18 mai 2018

Non à Sion2026, pour des questions de priorités

J’ai mis du temps avant de prendre position publiquement sur les Jeux olympiques de Sion 2026. D’une part, je souhaitais évidemment laisser les membres de mon parti s’exprimer par un vote interne avant de m’en mêler. Mais, surtout, je fais partie de ceux qui avaient de prime abord une certaine sympathie pour l’idée. Je suis un optimiste de nature et j’aime les beaux projets rassembleurs. Comme sportif et passionné de sports d’hiver, je m’engage depuis des années à Berne pour un soutien au sport, aux cours J+S et au développement du sport populaire et d’élite, mais aussi pour l’organisation de compétitions sportives en Suisse (Jeux olympiques de la jeunesse, Championnat du monde de hockey, Universiade d’hiver, …). J’étais encore récemment rapporteur au Conseil national en faveur de ces projets ainsi que d’un important crédit pour des installations sportives d’importance nationale.

Ce n’est qu’en épluchant le dossier et en suivant de près ce débat que je me suis forgé une opinion. Je suis aujourd’hui convaincu de la nécessité de voter NON le 10 juin prochain.

Cette position s’explique par de nombreuses raisons, dont notamment : l’incapacité du CIO à se réformer (tant dans le système d’attribution des Jeux que dans les méthodes mafieuses qui persistent), la fatalité des dépassements budgétaires (avec des dettes que nous serons seuls à rembourser) et le manque de transparence et le déficit démocratique (ni vote préliminaire, ni double majorité Sion/Valais).

Mais surtout, il s’agit pour moi d’une question de priorités. Après près de sept ans à Berne et plus de dix ans dans la politique valaisanne, je constate que les mesures d’austérité se suivent, année après année, tant au niveau cantonal que fédéral. Les coupes n’épargnent aucun domaine prioritaire : éducation, social, aide au développement, culture, … Il n’y a pas d’argent pour l’Ecole, pour les bourses d’études, pour la lutte contre l’illettrisme, pour l’AVS, pour les crèches, pour les subventions primes maladie, pour enfouir la ligne THT, pour nos agriculteurs de montagne, pour les prestations complémentaires, ...

La liste des domaines dans lesquels la rigueur budgétaire et les coupes ont prévalu ces dernières années est longue.

En revanche, comme par enchantement, on constate que les mêmes élus sont prêts à débloquer des montants énormes pour l’organisation de Jeux olympiques. C’est indécent. Indécent également de voir certains élus vanter les Jeux paralympiques alors qu’ils viennent de voter des coupes dans l’AI, les prestations complémentaires et l’intégration des personnes handicapées. Indécent d’entendre d’autres s’autoproclamer défenseurs des sports d’hiver alors qu’ils soutiennent au Parlement la baisse des crédits J+S et s’opposent à la mise sur pied de centres nationaux de sport des neiges. Indécent encore d’entendre un chantage autour du milliard de la Confédération, qui s’en irait pour les villes alémaniques en cas de « non ». Cela est un pur mensonge et, même répété en boucle, il n’en devient pas une vérité. Le processus budgétaire n’a pas débuté et, en cas de non du peuple, cet argent n’est absolument pas bloqué pour l’organisation d’un événement précis et peut être utilisé dans n’importe quel domaine. Ce sera au Parlement de définir les priorités.

Il est regrettable de constater que ce projet, qui se voulait rassembleur, divise les Valaisan-ne-s comme jamais. Le résultat du sondage ne m’a d’ailleurs absolument pas surpris. Derrière la quasi-unanimité des « élites » politiques, économiques et médiatiques du canton, la réalité est bien différente et l’écart ne cesse de se creuser entre eux et la population. Ni la propagande organisée depuis des mois sans aucune limite, ni les pressions ni les photos de bidon d’essence ne semblent efficaces face au scepticisme et au bon sens du peuple valaisan.

Mathias Reynard
Conseiller National

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