15 mars 2011

Les atteintes à la biodiversité.

Lu dans la rubrique "Sciences & Environnement" du journal Le Temps du 9 mars 2011 à la chronique Scanner:

Extinction de masse N° 6
Raphaël Arlettaz

Notre planète est soumise à de fortes pressions qui vont croissant. Le climat se dérègle sous l’effet des activités humaines qui génèrent toujours plus de gaz à effet de serre… Avec l’émergence de nouveaux pôles de dynamisme économique, cette tendance au dérèglement n’est toutefois pas près de s’inverser. Les spécialistes s’accordent pour faire remonter les débuts de ces bouleversements majeurs du climat à l’avènement de l’ère industrielle.

Il est cependant un autre effet collatéral de l’expansion humaine, résultat du couplage détonant entre croissance démographique sur-exponentielle et explosion de la consommation de ressources naturelles par personne: l’érosion de la biodiversité. Les écosystèmes naturels fondent comme peau de chagrin, entraînant une régression tous azimuts des espèces vivantes, soit de notre patrimoine génétique global, fruit de millions d’années d’évolution. Pour les biologistes, l’évidence est patente: une sixième extinction de masse est en cours. Contrairement aux cinq autres extinctions majeures survenues depuis la colonisation des terres par les premières formes animales élaborées, cette nouvelle extinction de masse est imputable à une seule espèce, la nôtre, et non aux chamboulements tectoniques, au volcanisme ou à l’impact d’une météorite.

Mais quand donc aurait débuté ce dramatique nouvel épisode d’extinction? La recherche nous indique que depuis que sapiens a émergé d’Homo, il y a de 400 000 à 200 000 ans, il a systématiquement décimé la mégafaune (animaux de plus de 44 kilos, soit les proies les plus profitables pour la chasse) dans toutes les régions nouvellement colonisées, exception faite de son berceau africain où les grands animaux avaient progressivement appris à se méfier de ce prédateur sophistiqué (on parle dans ce dernier cas de co-évolution). Les exemples les plus fragrants d’«overkills» sont fournis pas l’invasion humaine de l’Australie et de l’Amérique du Nord, il y a quelques dizaines de milliers d’années, ainsi que par la colonisation des grandes îles comme la Nouvelle-Zélande ou Madagascar.

Paradoxalement, depuis que nous avons acquis nos lettres de «sagesse», nous n’avons cessé d’accroître notre impact sur l’environnement. En lieu et place des décimations directes d’antan, l’essor de notre puissance technique permet désormais de modifier radicalement les écosystèmes. Cette dégradation sournoise des habitats entraîne dans son sillage l’effondrement de la biodiversité: l’impact est indirect, mais encore plus percutant.

Raphaël Arlettaz, professeur de biologie de la conservation et directeur de l’Institut d’écologie et d’évolution à l’Université de Berne.

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