6 novembre 2018

La démocratie, la volonté du peuple, la confiance et la réaction des élites.

Lorsque les affaires secouent les républiques (ou les villages), la confiance se délite, le peuple se méfie. L'affaire Maudet. L'affaire Barrazone. D'autres affaires. Des élites qui commettent des "erreurs". Des élites qui, mal conseillées ou maladroites ne les admettent qu'une fois au pied du mur - acculées de toutes parts - du bout des lèvres. En tentant d'invraissemblables acrobaties pour justifier leurs "erreurs".

A Genève, par exemple, Pierre Maudet qui déclare «J’ai besoin de dire que j’ai caché une partie de la vérité. Ce n’est pas admissible, je le regrette et je souhaite pouvoir l’expliquer». Guillaume Barazzone qui déclare mélanger ses cartes de crédits - en cabaret ou ailleurs, au milieu de la nuit ou en plein jour - car elles se ressemblent ou facture Fr. 17'000.- de téléphone alors que tout le monde sait qu'un forfait mensuel de Fr. 180.- permet de téléphoner partout, tout inclus. En entreprise, on licencie pour moins que ça. Motif: vol, voire escroquerie. Et une plainte pénale est déposée.

Ces comportements morcellent la confiance. Ces comportements ne sont pas acceptables. Pas admissibles, comme le dit Maudet.

A Genève, à la question "Pourrons-nous à nouveau accorder notre confiance à Pierre Maudet, indépendamment des suites judiciaires et politiques qui seront données à l’affaire?" l'unanimité des inspecteurs de la Police Judiciaire présents répond par la négative. Explications: "A travers ce vote, ces policiers ont exprimé la rupture du lien de confiance à l’égard d’un ministre ayant recours à la stratégie du mensonge et de la manipulation, contraires à leurs valeurs. Les policiers ne souhaitaient plus être représentés par ce magistrat et travailler sous ses ordres."

Et lorsque la confiance disparait, que font les élites? Alexandre de Senarclens, président du PLR Genève déclare "Ce n’est pas aux membres de la police de décider qui est leur chef. C'est un renversement complet de la hiérarchie. Les policiers doivent respecter les chefs qu'on leur donne. S'ils ne sont pas contents, ils peuvent se chercher un autre employeur".

Voilà ce que font les élites. Elles ne cherchent pas la cause de ce malaise. Elles évitent l'introspection. Elles rejettent la faute sur "l'autre" pour, bien évidemment, garder ses privilèges. Et ceci, que ce soit à Genève ou ailleurs, est juste abjecte.

Jean-Jacques Rousseau, le philosophe genevois, avait en horreur ces élites qui, selon lui, représentaient une spoliation intolérable de la liberté de chacun, un ferment d'esclavage, disait-il même. Mais il devait se résoudre, notamment dans son texte "Considération sur le gouvernement de Pologne", à l'existence de représentants [politiques], tout en posant des conditions strictes:

  • les élus l'étaient pour une courte durée,
  • ils étaient renouvelés fréquemment (éviter à tout prix les professionnels de la politique),
  • ils se voient confier une mission précise et révocables à tout moment.

Il disait: "Il convient d'assujetir les représentants à suivre exactement les instructions et à rendre un compte sévère à leur constituants. Ils sont de simples exécutants. L'essentiel est qu'il soit issus du peuple et qu'ils agissent par le peuple et pour le peuple".

Aujourd'hui, à Genève ou ailleurs, on en est loin.

Olivier Bender

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