12 juin 2014

Délit de consanguinité

Lorsque Jean-Marie Le Pen fonda et prit la présidence du Front national en 1972, c’est davantage une entreprise familiale qu’un parti politique qu’il porta sur les fonts baptismaux. Au fil des années et des échéances électorales, le parti a invariablement misé sur son fondateur, figure tutélaire du FN, comme candidat à tel point que ce n’est pas Jean-Marie Le Pen qui représentait le FN, mais que c’est le FN qui en était l’émanation, ou la garde prétorienne.


Du reste, les résultats n’ont jamais vraiment décollé depuis le milieu des années 1980 jusqu’à tout récemment. On a tendance à oublier que lors des présidentielles de 1988 et de 1995, le FN tournait autour de 15%. L’accession inattendue de l’inoxydable Jean-Marie Le Pen au second de la présidentielle en 2002, bien que représentant un record absolu à cette époque, était moins le fait d’une poussée du FN que de la faiblesse du candidat socialiste Jospin. La droite de la droite française avançait pourtant en ordre dispersé, car Bruno Mégret avait décidé de jouer cavalier seul.

C’est sous la présidence de Nicolas Sarkozy que le FN amorce une véritable progression; les deux premières années plus que moroses de l’impopulaire François Hollande à la tête de l’Etat achèvent d’offrir un boulevard hausmannien pour ce parti surfant sur les frustrations populaires.


En 2011, alors qu’il s’agit de renouveler les organes du parti, Marine Le Pen est élue présidente du Front national, alors que son père en devient le président d’honneur. Dans toute autre démocratie que la France - qui a décidément bien de la peine à oublier son réflexe dynastique - on eût poussé des cris d’orfraie. Mais on ne le fit pas, tant cette passation de pouvoir au sein de la famille ne faisait pas un pli.

En 2014, le bureau exécutif du FN est composé de neuf membres dont Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen et Louis Alliot (compagnon de Marine). Un tiers des sièges aux mains de la même famille dans un parti qui prétend à la présidence de la république a plutôt de quoi surprendre. N’oublions pas qu’à ce trio s’ajoute Marion Maréchal-Le Pen, petite fille du tribun, candidate à plusieurs élections et membre du bureau politique.


Qu’au pays où on a coupé la tête des rois pour mettre un terme à la monarchie de droit divin et où on a chassé Napoléon III responsable « de la ruine, de l’invasion et du démembrement de la France », on puisse tolérer l’ascension d’une nouvelle dynastie au faîte du pouvoir est tout simplement révoltant.

Que dans un pays où le peuple se plaint de n’être pas représenté par ses dirigeants, on choisisse une famille qui ne se représente qu’elle-même est un non-sens absolu.

La désillusion envers la politique socialiste, le doute face aux affaires minant l’UMP ne doivent pas faire perdre aux Français leur capacité de jugement. Le populisme fait des dégâts partout, y compris chez nous, il ne s’agit donc pas de donner des leçons. Mais regardons les choses telles qu’elles sont.

Le front national c’est avant tout une histoire de famille. Ce n’est même que cela.

J. Lovey

1) Alors que Sarkozy avait véritablement siphonné le FN lors des présidentielles de 2007 (le FN ne pèse plus que 6.3% de l’électorat en 2009).

2) Déclaration de l’Assemblée nationale du 1er mars 1871

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vous êtes cordialement invités à laisser un message. Les commentaires peuvent être modérés. Les utilisateurs anonymes sont tolérés, mais la modération des commentaires anonymes répond à des critères plus sévères. Merci de votre courtoisie.