16 novembre 2014

Une question de point de vue

A la lecture des journaux dominicaux, j'apprends avec horreur et consternation que le groupement "Etat islamique en Irak et au Levant (EI)" a, à nouveau, décapité des otages ce weekend.

On a tout dit - ou presque - des agissements de ce mouvement qui se prétend "étatique" (bien qu'il n'en remplisse pas les critères au niveau du droit international). La méthode consistant à tuer des otages puis à en faire la redoutable publicité en mondiovision est implacable. Les réactions outrées de la quasi totalité des Etats (vrais ceux-ci), les anathèmes lancés, ainsi que les bombes, servent ensuite de nouvelle justification pour l'EI. La lutte contre ces terroristes sera longue et particulièrement compliquée; les tensions au Proche et Moyen-Orient, sur fond de rivalités religieuses, ne risquent pas de s'estomper prochainement. Et cela est infiniment triste.

Cela dit, l'attitude de certains journalistes occidentaux, notamment suisses, n'aide pas. Aujourd'hui, nous apprenons donc que 16 personnes ont été tuées par l'EI: un Américain et 15 Syriens.

La RTS qui relaie l'information sur son site internet semble particulièrement marquée par le sort de l'otage américain dont elle précise même le nom. A peine quelques lignes sur les 15 Syriens. On n'indique pas leur nom (information non disponible?) et on ne relève pas non plus que c'est la Syrie qui à ce jour paie le plus lourd tribut à l'EI. Pas d'encadré pour eux donc.


Capture d'écran site RTSInfo, 16.11.14


La Une du Temps sur son site internet ne fait, quant à elle, même pas mention des 15 Syriens tués (l'article qui suit relate toutefois l'info: en une seule ligne). Par contre, on a droit à une photographie du malheureux américain décédé tragiquement.

Capture d'écran site LeTemps.ch, 16.11.14

Il est triste de constater que dans l'imaginaire collectif occidental certaines morts sont considérées comme plus dignes d'intérêt que d'autres. En faisant deux poids, deux mesures dans l'information, ces médias entretiennent l'impression d'un Occident égocentrique. Aujourd'hui ce ne sont pas un Américain et 15 Syriens qui ont été assassinés, ce sont seize personnes d'égale valeur qui ont été sacrifiées sur l'autel de la folie terroriste. Peu importe leur nationalité, ce sont seize familles qui vivent une véritable tragédie.


JL

6 commentaires:

  1. Lutte contre le terrorisme vu par les journalistes suisses: 1 américain a plus de valeur que 15 syriens
    Lutte contre l'abolition des forfaits fiscaux vu par le DFI et son chef orserain : 1 riche étranger vaut entre 7,5 et 40 familles valaisannes
    Comme si la valeur d'un homme ou d'une femme a un quelconque rapport avec son origine, sa nationalité ou son portefeuille. Merci et bravo pour votre message coup de gueule

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  2. un vieux qui a de la mémoiredimanche, 16 novembre, 2014

    Les 15 syriens sont des soldats du régimes honnis de Bachar-el-Assad, ceci explique cela. Les ennemis de nos ennemis ne sont pas nos amis.

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  3. Vote manière de découper le Temps n'est pas très honnête:
    Le site du Temps dit à 14h45 Le groupe ultra-radical Etat islamique (EI) a revendiqué l’exécution par décapitation de l’otage américain Peter Kassig, enlevé en Syrie, et d’au moins 18 soldats syriens, dans une vidéo mise en ligne dimanche sur des sites jihadistes. Le Premier ministre britannique, David Cameron, s’est dit «horrifié» tandis que on homologue français Manuel Valls, a quant à lui dénoncé un «nouvel acte de barbarie»

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    1. Il s'agit de l'accroche du Temps sur son site à 11h11 (comme l'indique la capture). Je suis le premier heureux si l'article est mis à jour.
      Par contre, le fait qu'on insiste davantage sur la victime américaine que sur les autres demeure.

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    2. C'est parce que la victime est un otage civil travaillant dans l'humanitaire, les autres sont des soldats. Et même si le droit de la guerre est violé dans la mise à mort des prisonniers, ils restent des soldats d'un régime qui est dénoncé pour ses exactions.

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  4. Et pour Ebola, le phénomène était exactement le même. Il a fallu quelques personnes infectées en Europe et aux Etats-Unis pour que l'on en parle vraiment et pour que la pharma se bouge pour essayer de trouver un vaccin ou un médicament efficace. Sinon, tout le monde (ou presque) se fiche des Africains qui trouvent la mort dans de grandes souffrances, tout le monde se fiche que des milliers de petits orphelins totalement abandonnés à eux-mêmes errent dans les rues et les campagnes. D'ailleurs, depuis quelque temps, on ne parle plus d'Ebola. Il faut croire que tous les occidentaux sont guéris...

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