu dans l’histoire de l’Europe. On peut relever plusieurs cas intéressants dans l’histoire européenne et souvent ils sont la contestation d’une norme établie qui défavorise les terroristes ou qui est identifiée comme injuste. Spartacus, l’esclave romain, gladiateur, qui mène une rébellion contre l’oppression romaine est une sorte de terroriste. Il remet en cause la norme sociale dominante. Ce n’est certainement pas par hasard que l’aile gauche du parti social-démocrate allemand du début du XXe siècle a pris ce nom: Spartakus. Le groupe est finalement anéanti par divers assassinats commandés par le SPD, alors au pouvoir sous la République de Weimar: il s’agit là d’une certaine forme de terrorisme étatique, si l’on veut. Mais le terrorisme particulier est déjà très présent au XIXe siècle, notamment dans la frange anarchiste qui se développe. Certains anarchistes se mettent en effet à poursuivre un but de violence pour imposer leur idée et le tout dirigé généralement contre la classe bourgeoise, identifiée comme la classe sociale au pouvoir, ainsi que contre les monarchies encore en place. Les Ravachols, la bande à Bonnot, et autres, tous ces anarchistes mènent des attentats contre le parlement français, voire contre les présidents de la République. Quelques années plus tard, ce sont les anarchistes espagnols qui font exploser des marmites remplies de clou au milieu de foules immenses. On connaît également ce type d’attentats aux USA dont le plus célèbre se déroule à Chicago en 1886, le massacre de Haymarket Square, dont on ne sait finalement pas s’il est la faute d’anarchistes condamnés à mort ou d’une organisation paramilitaire anti-anarchiste. La notion de terrorisme particulier s’inscrit donc dans une dynamique de contestation de l’autorité établie par un petit groupe qui n’est généralement pas soutenu par une base populaire, mais qui est au contraire très marginalisé.

Le terrorisme n’est pourtant pas évident à définir. Ce qui apparaît à nos yeux comme n’étant pas du terrorisme pouvait être présenté comme tel auparavant. Les résistances de la Seconde Guerre mondiale ne sont plus considérées à proprement parler comme relevant du terrorisme. Pourtant la propagande nazie et du régime de Vichy les identifiait comme telles.

Attentat perpétré par l'IRA en Irlande.
Mais tout au long du XXe siècle, les terroristes sont restés omniprésents, même avec la fin de l’anarchisme. Que dire de la politique de la chasse aux sorcières aux USA? Des indépendantistes irlandais? Le terrorisme islamiste n’est pas neuf non plus. Mais parmi tous ces terrorismes précités, on peut relever plusieurs traits communs : l’opposition à une norme, le sentiment de rejet d’une part de la société, le fondamentalisme sur lequel ils s’appuient. Finalement le terrorisme est quelque chose voulue par une poignée de personnes et il n’est pas question d’en faire un mouvement large, ayant un fort appui populaire.

Ainsi le terrorisme n’est pas historiquement lié à l’islam et peut se manifester dans de nombreux contextes: religieux, profanes, de gauche ou de droite, gouvernementaux ou particuliers. Être musulman n’équivaut pas à être fondamentaliste. L’importance dans des cas de terrorisme est d’ouvrir le dialogue avec les populations qui sont amalgamées à ce terrorisme. Isoler ces populations relève de la bêtise, la méfiance de l’ignorance. Un centre universitaire a ouvert à Fribourg dernièrement, le Centre Suisse Islam et Société. Son but, sur mandat de la Confédération, est de comprendre les relations entre la Suisse et l’islam et de proposer des zones de dialogues et de formation continue. Ce genre de centre forme la société de demain, celle ouverte sur la différence des autres. Il a été accusé de former des imams et même dernièrement de former des terroristes! Mais qu’on se le dise bien, dans le cas où le dialogue est rompu par la méfiance que certains peuvent exercer à l’encontre de personnes n’ayant jamais rien fait, le geste devient alors une forme de terrorisme de la pensée à l’encontre de toute une partie de la population.

Le terrorisme est une réalité existant bien avant le 11 septembre, c’est une réalité avec laquelle nous vivons au moins depuis le XVIIIe siècle. Cela ne rend pas le terrorisme plus acceptable, mais il est remis dans son contexte, et pas amalgamé à l’islam. Dès lors, on peut comprendre que le terrorisme n’est pas lié à une religion ou à une pensée politique en elle-même, il est lié aux actes d’individus irresponsables, exclus et violents. Arrêtons donc de stigmatiser la communauté musulmane ou de craindre les femmes voilées. Soyons intelligents et sachons reconnaître qu’un citoyen suisse musulman intégré n’est de loin pas forcément un terroriste.

Jasmine Lovey

1 commentaire:

  1. Il y a origine et actualité. Comme pour les religions qui, à l'origine, étaient amour.

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