8 avril 2018

JO 2026, quelques ombres au tableau

Dans la séance d’information du 3 avril au Châble, j’ai appris ou eu confirmation de plusieurs choses, en vrac listée ici:

  • Le milliard de la confédération et celui du CIO ne seront pas pour le Valais, mais pour le projet. Comme seule une partie des compétitions sont prévues en Valais, l’argent sera reparti entre les sites en fonction des coûts respectifs.
  • Il n’y aura pas un franc investit par le COJO dans les infrastructures valaisannes, à savoir, par exemple, la rénovation du parc des remontées mécaniques même s’il est évident que ces infrastructures méritent déjà aujourd’hui (8 ans avec les Jeux) un coup de jeune conséquent (Nous avons 20 ans de retard sur les stations des Dolomites, a-t-il été dit. A noter que les Dolomites n’ont jamais eu les Jeux et ont réussi à prendre 20 ans d’avance sur nous malgré tout). Ce sera aux entreprises de remontées mécaniques de les assumer, avec leur argent propre (qui ne pousse pas sur les arbres, a-t-il également été dit. Ni en terre, dans les Dolomites, rajouterai-je).
  • Le COJO ne prévoit de travailler qu’avec l’existant, sans construction ou rénovation aucune des infrastructures sportives. Si une commune site voulait le faire, elle devrait l’assumer elle-même (dans le contexte des lois actuelles, leur permettant de demander des subventions cantonales et fédérales, dans les limites légales).
  • Il n’y aura pas de déficit car il n’y aura pas de construction d’infrastructure à charge du COJO. Seul Fr. 30 millions sont prévus, selon le tableau présenté (p. 20 http://www.commune-cransmontana.ch/media/document/0/2018.02.06-presentation-sion-2026-par-m.-darbellay.pdf). Le reste à charge des privés ou communes. D’autre part, durant la présentation, un montant de 60 millions au maximum à la charge du canton pour les infrastructures a été mentionné. Il concerne notamment la participation à la construction d'une arène d'arrivée à Crans-Montana, de la rénovation du centre de vacances de Fiesch ou encore de travaux de terrassements à Thyon.
  • Le village olympique ne sera pas construit sous l’égide Sion2026 (donc avec l’argent du budget organisationnel), mais par des privés ou la ville de Sion qui va de toute façon faire un éco-quartier (même s’il y a déjà beaucoup trop de logements en Valais, selon Bilan du 11 mars 2018 : http://www.bilan.ch/immobilier-plus-de-redaction/surconstruction-menace-valais). Le village olympique sera simplement loué pour la période des Jeux et réalloué en logement privé dès la fin des Jeux.
  • Malgré le fait que des communes, des cantons ou la Confédération décident des investissements en lien avec les Jeux (parking, rénovation de route, aire d’arrivée sportive, aménagement de piste, salle de fête,…), le principe de la mise au concours sera de mise. Ce qui signifie qu’une entreprise de Kreuzlingen, de France ou de Pologne pourra avoir le mandat, plutôt qu’une de Bagnes, Orsières, Martigny ou Sion, en fonction des critères en place.
  • Durant les 7 ans qui précède les Jeux, 1.4 à 2.5 millions de nuitées sont à prévoir dans les régions où les compétitions seront prévues, surtout en période hivernale. Petite question en suspens : n’est-ce pas déjà la période où, en Valais, nous avons la plus grande occupation des lits ? Est-ce que ces nuitées supplémentaires (évidemment bienvenues) ne risquent pas de se retrouver ailleurs qu’en Valais, pour cause de non-disponibilité des lits en Valais ou alors prendre la place des touristes fidélisés par les stations qui iront voir ailleurs (Italie, Autriche…), avec le risque de ne plus revenir en Valais ?
  • Il y a 28'404 lits hôteliers disponibles en Valais. Le village olympique devrait contenir 1600 lits. Durant les Jeux, il est prévu d’y avoir:
    - 2900 athlètes
    - 2000 accompagnants
    - 11'000 journalistes.
    - 15'000 à 20'000 volontaires (certains vivants en Valais, d’autres pas).
    Des membres du CIO, des invités, des membres de la sécurité (police, armée,…).

    Ainsi donc, 30'000 lits sont disponibles pour environ 25'000 personnes (estimation personnelle) devant loger sur place. En admettant que seulement la moitié sera en Valais, soit 12'500, il n’y aurait que 17'500 lits d’hôtellerie pour la masse des touristes du monde entier qui viendrait participer à la fête olympique et encourager leurs athlètes favoris.

  • Le prix des places pour les compétitions serait de Fr. 100.- par personne, déplacement en transport public inclus, repas sur place exclus. Compter Fr. 500. – pour une famille de 4 pour une seule compétition. Est-ce que ce prix est valable pour toutes les compétitions (qualification patinage de vitesse, descente homme, demi-finale de hockey masculin,…) ? Pour comparaison, à Barcelone, j’avais payé l’équivalent de 25 francs pour une place au stade pour des épreuves d’athlétisme (aucune finale ce jour-là).
  • Le développement durable n’a pas été abordé. Juste mentionné comme « sous la loupe du comité de candidature ».
  • Malgré le fait que l’Entremont, voire le val de Bagnes en particulier, soit un terreau exceptionnel de sportifs de haut niveau, possédant des sites touristiques et sportifs de grande qualité, avec des gens ayant démontrés – et démontrant encore – des capacités d’organisation d’événements de format mondial (ex : Tour de France, championnat du monde de ski-alpinisme, Xtreme, etc…), aucune compétition ou site olympique n’y est prévu. Il faut toutefois, pour bien comprendre le projet, ne pas se focaliser sur sa propre région mais se réjouir du bonheur des autres (par exemple, que la région de Sion reçoive l’organisation de 6 disciplines - skicross, snowcross, snowboard parallèle, bosses, saut acrobatique et big air - en plus des cérémonies d’ouvertures et de clôture, alors que Verbier est maître dans l’organisation de sports nouveaux et fun).
  • Les Jeux de Sion seront organisés selon l’Agenda2020 du CIO. Paris2024 aussi. Paris2024 a déjà, selon Le Monde (http://www.lemonde.fr/sport-et-societe/article/2018/03/30/jeux-olympiques-2024-un-rapport-estime-le-potentiel-surcout-des-travaux-a-500-millions-d-euros_5278883_1616888.html) un risque de dépassement de budget de €500 millions, et ceci à 6 ans des Jeux.
    Les JO de Paris sont des JO d’été. Il faut compter 4 fois moins de dépenses pour les JO d’hiver. Donc un dépassement de 125 millions, en Valais, à 6 ans des Jeux.
  • Aucun système de contrôle du dépassement des coûts autres que les contrôles actuels déjà existant ne seront mis en place. Ceci me préoccupe particulièrement, d’autant plus que, sur un projet similaire en coûts (Rhône3) – avec les contrôles existants - un dépassement de plus de 1.4 milliard est maintenant prévu.
  • Le CIO a eu des problèmes. Il a commencé le nettoyage, mais n’est pas au bout.
  • Le CIO redistribue 90% de ces revenus pour les sportifs et activités sportives. Mais, le CIO engrange de juteux bénéfices pendant que les risques des infrastructures olympiques sont à la charge des collectivités et de la ville organisatrice.
Olivier Bender
Entremont Autrement

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